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30/10/2006

Le « jury populaire » de Ségolène Royal : encore un faux débat

Le « jury populaire » de Ségolène Royal est un nouveau faux semblant dans le pseudo-débat sur nos institutions malades

La dernière trouvaille de la candidate "socio-populiste" remet l'accent sur une dérive fondamentale de nos Institutions : la responsabilité des élus de la République devant le peuple est aujourd'hui incertaine. Car notre démocratie est voilée. En effet, pourquoi devrait-on instaurer – comme le propose la présidente de la région Poitou-Charente – des comités citoyens pour contrôler nos élus, et valider ou critiquer leurs décisions ?

Si nos représentants sont désignés démocratiquement, s’ils travaillent de façon transparente et s'ils peuvent organiser régulièrement des référendums sur des sujets majeurs, y compris à l'initiative du peuple (comme en Suisse par exemple), alors les "jurys populaires" façon Royal n’ont aucune raison d'être.

Le nouveau "truc à élection" agité comme un hochet par Mme Royal est un aveu : l’ancienne manœuvrière des cercles mitterrandiens sait bien que le pouvoir de nos représentants est aujourd’hui très peu démocratique. Il n’y a pas plus obscur aujourd'hui qu’un conseil de communauté d’agglomération qui prend des décisions pour 15 ou 20 communes dont les maires n’ont (presque) plus rien à dire dans le débat sur l’aide économique, l'action sociale ou l’aménagement local du territoire. Au niveau national, le gouvernement prépare les réformes en faisant croire à la concertation et au débat parlementaire, mais les décisions sont déjà prises, et les députés en désaccord sont à la buvette au moment du vote (voir le pseudo débat sur la fusion Suez-GDF ou le fiasco du CPE, et au bout du compte l’application bien réelle du CNE).

Dans ce débat en faux-semblant, quelle différence y'a-t-il entre la gauche et la droite ? A droite, on parle surtout de réduire le poids de l’Etat, mais pas celui du pouvoir de contrôle. A gauche, on fait du populisme, sous prétexte de séduire les "masses". Ce sont deux facettes d’une même médaille dont le message en filigrane est celui-ci : "le peuple est dangereux pour le pouvoir".

Par conséquent, plutôt que de remettre en cause ce système de moins en moins démocratique, la première dame du PS préfère sortir de son sac une idée cache-misère. Les jurys populaires qui seraient tirés au sort pour vérifier le travail de nos élus n’auraient au bout du compte qu’une fonction d’exutoire (« on peut gueuler, le pouvoir est bien gardé »).

Au fond, ce jury populaire serait une très bonne idée si elle était aboutie : que l’on tire au sort l’assemblée nationale, sur des listes de volontaires représentants toutes les catégories sociales, et là, nous verrons ce que peut devenir une représentation du peuple différente !

Laurent Watrin

Écrit par eurocitoyen dans Blog | Lien permanent | |  Facebook | | |

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