eurocitoyen

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/09/2007

Contre la méthode Sarkozy, un centre moderne ?

Les promesses non tenues sont une spécialité des responsables politiques. C’est bien connu. Le grand talent de Nicolas Sarkozy est d’avoir convaincu une majorité des électeurs d'y croire encore.

Avant l’élection présidentielle, l’illusion Sarkozy avait déjà fonctionné à merveille pour la sécurité. Les policiers honnêtes – qui ne sont pas achetés par les sirènes hiérarchiques et qui travaillent sur le terrain - savent que l'ancien ministre de l'Intérieur n'a pas révolutionné le métier, et n'a pas renforcé les moyens de lutter contre la délinquance. Sarkozy a même supprimé la police de proximité, qui commencait à donner des résultats. Les flics ont tout juste gagné quelques vêtements neufs et des armes à impulsions électriques paralysantes dont l’efficacité est incertaine. Ce sont surtout les coups médiatiques anti-délinquance et la diminution des enregistrements de plaintes qui ont favorisé le discours de Nicolas Sarkozy sur la sécurité.

La fusion entre Gaz de France et Suez est un autre exemple flagrant de fausse promesse. Lorsqu’il était ministre de l’économie, déjà en campagne, Nicolas Sarkozy avait garanti sur l’honneur, avec insistance, qu’il ne privatiserait pas GDF. C’était « clair et net », selon ses mots. Aujourd’hui, la fusion est lancée, l’Etat actionnaire minoritaire du nouveau groupe (à 36%) et le président de la République explique, sans rire, que le rapprochement des deux sociétés françaises assurera l’indépendance énergétique du pays, en mettant en orbite un groupe classé 4è mondial. A moins de penser que l’affairisme et la vision politique sont une seule et même chose, cette hypothèse peut difficilement être entendue. Dans ce dossier, c’est le patriotisme économique qui triomphe – encore une illusion médiatique - tandis que les spécialistes de la gestion des matières premières insistent d’abord sur l’importance de l’Europe dans des secteurs stratégiques pour l’avenir.

Presque tous les exemples récents « d’actes législatifs » adoptés prouvent que la communication grossit alors que l'action réelle reste maigre.

Quatre lois « majeures » ont été votées depuis l’entrée en fonction de Sarkozy. Sur l’autonomie des universités, ce qui ne plaisait pas aux syndicats, comme la sélection, a été oublié. Concession au « dialogue social », peut-être. Mais ce n’est pas « la rupture » promise. La loi dite « paquet fiscal », elle, est assez conforme aux souhaits du nouveau gouvernement. Mais on y trouve guère de mesures renforçant la solidarité nationale, même si la suppression des droits de succession fait du bien aux héritiers modestes.

Les « parachutes dorés » des gros dirigeants d’entreprise devaient être abolis. Ils seront finalement liés aux performances... Mais comment les évaluer pratiquement ?

Sur la lutte contre la récidive, le texte adopté par le parlement laisse le choix aux juges de justifier le fait qu’ils n’appliquent pas les fameuses « peines plancher » prévue par la loi. Si la loi avait dit autre chose, elle aurait été anticonstitutionnelle. La convocation par la Ministre de la Justice du vice-procureur de Nancy Philippe Nativel, qui a « osé » demandé moins que la peine plancher pour un dealer récidiviste, n’est qu’un acte de communication politicienne. La manoeuvre a suscité la réaction légitime des magistrats. Fort logiquement, le procureur nancéien ne sera pas sanctionné puisqu’il a finalement respecté la loi.

Et que dire de la loi sur le service minimum dans les transports publics terrestres ? Elle contient en elle-même ses propres freins. Un salarié pourra toujours cesser le travail le jour de l’appel à la grève (c’est constitutionnel) et le vote des employés après une semaine de mouvement pour la reprise ou non du travail n’aura qu’une valeur consultative.

L’ambition libérale de Sarkozy ne s’exercera finalement que sur la loi de finances, par la réduction des budgets. Des dizaines de milliers d’emplois de fonctionnaires seront donc supprimés. Ce n’est d’ailleurs pas forcément une mauvaise idée, selon les missions de service public. Mais les 11 200 non-remplacements de postes prévus en 2008 dans l’Education nationale sont-ils pertinents ? Quant à la carte scolaire, sa suppression est envisagée pour 2010. D’ici là, le nouveau monarque de l’Elysée aura peut-être changé d’avis…

Et puis il y a les chantiers qui peinent à s’ouvrir : la TVA Sociale et le contrat unique, notamment, se heurtent au dialogue social… dont Sarkozy a horreur.

Ce que préfère le président, c’est l’agitation. Il aime recevoir les victimes en tout genre, les héros de la Nation, les artistes en vue, flatter son épouse et faire croire qu’il est le seul sauveur de l’Europe, malgré son manque d’ambition pour renforcer l’espace commun avec nos voisins…

Les électeurs comprendront peut-être bientôt qu’il ya d’autres enjeux pour forger une vision politique : un cap pour l’avenir dans la mondialisation, des orientations sur la bioéthique, les OGM et le respect des générations futures.

Cette vision, François Bayrou l’avait effleurée pendant la campagne présidentielle. Le candidat centriste n’a hélas pas su passer la vitesse supérieure pour faire accepter l’idée que les promesses ne servent finalement à rien si la démocratie est bafouée.

Aujourd’hui, le centre, ou plus exactement le MoDem, devrait affirmer haut et fort que la centralisation du pouvoir est néfaste et que la démocratie peut renaître de ses cendres. Il s’agit de consulter le peuple après l’avoir informé réellement des problèmes, en lui livrant des diagnostics clairs. Bref, tout le contraire de la « rupture » façon Sarkozy.

L’espoir au centre suppose de définir une social-démocratie moderne. Il suppose de ne pas laisser l’Etat décider de tout. Une ambition moderne pourrait reposer sur deux idées complémentaires : le libéralisme en matière de droits publics (la démocratie permettant aux citoyens de s’exprimer) et la solidarité en matière économique (l’Etat garantissant le socle commun).

En somme, il faudrait faire de la pédagogie pour un fédéralisme à la française… vision d’horreur absolue pour un homme d’Etat-Nation comme Nicolas Sarkozy.

Écrit par eurocitoyen dans Actualités | Lien permanent | |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.