28 août 2009

L’appel du pied des Roses aux Oranges

Les socialistes, réunis pour leur Université d'été, à La Rochelle, ont entendu la Première secrétaire du PS lancer un appel à François Bayrou. Martine Aubry en a profité pour dire au président du Mouvement démocrate que « l’anti-sarkozysme ne suffit pas ». Au Modem, Mme Aubry, personne n'en doute, et le mouvement présidé par le député des Pyrénées-Atlantiques a même un programme ! La cheftaine du PS évoque aussi la possibilité de "bâtir ensemble un avenir" en expliquant que son parti est "ouvert" aux démocrates, mais sous conditions. Martine Aubry s'adresse même directement à François Bayrou : "si des démocrates et humanistes souhaitent nous rejoindre, cela doit être fait dans la clarté, nous sommes ouverts, mais c'est à François Bayrou d'apporter la clarté, si c'est sa conviction. La question lui est posée : êtes-vous prêt à nous rejoindre pour un projet économique, social et écologique ?".

Peut-être Martine Aubry a-t-elle raté quelques épisodes précédents : un projet économique écologue, responsable, européen et solidaire, c'est ce ce que préconise le Modem depuis sa création. Relire les lignes - réalistes et applicables - du programme démocrate qui a nourri la campagne européenneset qui fondent les engagements des eurodéputés Modem-ADLE, et de leur porte-parole au parlement de Strasbourg, Guy Verhofstadt.

Avant l'université de la Rochelle, la vice-présidente du MoDem, Marielle de Sarnez, avait accepté l'invitation des amis du socialiste Vincent Peillon, à Marseille, pour évoquer quelques principes communs. Les élections régionales de mars prochain sont en ligne de mire évidemment. Un constat : le PS demeure campé sur des positions très classiques et largement hégémoniques : "nous, en 2012, nous voulons un candidat de gauche", dit Martine Aubry. La numéro un du PS sait pourtant bien que la volonté ne suffit pas. Au Modem, on estime que le clivage traditionnel peut être revu et corrigé. On peut être libéral en politique (pour la liberté du citoyen) et social en économie (pour assurer la libre entreprise), en batissant un état sobre qui ne s'enfonce pas dans le gâchis d'argent public. Et si Martine Aubry et ses amis ont un doute sur le positionnement des démocrates, qu'ils aillent écouter les amis du Nouveau Centre, cette droite à l'ancienne qui a choisi d'appuyer la politique de M. Sarkozy. Sortir des vieux schéma - ajoutons-le au passage - c’est aussi ce que demande le "Grand Animateur Vert", Daniel-Cohn Bendit. Ce dernier goûte assez peu les roucoulements roses exprimés en direction des écolos, après le succès de la marque Europe Ecologie, en juin dernier.

Pour ce qui est des oeillades orangées du PS, le Modem aura l’occasion de répondre précisément à Martine Aubry, lors de son Université de rentrée, à la Grande Motte (4 au 6 septembre). Allez-y faire un tour, histoire de refaire le monde avec des vitamines !

LW

24 août 2009

La solitude des animateurs de quartier

 40° au soleil, sur le terrain de foot en sable du stade de quartier Louis Schweitzer. Quoi de neuf, docteur ? Quatre copains tapent le ballon. Dans un coin du stade, à l’ombre, un duo féminin-masculin, duo d'animateurs un peu désabusé : « on s’attendait à voir une quarantaine de gamins, et là… on se sent un peu seuls », raconte la jeune femme.

 

Programme prévu : initiation au badminton. Son collègue se lance quand même à la rencontre du groupe d’ados : « ça vous intéresse ? ». Les jeunes acceptent, timidement. La cigarette au bec, l’animateur installe donc le matériel, sur le sable chaud. C’est presque comme à la plage…

 

La mer est loin. On est à Laxou, ville de l’agglomération de Nancy, dans le quartier Champ-le-Bœuf. « Je n’ai jamais vu le quartier aussi vide que cet été », constate l’animateur. « C’est peut-être à cause du ramadan ».

 

La commune de Laxou fait partie des 150 villes de France qui participent à l’opération nationale « Le sport, ça me dit ». Ce slogan-jeu-de-mot invite les communes à proposer des initiations sportives pour les jeunes, histoire de les faire bouger un peu, car c’est bon pour la santé.

 

 

A Laxou, manifestement, ce qui intéresse les jeunes, cette semaine, c’est surtout un classique : « le tournoi de beach soccer, mercredi soir. On fait la même équipe tous les ans ! ».

 

A Saint-Max, commune proche, également partenaire de l’événement « le sport, ça me dit », la ville a choisi de lancer les animations à partir du 26 septembre, tous les… samedis. Espérons que l’option sera plus « payante » que chez les voisins de Laxou, où l’un des animateurs finit par livrer son opinion (bien sûr, c’est off) : « c’est le genre d’animations qui fonctionnent bien dans une ville touristique, par exemple au bord de la mer, mais pas ici ». Y’aurait-il un manque de dialogue entre les élus et ceux qui travaillent sur le terrain ?

 

Petite précision : cette opération nationale d’initiation au sport est financée, en partie, par une célèbre marque de soda qui fait grossir les enfants du fast-food. L'Agence Havas-Sports réalise la comm' de l'événement : la même agence prépare un salon international des "acteurs du sport", en février, à Barcelone. Ce sera l'occasion de relancer notamment le marketing sportif, un peu en panne par ces temps de crise.

 

A Laxou, les banderoles sponsorisées de l’événement local ont disparu. Mystère de la pub. Probablement...

 

Laurent Watrin

21 août 2009

Allocation de rentrée scolaire : et après ?

 REFONDER LE SYSTEME SOCIAL GRACE A UN REVENU D'EXISTENCE    
 
Tandis que l'allocation de rentrée scolaire vient d'être versée, des comités citoyens et des économistes relancent l'idée d'un Revenu d'Existence inconditionnel qui pourrait remplacer une partie des prestations, pour une plus grande justice sociale.   
 
L’allocation de rentrée scolaire (ARS) est attribuée cette année à près de 2 millions 900 mille foyers français. Cette aide de l'Etat - versée aux foyers dont le dernier revenu déclaré ne dépasse pas 55% du SMIC - s'échelonne entre 280 et 306 euros par enfant scolarisé, en fonction de l'âge des enfants. L'ARS représente un coût global pour la collectivité de 1,5 milliard d'Euros.  L'Etat français verse près de 150 allocations, selon des critères complexes. Leur gestion et leur contrôle coûtent sont très coûteux. Ce système d'allocations, justifié en son temps, apparaît aujourd'hui dépassé.
 
Les ressources de l'État sont en diminution tandis que les revenus d'activité stagnent, voire diminuent depuis 30 ans. Le pouvoir d'achat des plus pauvres n'est guère amélioré par les prestations sociales. Par ailleurs, il semble illusoire d'attendre, à moyen terme, le retour de la croissance pour entraîner des créations d’emplois et une augmentation souhaitable des ressources fiscales.
Comment sortir de la course à l’endettement des ménages, des entreprises et de l'Etat ?
Comment rendre les citoyens plus libres et plus responsables à la fois ? 
 
L’Association pour l’Instauration d’un Revenu d’Existence (A.I.R.E.) propose un choix qui tente de répondre à ces deux questions, en réconciliant le revenu d’activité et la redistribution : il s'agit de verser un Revenu d’Existence, sans condition particulière, à tout citoyen, tout au long de sa vie. Ce revenu individuel serait cumulable avec les autres revenus de la personne. Le Revenu d'Existence a été calculé par Yoland Bresson, dès 1983, et confirmé par plusieurs économistse et experts. L'idée d'un tel revenu citoyen commence à entrer dans la réflexions de nombreux militants d'associations et de partis politiques divers. 
  
Le principe est simple : fusionner la plupart des allocations en une seule, versée à tous les citoyens, actifs ou non. Un tel système, qui porte en lui-même une révolution psychologique, tend à réduire considérablement les frais de la collectivité liés aux système de redistribution actuel. Le principe du revenu citoyen introduit aussi la possibilité d'une réforme de la fiscalité en profondeur. Ce qui n'a jamais pu être fait jusqu'à présent.
 
Rien n'est évident dans une proposition neuve mais le débat mérite d'être ouvert, à l'heure de la crise financière et du désarroi de millions de familles, pour lesquels les mécanismes de solidarité manquent souvent de pertinence. L'entrée en vigueur du RSA n'est peut-être un pas de plus vers un autre système.
 
La prochaine étape pourrait être le Revenu d’Existence. Indexé sur  la richesse nationale, ce revenu n’est pas une allocation mais une rente citoyenne qui permet de replacer l'Homme au centre des préoccupations politiques. Il ouvre le champ à d'autres horizons politiques, et à d'autres choix de société, en dehors des clivages classiques, sur l'égalité des chances, les parcours professionnels, les relations entre les salariés et les entreprises, la place des associations et du lien social.
  
Le gouvernement a été approché par l'A.I.R.E il y a quelques mois. Les services du premier ministre ont commandé une étude de faisabilité sur le revenu d'existence. A ce jour, aucun rapport n'est publié.

10 août 2009

Sauver le monde ?

« On ne peut pas sauver le monde ». Voilà ce que dit ma mère, lorsqu’elle trouve que je parle un peu trop de politique. Elle a sans doute raison. Car On ne peut pas grand-chose. D’abord « On est un con ou un salaud», comme disait une ancienne institutrice, qui avait lu Jean-Paul Sartre. Le On c'est l’abandon de l’originalité de l’homme, le déni de sa singularité, la négation de sa liberté de regarder et de penser le monde.

 

 

Le salut du monde n’est-il pas le fruit d’une vision humaine ? Bien sûr, la plupart du temps, nous sommes nombreux à faire ce qu’on peut. Volonté limitée, désirs insatisfaits. Pour Arthur Schopenhauer, la majorité des hommes ne connaît pas « les joies de la pure intelligence » et « le plaisir de la connaissance désintéressée les dépasse : ils sont réduits au simple vouloir (…) action et réaction, voilà leur élément unique ».

 

 

Dans son Utopia (mot inventé) publiée en 1516, le chancellier anglais Thomas More lance un appel pour sauver l’humanité. La vision de More décrit les habitants de cette Utopie, territoire si bien gouverné, comme des hommes et des femmes « aiguisés par les lettres », ayant une aptitude au progrès. En pleine Renaissance, Thomas More fonde la société sur les principes de la connaissance et des institutions communes aux hommes d'un même pays.

 

 

Les hommes de bonne volonté, pour reprendre un titre de Jules Romains, n’ont-ils pas pour ambition de sauver le monde ? c’est-à-dire, de changer les règles du jeu pour que l’homme soit plus libre ? Comment refuser l’audace d’un honnête homme à « sauver le monde » ? Sans oublier la prudence, avec humour, si possible, grâce à Michel Audiard, par exemple : « les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ».

 

 

La société libérale et la démocratie sont censées limiter la progression de la bêtise, par le dialogue et le compromis. Dans ce régime du vivre-ensemble, les ambitions – individuelles ou collectives - confrontent pacifiquement leur manière de sauver le monde. A mon niveau, ma conscience de ce qui existe et de ce pour quoi j’agis peuvent participer, humblement, au salut du monde. Cela suppose un certain confort matériel pour pouvoir penser à autre chose qu'à survivre, et un certain niveau d'éducation afin de favoriser l'expression du libre-arbitre. Car si je n'ai plus rien, je n'aurais probablement que la volonté (au sens de Schopenhauer) de casser le monde. 

 

L’Histoire nous enseigne que les intentions de sauver le monde peuvent se révéler destructrices. Le XXè siècle a connu des totalitarismes qui prétendaient refaire le monde. Ce fut au prix de la mort de millions d’hommes, car le on d’une globalité déshumanisée était devenu plus important que la personne humaine et ses utopies de mieux vivre ensemble. Albert Einstein pensait que le monde serait «de plus en plus dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal mais à cause de ceux qui regardent sans rien dire ». Albert Einstein aurait pu être ma mère... Si un jour je tombe dans la rue et que personne ne vient à mon secours, c’est peut-être que la société des hommes que j’ai rêvée n’existe pas. Dans ce cas, pour quoi - ou avec qui - vivre ? « Il n’y a pas d’amour dans un monde malheureux », écrit Raoul Vaneigem, leader du mouvement situationniste. "Vivons heureux en attendant la mort", répond Pierre Desproges.  

 

Ma mère a raison : on ne peut pas sauver le monde, mais la conversation des hommes peut contribuer à son salut. 

 

Si vous voulez exercer l'expression de votre libre-arbitre, rendez-vous à Metz, le samedi 19 septembre, à 15h, café Jeanne d'Arc, pour le prochain café citoyen, sur le thème : "faut-il une utopie pour sortir de la crise ?". Merci à M. Jacques Pailler pour avoir proposé ce beau sujet de réflexion, adopté à la majorité des participants du dernier café citoyen.

 

Laurent Watrin

05 août 2009

Le grand soir et les privilégiés

Petite réflexion pour un 220è anniversaire

 

La nuit du 4 août 1789, l’Assemblée constituante issue des Etats généraux, se réunit pour un débat animé et fondateur. La misère sociale et la révolte sont en train de grossir. Cette nuit-là, le parlement révolutionnaire n'adopte pas l'abolition des privilèges. La formule est inexacte. En revanche, les droits féodaux sont « rachetés ». Autrement dit, la noblesse devient riche et moins puissante ; l’Ancien Régime, fondé sur la propriété héréditaire des terres et du pouvoir, passe à un régime de société bourgeoise. Le libéralisme économique et politique, déjà exprimé dans certains cercles de pensée, une vingtaine d’années plus tôt, devient une possibilité de corriger certaines inégalités. La nuit du 4 août 1789 a surtout fondé un principe important : « l’égalité devant la loi ». Et son corollaire fiscal : « à revenu égal, impôt égal ».

 

220 ans plus tard, comme le répèterait sans doute Pierre Desproges aujourd’hui, « les Bourgeois sont toujours sur le trône ». Qu’on veuille bien me pardonner cette digression anachronique. Ce qui frappe encore, de nos jours, c’est une certaine difficulté de notre démocratie à mettre en oeuvre l’essence même du libéralisme politique.

 

Car la France est ce pays étrange où l’égalité devant la loi revient à multiplier les niches fiscales et à favoriser les plus riches, même en temps de crise : le bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy en est la preuve. La France est cette Nation bizarre où la loi - générale en théorie - s'applique régulièrement à des morceaux de territoires ou à des corporations : la récente loi sur le travail du dimanche est un exemple flagrant.

 

François Bayrou - qui est un homme privilégié à bien des égards, et homme de droite selon certains - a le grand mérite de mettre l’accent clairement sur ces questions. Son dernier livre, « Abus de pouvoir », est sans doute sorti trop tôt. Accusé d’anti-sarkozysme, grand défaut du temps des élections européennes, cet ouvrage écrit par le président du Mouvement Démocrate eût mieux fait d’être publié le 4 août 2009. Sans promettre le Grand Soir, François Bayrou, avec sa vision politique libérale et sociale, apparaît aujourd’hui mieux inspiré que bon nombre d’autres responsables politiques privilégiés.

 

Une petite voix murmure : "laisse tomber, t'es nul". C'est vrai ! C’est plutôt la mode de ridiculiser ceux qui convoitent le pouvoir en ce moment, surtout quand ils échouent. Et François Bayrou est sous le feu de la critique jusque dans son propre parti. Ce blog ferait mieux d'évoquer les plages et les vacances, il ferait plus d’audience… Mais il est tellement plaisant de livrer ici cette petite réflexion, en mangeant un plat de lentilles, dans cette France originale où certaines idées nobles passent aux oubliettes aussi vite que les hirondelles font leur révolution annuelle.

 

Laurent Watrin

01 août 2009

Energie : l'Europe soutient l’Ukraine pour le gaz russe

L’approvisionnement de l’Europe en gaz provenant de Russie devrait être sécurisé par un accord de financement conclu avec l’Ukraine.

La Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD) et la Banque mondiale vont soutenir la réforme des installations gazières de l’Ukraine, alimentées par la Russie. Environ 570 millions € doivent être débloqués, en octobre, pour permettre à l’Ukraine de renforcer ses installations et remplir ses réservoirs pour l’hiver. En 2010, les deux institutions financières doivent apporter une autre enveloppe de 640 millions €. Par ailleurs, le Fonds monétaire international (FMI) assure à l’Ukraine une aide complémentaire de plus de 2 milliards € pour appuyer des investissements structurels dans le pays. Une partie de cette aide doit servir le secteur énergétique.

En contrepartie, le gouvernement ukrainien s’engage à recapitaliser la compagnie nationale Naftogaz et à aligner ses tarifs intérieurs du gaz, à la hausse, sur les prix du marché mondial. Des experts de la Commission européenne et des représentants d’entreprises de l'Union sont en Ukraine pour vérifier les capacités de stockage de ce partenaire important. Un quart du gaz consommé dans l'Union européenne vient de Russie (80% passent par l'Ukraine).

gazoduc roumain.jpg

La Commission européenne propose de renforcer la sécurité énergétique commune

Chaque État membre devrait désigner une autorité chargée de limiter les risques de rupture dans la fourniture de gaz, en prévoyant un plan d'urgence fondé sur la solidarité européenne. C'est le sens de la proposition de la Commission. Des agences nationales pourront, en cas de besoin, stocker du gaz excédentaire, afin d'éviter notamment des pannes générales d'électricité. 20% de la production électrique dans l'Union est liée aux approvisionnements en gaz. La proposition de la Commission invite les États européens à collaborer plus étroitement. Le débit des gazoducs pourraient par exemple être inversés, si nécessaire, pour alimenter un pays démuni provisoirement. Il s'agit aussi de renforcer l'interconnexion des réseaux nationaux d'électricité pour éviter qu'un pays soit isolé. Les investissements nécessaires s'inscrivent dans le cadre des plans de relance économique.   (photo :gazoduc en Roumanie - source : site commission européenne)

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