18 octobre 2009
Une « cagnotte » ? Oui, mais pour tout le monde !
Trois lycées de l’Académie de Créteil (Val-de-Marne) expérimentent une « cagnotte » destinée à faire venir les élèves en classe. Le principe : donner de l’argent aux élèves pour qu’ils viennent en classe. Objectif : éviter l’absentéisme. L’idée a été imaginée par Martin Hirsch, Haut Commissaire à la Jeunesse. Même si la mise en oeuvre reste à définir, cette expérience de « cagnotte » aborde de façon plutôt perverse la question de la nécessaire autonomie matérielle des personnes. L’autonomie de l’existence est une condition du vivre-ensemble.
La valeur « travail », tarte à la crème de notre modèle économique, finit par résumer l’Homme à sa seule condition de rouage fonctionnel du système. Nicolas Sarkozy avait promis à ses électeurs qu’ils pourraient « travailler plus pour gagner plus » ; Martin Hirsch invente le slogan qui dit aux jeunes : « gagnez de l’argent grâce à l’école ». Et le chef de l'Etat aurait émis quelques réserves sur l'idée elle-même... Aller à l’école, pour quoi faire ? Pour quel projet ? Dans quel but ? La "cagnotte" répond-elle à ces questions ? Evidemment, non. L’école doit répondre à une ambition qui n'est pas uniquement de l’ordre du mérite et de la compétition. La compétition, validée par l’argent gagné, est devenue la valeur suprême du modèle économique qui résiste à la remise en cause.
Le vivre-ensemble ne repose pas sur la concurrence des personnes. Il est fondé sur la concurrence des projets, laquelle vient du dialogue entre les personnes. Comme le dit très justement Albert Jacquard, « apprendre la citoyenneté, c’est prendre conscience du besoin de l’autre pour devenir soi » (1). Aucune « cagnotte » scolaire ne peut suffire à répondre à cet enseignement de la citoyenneté.
Dans notre système économique, des millions de familles – c’est une réalité – sont plongées dans le désespoir social et le désarroi matériel : elles glissent vers cette pente naturelle qui s’appelle l’apât immédiat du gain. Pour survivre. Pour satisfaire les besoins urgents. La « cagnotte » peut s’avérer efficace, de ce point de vue. Et après ? Méfiance : la cagnotte est une drôle de carrotte qui peut vite se retourner en bâton sur ceux qui l’ont imaginés. Mettons-nous à la place de l’élève démotivé (nous en avons tous un souvenir personnel) : si je reçois un peu d’argent pour venir l’école, je peux m’en satisfaire. Mais cela ne me donne ni l’assurance d’un avenir, ni celle d’un espoir de reconnaissance ou d’une transmission de savoir utile. Où est l’estime de soi ? Les conséquences de cette expérience « cagnotte » risquent de s’avérer désastreuses.
Il est intéressant de noter que cette « cagnotte » lycéenne procède du même état d’esprit que le RSA : il s’agit de remettre les gens au travail. Quelle est son efficacité sociale ? A France Telecom, l’évolution des métiers et les méthodes nouvelles pour mettre les gens au travail entraînent un mal-être si grand, pour une large partie des salariés, que certains travailleurs – même payés convenablement – se sentent déshumanisés, dépossédés de leur initiative et, finalement, d’eux-mêmes. Quand on demande à un juriste de passer à une fonction de télémarketing, c’est une catastrophe pour la personne. La « cagnotte » risque de s'avérer non seulement inefficace, mais elle peut même contribuer à détruire le lien social. Ce système peut produire un « homme sans qualités », au sens où l’entend Robert Musil.
Pour sortir de cette spirale infernale, il vaudrait mieux ré-humaniser le rapport à l’argent. Remettre l'argent à sa juste place, en instaurant, par exemple, un revenu d’existence : une base matérielle pour chacun, durant toute la vie, quelle que soit son activité et sa situation sociale. Nos voisins allemands ont lancé le débat. Pourquoi pas nous ? Alors, une « cagnotte » ? Oui, mais pour tout le monde et sans condition. Le rôle de la personne sera ainsi mis en valeur, de façon plus morale et moins marchande.
(1) Albert Jacquard, « Nouvelle petite philosophie », entretien avec Huguette Planès (Ed. Stock, 2005 – disponible en collection Poches)
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17 octobre 2009
Les Verts et le système binaire
Les Verts de Poitou-Charentes ne feront pas liste commune au premier tour pour les élections régionales. Les écologistes de cette région ont choisi, démocratiquement, l’autonomie pour faire campagne pour le scrutin de mars prochain.
L’assemblée régionale des Verts de Poitou-Charentes, réunie à Niort, ce samedi 17 octobre, s’est prononcée à 92,9%, suivant l’idée impulsée par le conseil national des Verts, adoptée le 27 septembre.
La présidente PS de la région Poitou-Charentes, Ségolène Royal, s’est donc heurtée au même refus déjà essuyé par d’autres leaders socialistes en région (Aquitaine, PACA notamment). Et le mouvement devrait suivre ailleurs : le PS n’aura pas le soutien des Verts au premier tour.
Les Verts (et leur démocratie complexe), associé à la mouvance Europe-Ecologie, sont en train de reproduire la dynamique des élections européennes : une base partisane verte et des associations ouvertes pour une alternative...
... mais, ancrée plutôt à gauche !
Car le CNIR, le parlement national des Verts, a voté, à l’unanimité, le 27 septembre, une motion sur le "rassemblement de la gauche et des écologistes" au deuxième tour des régionales. Une motion, minoritaire, avait même proposé de barrer la route à toute alliance avec le MoDem. Ce texte a été retiré au dernier moment.
Chez les amis de François Bayrou, où le centrisme est devenu un mot-valise, on se cherche toujours. Les choses ne sont pas clarifiées, estiment une partie des Verts, et bon nombre de Socialistes qui aimeraient s'appuyer sur une frange démocrate. La clarification est également réclamée à l’intérieur du MoDem : les hypothèses avancées, par exemple, par Corinne Lepage, pour travailler avec Europe Ecologie, n’ont pas encore été suivies d’effet.
En attendant le Congrès national du ModeM, début décembre, l’hésitation est visbile : l’autonomie du Mouvement Démocrate au premier tour n’est pas gagnée dans toutes les régions. Faute de ligne nationale claire. Et le second tour risque de reproduire ce que les démocrates ont vécu lors des élections municipales : un coup à droite, un coup à gauche.
Cet épisode a fait perdre beaucoup de voix au MoDem. Aujourd’hui, les meilleurs sondages donnent les listes amies de François Bayrou, Marielle de Sarnez, Corinne Lepage et autre Jean-Luc Benhamias, à un niveau de 7 ou 8%. A l'inverse, la dynamique écologiste est créditée de 15 à 20%.
Faut-il se déterminer avant le second tour, sur la ou les alliances possibles, partout en France ? Ou bien faut-il déterminer des alliances de projets, quelles que soient les étiquettes des parties prenantes à ces alliances ? Malheureusement, il semble que les électeurs ne soient pas en mesure de comprendre l'intérêt de sortir du système binaire, tel que le propose le MoDem. Et à ce jeu-là, les Verts sont - pour l'instant - gagnant.
Laurent Watrin
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16 octobre 2009
Une école de la citoyenneté ?
"Vers une école de la citoyenneté ?"
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Normalisation...
Didier Lombard est-il humain ? Oui, sans doute. Un peu comme tout le monde, finalement. De loin, le PDG de France Telecom considère que les salariés de son entreprise sont des personnes respectables, avec des vies normales. Mais l'application qu'on demande à Didier Lomabard de mettre en oeuvre consiste à dire aux salariés de l'entreprise qu'il dirige, grosso modo, ceci : "merci d'être vous-même, mais, là, tout de suite, l'entreprise n'a plus besoin de votre personnalité, alors, soyez sympa, arrêtez de vous impliquer et faites ce qu'on vous demande, tout se passera bien". C'est difficle d'être un dirigeant d'un sytème dont l'objectif (quel mot formidable) consiste à appliquer des procédures. Logique privée, logique publique, peu importe. C'est la normalisation qui compte. Un marchand de soupe qui ne tient pas compte des légumes finit par vendre quelque chose qui ressemble à de la mort aux rats. Et quand les hommes se confondent avec les rats qui mangent la soupe, ça finit par faire déborder la casserole sur le feu.
Ce jeudi, un ingénieur de France Telecom s'est donné la mort, chez lui. D'après des informations concordantes, cet homme avait récemment écrit une lettre, dans laquelle il évoquait un poste pour lequel il était candidat. Sa candidature n'avait pas été retenue.
Dans la compétition, une donnée essentielle prime : la normalisation. La preuve - a posteriori - par le verbe hiérarchique : "c'est une terrible nouvelle, que je redoutais", déclare le numéro deux de France Telecom, Stéphane Richard.
La normalisation, quand on est un fonctionnaire (public ou privé) du système, c'est ce qu'on redoute, et que finalement l'on ne fait que constater, avec un peu de distance et de... communication. Le courage de changer les choses, "on" le laisse à d'autres. Plus tard. Peut-être. Vague espoir.
Je sens que je vais me faire "épingler" (normaliser ?) par ma propre hiérarchie, moi qui ne suis qu'un petit "journaliste de proximité" (curieuse expression entendue récemment). Mais je vous dois une confidence : hier matin (mercredi), quelques heures avant la terrible nouvelle à France Telecom, nous avons été, mes collègues et moi-même, alerté par la venue en Lorraine de M. Lombard. Sans doute un sujet d'actualité en perspective. Nous avons été tenté de "creuser" l'information, comme on dit dans le jargon ; aller poser quelques questions au PDG de France Télécom. Eh bien, ce mercredi matin, la réponse "normalisée", appliquée à nous autres "petits journalistes", fut celle-ci : "non, il y a autre chose dans l'actualité". A ce moment-là, nous ne savions pas que Nicolas Sarkozy se rendait ("par surprise") à Metz.
Cher ami (mot que j'aime bien), lecteur, auditeur, je vous salue,
avec ma compassion pour les familles dans le désarroi, à France Telecom et ailleurs,
LW
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