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20/11/2015

Après les attentats : la peur inutile, l'action nécessaire

L’instauration de l’état d’urgence, en France, après les attentats de vendredi 13 novembre 2015, à Paris, renforce les pouvoirs de l’administration et des forces de l’ordre. Ces mesures exceptionnelles permettent d’accélérer procédures et enquêtes.

Depuis les attaques djihadistes dans la capitale française, qui ont fait 130 morts et plus de 350 blessés, le gouvernement annonce avoir procédé, sur l’ensemble du territoire national, à 600 perquisitions. 160 personnes sont assignées à résidence, des dizaines d’individus suspects d’islamisme radical, placés en garde à vue.

Cette communication de crise cache une réalité de longue date : les arrestations et la traque des réseaux terroristes sont régulières. Mais les moyens manquent. Et un cran a été franchi, en même temps qu’une prise de conscience éclate : la radicalisation portée par la propagande sectaire de l’Etat islamique gangrène une partie de la société française et européenne.

La demande citoyenne de sécurité – légitime - est manifestement prise en compte par le gouvernement. Réaffirmer la possibilité d’armer les polices municipales répond à cette demande. Mais sur ce terrain, il n’y a pas grand-chose de neuf. Certaines communes pratiquent déjà ainsi.

L’état d’urgence, prolongé pour trois mois par un vote des parlementaires, exclut toute disposition ouvrant la voie à un contrôle des médias. L’amendement présenté dans ce sens par quelques députés, parmi lesquels le Lorrain Dominique Potier (parti socialiste), a été rejeté.

Nous ne pouvons donc pas affirmer, en conscience, que la France serait entrée dans une logique sécuritaire, au terme de laquelle les libertés publiques et notre droit commun seraient remis en cause. La défense de nos valeurs démocratiques demeure un socle commun. Heureusement.

D’autres mesures envisagées peuvent en revanche nourrir la peur, sans rendre plus efficace la lutte contre les filières terroristes. Pour rassurer, il ne suffit pas d’annoncer une « structure de dé-radicalisation », comme le dit le premier ministre, Manuel Valls. Alerter sur le risque d’attaque biologique et chimique n’est pas non plus de nature à réduire la menace elle-même. Insuffisant encore, la création d’une garde nationale citoyenne, sur la base des réservistes de l’armée.

Sur le terrain de la coopération judiciaire, un aveu est lâché, ce vendredi 20 novembre, au niveau européen. L’Europe a « trop tardé », selon le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve. Les « failles » dans la surveillance et les enquêtes anti-terroristes sont évidentes.

La première réponse sécuritaire doit d’abord être européenne. L’Union doit se doter d’un parquet fédéral anti-terroriste. Les frontières extérieures de l’Union doivent être surveillées par un corps policier européen, directement placé sous le contrôle des Institutions européennes, et non pas laissé au bon vouloir des Etats membres.

L’Europe, c’est aussi le bon niveau de la réponse diplomatique et militaire. L’Union doit parler d’une seule voix dans la coalition internationale luttant en Syrie et en Irak. En préalable, la France va devoir réorienter ses alliances.

Les intérêts franco-français ont trop joué avec le feu. Comment supporter durablement les liens financiers avec le Qatar et l’Arabie Saoudite, monarchies fiefs du wahhabisme, branche la plus dure de l’Islam, qui exécute les opposants et opprime les femmes, et pourvoyeurs de fonds du terrorisme ? La France, tout comme chacun des Etats-membres de l’Union, doit placer sa souveraineté dans l’Union pour que l’Europe porte ses valeurs, dans le monde. Cela ne se fera peut-être pas à 27. Mais c’est une nécessité pour l’avenir.

Au niveau national, notre projet de société doit être interrogé. Une partie de la jeunesse désespère. Des jeunes français tombent dans la délinquance et les trafics de l’économie parallèle, terreau fertile pour la récupération sectaire des recruteurs de Daesh. Certains jeunes adultes sont embrigadés sans lien de départ avec l’islam, comme l’explique Dounia Bouzar, la directrice du centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam.

Pourquoi cette dérive est-elle possible ? C’est une question pour la République. La jeunesse, et plus largement les citoyens acteurs de la démocratie, ont besoin d’une vision d’avenir, d’une nouvelle utopie, pour enrayer la peur et la rupture.

L’économie mondialisée, la financiarisation à outrance, les nouvelles technologies contribuent à déshumaniser et désincarner le travail et la parole des personnes dans de nombreux secteurs d’activité. La fracture est aussi générationnelle. Combien de parents se déclarent démunis face à leurs enfants (auto)exclus du système ?

L’éducation et la redistribution économique et sociale sont en jeu.

La peur est inutile. L’action urgente et les idées neuves nécessaires.

Écrit par eurocitoyen dans Actualités, Blog | Lien permanent | Tags : attentats, europe, djihadistes, etat islamique | |  Facebook | | |

Commentaires

Quelle est la responsabilité des responsables politiques ? Les USA ne sont-ils pas aussi responsables de cette pagaille que ne le sont les Sarkozy et Hollande avec nos interventions en Libye, en Syrie, au Niger, au Mali, ...
Pourquoi Chirac avait-il refusé de participer en 2003 à ce qui allait être le point de départ de Daesh ?
"Qui sème le vent , récolte la tempête" ! On y est ...
Société de l'image, société de l'émotion, oui, mais "Pleurer ne doit pas nous empêcher de voir", et on devrait se poser les questions suivantes :
- Pourquoi la France et pourquoi des français tuent des français ?
- Pourquoi le Bataclan ?
- Qui arme et qui finance ?
- Qui a supprimé des dizaines de milliers d'emplois dans les fonctions régaliennes de l'Etat ?
- ...
Il y a tellement de choses à essayer de comprendre autres que le cinéma politico-médiatique que l'on nous tartine du matin jusqu'au soir, mais ça !!!

Écrit par : Francis | 23/11/2015

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