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23/01/2008

Défendre la Justice contre l’obsession sécuritaire

Une pétition vient d’être lancée en Lorraine par un collectif de personnels de Justice, éducateurs et psychiatres, pour dénoncer le projet de loi sur « la rétention de sûreté », voté par les députés dans la nuit du 9 au 10 janvier. Le texte prévoit la possibilité d’enfermer, après l’exécution d’une peine, et sans limitation de durée, des personnes considérées comme dangereuse. Cette décision d’enfermer, éventuellement à vie, des détenus sortant de prison serait prise par un collège d’experts, sans nouvelle infraction jugée, sans nouveau procès.

Ce nouveau texte sécuritaire du gouvernement vient confirmer une position pratiquement obsessionnelle du chef de l’Etat. Nicolas Sarkozy pense que certains individus sont prédisposés à devenir des monstres (c'est la part d'inné qui gagne selon), et que la société doit tenir ces individus à l’écart à cause de ce qu’ils sont et non pas pour ce qu’ils ont fait. On ne condamne plus l’acte mais la personne. L’être est jugé avant les faits. Ce projet de loi sur la « rétention de sûreté » soumet la Justice à un diktat insupportable et place l’individu social dans une situation de suspect permanent a priori. Qui peut dire aujourd’hui si sa propre fragilité ou les circonstances de sa vie ne seront pas demain une porte ouverte à sa détention définitive parce que des « experts » auront pu en décider de la sorte, à un moment précis, parce que notre loi aura permis de se débarrasser du problème ?

Des représentants professionnels ont donc décidé de mobiliser l’opinion sur les conséquences d’une vision de la Justice en rupture totale avec l’Histoire de notre démocratie, les Droits de l’Homme et les lois européennes. Les initiateurs de cette pétition rappellent que la Constitution de notre République, dans son article 66, affirme que « nul ne peut être arbitrairement détenu. L’autorité judiciaire, gardienne de la liberté individuelle, assure le respect de ce principe dans les conditions prévues par la loi. »

Le président de la République avait eu l’occasion d’évoquer sa vision sécuritaire et, en quelque sorte, pessimiste de l’Homme, en avril 2007, dans un dialogue très instructif avec le philosophe Michel Onfray. Dialogue retranscrit par le mensuel Philosophie Magazine. C’était avant l’élection présidentielle. Mais pendant la campagne que l'on a vécue, nous n'avons guère eu le temps de réfléchir à ce côté obscur du personnage devenu premier homme de l’Etat. Dans cet entretien avec le philosophe Onfray, Sarkozy déclare qu’il se « méfie de cette attitude qui consiste à rechercher pour tout acte, aussi mauvais soit-il, des explications pour le justifier ». Un peu plus loin, il dit : « j’inclinerais à penser qu’on naît pédophile, et c’est d’ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie ». Et que doit-on comprendre lorsque Nicolas Sarkozy affirme qu’il croit en la transgression ? Sarkozy postule : « l’intérêt de la règle, de la limite, de la norme, c’est justement qu’elles permettent la transgression. Sans règles, pas de transgression ».

Les magistrats, avocats, personnels pénitentiaires, psychiatres et éducateurs qui ont choisi, en Lorraine, de barrer la route au projet de loi sur « la rétention de sûreté » soulignent que « en l’absence de toute définition scientifique et médicale de la notion de dangerosité, l’enfermement ne reposera que sur un pronostic, forcément arbitraire, sous la pression d’une opinion publique, bercée par le mythe du risque zéro ».

Car cette loi soumet en effet la Justice sociale et la civilisation à ce qu'on pourrait appeler la domination de la peur des transgressions. En ce sens, c'est un texte éminemment dangereux.

Pour signer la pétition : www.contrelaretentiondesurete.fr

Écrit par Eurocitoyen dans Actualités | Lien permanent | Tags : Justice, rétention, sûreté, prison, détenu, Sarkozy, peur | |  Facebook | | |

19/01/2008

La politique du virage permanent

(Chiffres ajoutés en fin d'article)

C'est une nouvelle volte-face du chef de l'Etat. A l’occasion d’un déplacement à Boulogne-sur-Mer, ce samedi 19 janvier, Nicolas Sarkozy a déclaré son intention de remettre à plat les quotas de pêche européens.

Rappelons quelques fondements et principes.

Les quotas de pêche sont de la compétence de l’Europe et la France fait (encore) partie de l’Union. Les dernières directives de la politique de la pêche ont été approuvées par la France, en même temps que ses partenaires de l’Union européenne, il y a un mois. C’était le 19 décembre. Cette politique européenne de la pêche s’appuie sur des expertises transparentes, et validées au niveau mondial, qui disent, en résumé, ceci : trop pêcher aujourd’hui, c’est mettre en danger l’économie de la pêche très vite et déstabiliser demain l’ensemble de l’écosystème marin connu et exploité par l’Homme. L’accord européen de décembre visait notamment les quotas de cabillaud. Les scientifiques jugent depuis des années que la surpêche du cabillaud est telle que cette espèce est menacée de disparition. La politique européenne de la pêche fait partie des préoccupations écologiques et économiques globales ; la France en est l'une des premières visées en raison d’un littoral qui borde les trois quarts de son territoire national. La politique de la pêche est démocratique, au sens où les représentants des Etats ont choisi une voie commune sur la base de données raisonnables et concertées. Voilà pour le rappel de quelques bases, dans le cadre des compétences et des Institutions de l’Union européenne.

Le contexte et les mots.

Que fait Sarkozy ? Il détruit ce qu’il a lui-même validé au niveau européen, au nom de la France, par la voix de son ministre Michel Barnier, en décembre dernier. Voici des extraits du discours que Nicolas Sarkozy a tenu, à Boulogne-sur-Mer, devant plusieurs centaines de marins pêcheurs : "la France va présider l’Union européenne, du 1er juillet au 31 décembre, c'est une opportunité pour sortir de l'affaire des quotas (…) Il faut un dialogue très approfondi et très fort avec la Commission européenne sur la question des quotas (…) d'ici à la fin du mois (…) Il faut apporter une réponse beaucoup plus souple aux problèmes de la pêche que celle des quotas et cela quelles que soient les espèces et les lieux de pêche. On ne peut plus avoir d'un côté les scientifiques, de l'autre les pêcheurs, ce n'est pas possible. La pêche est globale et les premiers à défendre la ressource sont les pêcheurs".

Petit décryptage des mots du président.

« Sortir de l’affaire des quotas ». L’expression balaie d’un revers de main toute la vision européenne et la construction d’une méthode, de façon unilatérale. En clair, Nicolas Sarkozy se moque de ce que la France - avec pourtant son mandat de chef d’Etat - a validé dans le cadre de l’Union. Sarkozy n’avait-il pas annoncé, pourtant, il y a quelques mois, qu’il voulait sauver l’Europe ? Ensuite, prétendre que les pêcheurs sont les « premiers à défendre la ressource » est totalement faux. Les entreprises du secteur maritime pêchent pour tirer un revenu suffisant apte à assurer leur avenir. Elles ne pêchent pas pour défendre la ressource hallieutique. Les entreprises de pêche, dans leur majorité aujourd’hui, ne sont plus celles du passé, familiales et coopératives. Pour être compétitifs et vendre du poisson tous les jours, y compris à des milliers de kilomètres de la mer (non-sens écologique), il faut être gros et puissant. Il faut pêcher beaucoup, avec peu de personnel. Qu’il y ait une impasse économique pour les petites sociétés de pêcherie est indéniable. Mais, même dans la difficulté, la politique européenne préserve celles qui existent aujourd'hui en instaurant des mécanismes d'aides à l’activité et à la reconversion. Et la vérité, c'est que moins il y a de quotas européens et plus ces petites entreprises risquent de souffrir.

Une anecdote révélatrice.

A Boulogne, ce samedi, le ministre français de la Pêche, Michel Barnier, était présent. Le mois dernier, il avait annoncé que l’accord européen sur la pêche serait appliqué avec une "totale intransigeance". Le ministre a dû ravaler sa salive en direct. Une fois de plus, Sarkozy vient de montrer qu’il aime casser en solo ce qui est élaboré en équipe, avec ses « collaborateurs ».

En conclusion

Les déclarations de Sarkozy sur la pêche, comme sur d’autres sujets, n’ont malheureusement rien d’étonnant. Il s’agit d’un nouvel exemple de la méthode et de la communication à la manière de Nicolas Sarkozy. Une communication du virage permanent et du mensonge pour flatter le dernier qui l'écoute ou le dernier qui lui parle, et surtout conforter une posture personnelle de l’instant. Souhaitons que les minorités silencieuses de ce pays, qui n’en peuvent plus de ce gouvernement du mensonge organisé, se lèvent et fassent grossir leurs rangs pour redresser la barre et changer de cap. Seule l’intelligence collective, fondée sur une réelle vision politique, peut donner espoir en l’avenir. Les credos virevoletants de Sarkozy ne répondent pas à cet espoir démocratique.

Quelques chiffres sur la politique commune de la pêche (PCP) :

- La France arrive au 4è rang des captures de poissons dans l'UE avec environ 600 mille tonnes. Premier pays pour la pêche : le Danemark, avec 1 million 500 mille tonnes. Viennent ensuite l'Espagne (1 million 80 mille) et le Royaume-Uni (741 mille tonnes).
- La pêche et l'aquaculture représente environ 60 mille emplois en France, en prenant en compte l'industrie de transformation et les filières de commercialisation (environ 25 mille salariés pour la seule capture de poissons). L'Italie et l'Espagne sont les Etats membres où le secteur pêche, au sens large, emploie le plus de monde (plus de 100 mille personnes).
- Plus de 8 mille bâteaux de pêche en France (4è rang européen, selon les chiffres de 2002). La flotte grecque est la plus importante avec près de 20 mille bâteaux (devant l'Espagne et l'Italie).
- Sur la période 2000/2006, la France a reçu plus de 7% des aides européennes dans le secteur pêche et aquaculture (pour un total de 552 mille €). L'Espagne a obtenu plus de 2 millions d'euros.

(source : office des publications européennes - )

Pour en savoir plus sur la politique de la pêche en Europe : ICI

Laurent Watrin

Écrit par Eurocitoyen dans Actualités | Lien permanent | Tags : Europe, pêche, marins, économique, écologie, écosystème | |  Facebook | | |