28 octobre 2009
Une (in)certaine identité
Nicolas Sarkozy ne comprend pas "qu'on puisse hésiter à prononcer les mots : identité nationale française". Le chef de l'Etat manquerait-il d'intelligence ? Non. Sinon, il ne serait pas à la tête de la République. Mais si prononcer des mots, c'est une chose, leur donner du sens, c'est le rôle du politique.
En France, et en Europe, nous sommes quelques-uns à ne pas bien comprendre que certains responsables politiques veuillent encadrer et définir, sans hésiter, ce qu'est l'identité d'une Nation. Ce n'est pas un débat neuf. Et gardons-nous de faire un procès en extrêmisme à Nicolas Sarkozy, ce serait tomber dans un piège.
Personnellement, l'idée même d'identité de la Nation me semble caduque. J'ai peut-être tort. Mais c'est mon droit de citoyen de le penser. Je considère que mon identité n'est pas essentiellement liée à une appartenance nationale. Qu'il existe un inconscient collectif partagé, c'est sans doute une réalité. Mais cette réalité change avec l'Histoire.
L'identité moderne n'est-elle pas plutôt un espace personnel, complexe et changeant, où se mêlent nos origines sociales, une Histoire collective transmise ou perçue, nos influences culturelles (et l'uniformisation mondiale qui les conteste), nos rencontres, nos passions, mais aussi - et peut-être surout - nos espoirs et notre manière de se projeter dans le futur.
La volonté politique de fixer l'identité nationale - sans hésiter - ne serait-elle pas une façon d'interdire aux citoyens de construire, démocratiquement, un avenir commun ? Ne serait-ce pas un réflexe de peur, cette peur contre laquelle un Pape s'éleva naguère pour faire tomber des murs... ?
Laurent Watrin
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27 octobre 2009
La langue du voisin et la crise
Je reproduis ici, avec son aimable autorisation, et avec quelques très légers aménagements, une analyse d'un ami démocrate. Cet article sur la nécessité de bâtir des communautés de langues partagées ne manquera pas de réveiller les commentaires de nos amis espérantistes.
Bonne lecture, bon débat et merci à Frédéric Le Jéhan !
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Il est chic de parler français". Ce slogan en vogue dans l'Alsace de la Reconstruction, libérée de l'annexion de fait à l'Allemagne nazie, a rempli son objectif. Le français est pleinement devenu la langue majeure en Alsace, maîtrisée aujourd'hui par presque tous ses habitants. Mais à cet enrichissement de la connaissance de la langue nationale, répond un appauvrissement, celui de la chute de la pratique dialectale corrélée à celle de l'allemand standard. Breton d'origine, je peux certes témoigner que l'Alsace demeure sans doute la région française où la langue locale reste la plus ancrée. Et cela d'ailleurs pour une large part, car l'allemand demeura privilégié de 1871 à 1918 au sein du Reichsland. La IIIème République imposait à la même époque au sein de ses frontières la pratique d'une seule langue dans l'espace public comme à l'école pour les jeunes générations, au détriment de l'occitan, du breton, du basque, du corse, du flamand ou des patois français du Nord. Mais cet atout d'une persistance de la langue locale s'avère aujourd'hui en péril.
Si l'Alsace du début des années 2000 était la seule région française à connaître une situation proche du plein emploi (taux de chômage tombant à 4,8% en 2001), cela provenait pour une large part du grand nombre de ses habitants qui travaillaient en Suisse ou en Allemagne. La crise ou plutôt des crises successives sont survenues depuis. De nombreux frontaliers furent licenciés. Beaucoup moins ont été réembauchés ensuite par des employeurs de plus en plus dubitatifs devant la maîtrise d'année en année de plus en plus imparfaite du hochdeutsch par les Alsaciens. Les métiers ou postes concernés évoluent aussi et requièrent des compétences et qualifications souvent croissantes. En atteignant un niveau record de 8,4% au second trimestre 2009, le niveau de chômage alsacien se rapproche toujours plus de la moyenne nationale. Ces évolutions se révèlent extrêmement préjudiciables aux Alsaciens, qui disposaient jusqu'alors de l'atout de la pratique de deux langues pour leur mobilité. Cela devient même un véritable handicap, si l'on songe que l'espace compris dans un rayon de 250 km autour de Strasbourg englobe près de 25 millions de germanophones contre environ 6 millions de francophones, la mégalopole rhénane s'avérant beaucoup plus dense que les régions situées juste à l'Ouest ou au Sud des Vosges. Le problème de cette diversité linguistique ne se pose pas de manière aussi aigüe pour les actifs de la France de l'intérieur dans leur mobilité professionnelle.
Le paradoxe est qu'à l'heure des célébrations de l'amitié franco-allemande et des accolades à n'en plus finir sur le Rhin, ni l'intégration européenne toujours plus forte, ni la monnaie unique, ni même une jeunesse ouverte sur la diversité du monde n'empêche la frontière linguistique naguère dans les Vosges de se reconstruire progressivement le long de ce grand fleuve. L'obstacle à la communication tend à s'accroître au fil des ans. Rien n'est pourtant inéluctable. Certains pays, comme le Grand-Duché de Luxembourg tout proche, parviennent à faire vivre le bilinguisme (NDR : un jeune étudiant luxembourgeois parle régulièrement quatre langues, l'anglais étant le plus souvent additionné aux trois langues courantes du pays que sont le luxembourgeois, l'allemand et le français). D'autres ont su, comme l'Irlande ou Israël, raviver ou recréer une langue moderne.
Seule une politique publique très volontariste et une véritable prise de conscience des habitants pourrait endiguer le déclin de la pratique bilingue en Alsace. Mais cela ne se fera pas par quelques mesures incitatives ponctuelles ou des "clins d'œil" au dialecte. L'inflexion d'une évolution sociétale lourde de long terme réclame une action forte systématique et déterminée. Elle ne peux reposer sur une minorité d'engagements individuels. Elle suppose au contraire de rendre sa légitimité à la langue allemande comme langue d'Alsace au même titre que le français. Le bilinguisme paritaire devrait être généralisé dans l'enseignement à tous les niveaux, quitte à faire venir de nombreux professeurs des pays germanophones et à développer d'ambitieuses formations nouvelles. Nul doute qu'une telle remise en cause ferait l'effet d'une révolution intellectuelle au sein de l'éducation nationale. D'autres régions de France pourraient d'ailleurs en bénéficier, dans l'esprit la récente évolution constitutionnelle. Il n'y a pas d'autre issue pour éviter que l'allemand ne soit de plus en plus concurrencé par l'anglais dans les choix de familles conscientes que cette dernière langue devra de toute façon être maîtrisée par leurs enfants.
J'avais en septembre 2008 écrit au Président Jacques Bigot pour lui suggérer de remplacer "CUS magazine" (NDR : le journal de la communauté urbaine de Strasbourg) par une revue entièrement bilingue de l'Eurodistrict : en vain, M. Bigot ayant jugé un tel projet "prématuré". En réalité, toutes les collectivités alsaciennes (Région, conseils généraux, communes...) devraient donner l'exemple en rendant symboliquement à la langue allemande la même place que le français dans leur communication institutionnelle. La préservation de la compétitivité, de la prospérité et la sauvegarde la richesse linguistique de l'Alsace nécessitent de telles actions. Il sera encore plus chic demain de parler français et allemand.
et communautaire
de Strasbourg
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18 octobre 2009
Une « cagnotte » ? Oui, mais pour tout le monde !
Trois lycées de l’Académie de Créteil (Val-de-Marne) expérimentent une « cagnotte » destinée à faire venir les élèves en classe. Le principe : donner de l’argent aux élèves pour qu’ils viennent en classe. Objectif : éviter l’absentéisme. L’idée a été imaginée par Martin Hirsch, Haut Commissaire à la Jeunesse. Même si la mise en oeuvre reste à définir, cette expérience de « cagnotte » aborde de façon plutôt perverse la question de la nécessaire autonomie matérielle des personnes. L’autonomie de l’existence est une condition du vivre-ensemble.
La valeur « travail », tarte à la crème de notre modèle économique, finit par résumer l’Homme à sa seule condition de rouage fonctionnel du système. Nicolas Sarkozy avait promis à ses électeurs qu’ils pourraient « travailler plus pour gagner plus » ; Martin Hirsch invente le slogan qui dit aux jeunes : « gagnez de l’argent grâce à l’école ». Et le chef de l'Etat aurait émis quelques réserves sur l'idée elle-même... Aller à l’école, pour quoi faire ? Pour quel projet ? Dans quel but ? La "cagnotte" répond-elle à ces questions ? Evidemment, non. L’école doit répondre à une ambition qui n'est pas uniquement de l’ordre du mérite et de la compétition. La compétition, validée par l’argent gagné, est devenue la valeur suprême du modèle économique qui résiste à la remise en cause.
Le vivre-ensemble ne repose pas sur la concurrence des personnes. Il est fondé sur la concurrence des projets, laquelle vient du dialogue entre les personnes. Comme le dit très justement Albert Jacquard, « apprendre la citoyenneté, c’est prendre conscience du besoin de l’autre pour devenir soi » (1). Aucune « cagnotte » scolaire ne peut suffire à répondre à cet enseignement de la citoyenneté.
Dans notre système économique, des millions de familles – c’est une réalité – sont plongées dans le désespoir social et le désarroi matériel : elles glissent vers cette pente naturelle qui s’appelle l’apât immédiat du gain. Pour survivre. Pour satisfaire les besoins urgents. La « cagnotte » peut s’avérer efficace, de ce point de vue. Et après ? Méfiance : la cagnotte est une drôle de carrotte qui peut vite se retourner en bâton sur ceux qui l’ont imaginés. Mettons-nous à la place de l’élève démotivé (nous en avons tous un souvenir personnel) : si je reçois un peu d’argent pour venir l’école, je peux m’en satisfaire. Mais cela ne me donne ni l’assurance d’un avenir, ni celle d’un espoir de reconnaissance ou d’une transmission de savoir utile. Où est l’estime de soi ? Les conséquences de cette expérience « cagnotte » risquent de s’avérer désastreuses.
Il est intéressant de noter que cette « cagnotte » lycéenne procède du même état d’esprit que le RSA : il s’agit de remettre les gens au travail. Quelle est son efficacité sociale ? A France Telecom, l’évolution des métiers et les méthodes nouvelles pour mettre les gens au travail entraînent un mal-être si grand, pour une large partie des salariés, que certains travailleurs – même payés convenablement – se sentent déshumanisés, dépossédés de leur initiative et, finalement, d’eux-mêmes. Quand on demande à un juriste de passer à une fonction de télémarketing, c’est une catastrophe pour la personne. La « cagnotte » risque de s'avérer non seulement inefficace, mais elle peut même contribuer à détruire le lien social. Ce système peut produire un « homme sans qualités », au sens où l’entend Robert Musil.
Pour sortir de cette spirale infernale, il vaudrait mieux ré-humaniser le rapport à l’argent. Remettre l'argent à sa juste place, en instaurant, par exemple, un revenu d’existence : une base matérielle pour chacun, durant toute la vie, quelle que soit son activité et sa situation sociale. Nos voisins allemands ont lancé le débat. Pourquoi pas nous ? Alors, une « cagnotte » ? Oui, mais pour tout le monde et sans condition. Le rôle de la personne sera ainsi mis en valeur, de façon plus morale et moins marchande.
(1) Albert Jacquard, « Nouvelle petite philosophie », entretien avec Huguette Planès (Ed. Stock, 2005 – disponible en collection Poches)
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16 octobre 2009
Normalisation...
Didier Lombard est-il humain ? Oui, sans doute. Un peu comme tout le monde, finalement. De loin, le PDG de France Telecom considère que les salariés de son entreprise sont des personnes respectables, avec des vies normales. Mais l'application qu'on demande à Didier Lomabard de mettre en oeuvre consiste à dire aux salariés de l'entreprise qu'il dirige, grosso modo, ceci : "merci d'être vous-même, mais, là, tout de suite, l'entreprise n'a plus besoin de votre personnalité, alors, soyez sympa, arrêtez de vous impliquer et faites ce qu'on vous demande, tout se passera bien". C'est difficle d'être un dirigeant d'un sytème dont l'objectif (quel mot formidable) consiste à appliquer des procédures. Logique privée, logique publique, peu importe. C'est la normalisation qui compte. Un marchand de soupe qui ne tient pas compte des légumes finit par vendre quelque chose qui ressemble à de la mort aux rats. Et quand les hommes se confondent avec les rats qui mangent la soupe, ça finit par faire déborder la casserole sur le feu.
Ce jeudi, un ingénieur de France Telecom s'est donné la mort, chez lui. D'après des informations concordantes, cet homme avait récemment écrit une lettre, dans laquelle il évoquait un poste pour lequel il était candidat. Sa candidature n'avait pas été retenue.
Dans la compétition, une donnée essentielle prime : la normalisation. La preuve - a posteriori - par le verbe hiérarchique : "c'est une terrible nouvelle, que je redoutais", déclare le numéro deux de France Telecom, Stéphane Richard.
La normalisation, quand on est un fonctionnaire (public ou privé) du système, c'est ce qu'on redoute, et que finalement l'on ne fait que constater, avec un peu de distance et de... communication. Le courage de changer les choses, "on" le laisse à d'autres. Plus tard. Peut-être. Vague espoir.
Je sens que je vais me faire "épingler" (normaliser ?) par ma propre hiérarchie, moi qui ne suis qu'un petit "journaliste de proximité" (curieuse expression entendue récemment). Mais je vous dois une confidence : hier matin (mercredi), quelques heures avant la terrible nouvelle à France Telecom, nous avons été, mes collègues et moi-même, alerté par la venue en Lorraine de M. Lombard. Sans doute un sujet d'actualité en perspective. Nous avons été tenté de "creuser" l'information, comme on dit dans le jargon ; aller poser quelques questions au PDG de France Télécom. Eh bien, ce mercredi matin, la réponse "normalisée", appliquée à nous autres "petits journalistes", fut celle-ci : "non, il y a autre chose dans l'actualité". A ce moment-là, nous ne savions pas que Nicolas Sarkozy se rendait ("par surprise") à Metz.
Cher ami (mot que j'aime bien), lecteur, auditeur, je vous salue,
avec ma compassion pour les familles dans le désarroi, à France Telecom et ailleurs,
LW
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13 octobre 2009
Génial !
Jean Sarkozy est "le fils d'un génie politique". Le mot est de Thierry Solère, vice-président UMP du conseil général des Hauts-de-Seine. L'élu local francilien estime donc "normal" que le fils du chef de l'Etat soit "précoce". Il était temps qu'un défenseur éclairé vienne au secours du pauvre Jeannot, 23 ans, génie précoce qui a juste un peu de mal à suivre des études de Droit. Mais c'est un peu normal, il est très occupé. Et bientôt, il le sera encore plus avec la présidence du conseil d'administration de l'Etablissement public du quartier d'affaires de la Défense, qui gère des milliards d'euros, dans ce tranquille département des Hauts-de-Seine, où la taxe professionnelle continuera à rapporter gros même après la réforme.
Ne soyons pas bêtement ironique, ni frondeur inutilement !
L'idée du génie précoce transmis de père en fils, ça se tient, surtout chez les proches des Sarkozy, qui pensent que l'inné prime sur l'acquis. D'ailleurs, Thierry Solère le dit : "ce n'est pas étonnant, si vous êtes le fil de Zidane, que vous jouiez bien au foot" ! Admettons. Mais, dans ce cas, ce n'est pas la peine que Sarkozy père rappelle, dans son discours sur la réforme des lycées, que l'origine de ces établissements scolaires (en 1802) marquait "la fin des privilèges de la naissance". Mais, ça, c'est le génie de la communication.
L.W.
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19 septembre 2009
Education et liberté
"Ils coupent des rubans tous les quatre matins, ils s'occupent de la vie des gens, partout et tout le temps, ils dressent le peuple à suivre des règles de sécurité, et ils gèrent la dette. Et la liberté dans tout ça ? Quand l'exercice de la citoyenneté se résume aux lois qui justifient l'administration d'un pays, l'éducation ne sert plus à rien et la liberté est en danger."
Voilà, en résumé, la parole d'un de mes concitoyens entendue cette semaine. Hé bien, ma foi, c'est une parole civique qui me semble assez juste et utile. Dans un système politique à la dérive, l'assistanat et l'autoritarisme se complètent toujours et finissent par rendre impossible la solidarité, celle qui vient des personnes et non pas du système.
La démocratie ne repose-t-elle pas sur l'éducation de tous et la liberté de chacun ?
LW
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10 août 2009
Sauver le monde ?
« On ne peut pas sauver le monde ». Voilà ce que dit ma mère, lorsqu’elle trouve que je parle un peu trop de politique. Elle a sans doute raison. Car On ne peut pas grand-chose. D’abord « On est un con ou un salaud», comme disait une ancienne institutrice, qui avait lu Jean-Paul Sartre. Le On c'est l’abandon de l’originalité de l’homme, le déni de sa singularité, la négation de sa liberté de regarder et de penser le monde.
Le salut du monde n’est-il pas le fruit d’une vision humaine ? Bien sûr, la plupart du temps, nous sommes nombreux à faire ce qu’on peut. Volonté limitée, désirs insatisfaits. Pour Arthur Schopenhauer, la majorité des hommes ne connaît pas « les joies de la pure intelligence » et « le plaisir de la connaissance désintéressée les dépasse : ils sont réduits au simple vouloir (…) action et réaction, voilà leur élément unique ».
Dans son Utopia (mot inventé) publiée en 1516, le chancellier anglais Thomas More lance un appel pour sauver l’humanité. La vision de More décrit les habitants de cette Utopie, territoire si bien gouverné, comme des hommes et des femmes « aiguisés par les lettres », ayant une aptitude au progrès. En pleine Renaissance, Thomas More fonde la société sur les principes de la connaissance et des institutions communes aux hommes d'un même pays.
Les hommes de bonne volonté, pour reprendre un titre de Jules Romains, n’ont-ils pas pour ambition de sauver le monde ? c’est-à-dire, de changer les règles du jeu pour que l’homme soit plus libre ? Comment refuser l’audace d’un honnête homme à « sauver le monde » ? Sans oublier la prudence, avec humour, si possible, grâce à Michel Audiard, par exemple : « les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ».
La société libérale et la démocratie sont censées limiter la progression de la bêtise, par le dialogue et le compromis. Dans ce régime du vivre-ensemble, les ambitions – individuelles ou collectives - confrontent pacifiquement leur manière de sauver le monde. A mon niveau, ma conscience de ce qui existe et de ce pour quoi j’agis peuvent participer, humblement, au salut du monde. Cela suppose un certain confort matériel pour pouvoir penser à autre chose qu'à survivre, et un certain niveau d'éducation afin de favoriser l'expression du libre-arbitre. Car si je n'ai plus rien, je n'aurais probablement que la volonté (au sens de Schopenhauer) de casser le monde.
L’Histoire nous enseigne que les intentions de sauver le monde peuvent se révéler destructrices. Le XXè siècle a connu des totalitarismes qui prétendaient refaire le monde. Ce fut au prix de la mort de millions d’hommes, car le on d’une globalité déshumanisée était devenu plus important que la personne humaine et ses utopies de mieux vivre ensemble. Albert Einstein pensait que le monde serait «de plus en plus dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal mais à cause de ceux qui regardent sans rien dire ». Albert Einstein aurait pu être ma mère... Si un jour je tombe dans la rue et que personne ne vient à mon secours, c’est peut-être que la société des hommes que j’ai rêvée n’existe pas. Dans ce cas, pour quoi - ou avec qui - vivre ? « Il n’y a pas d’amour dans un monde malheureux », écrit Raoul Vaneigem, leader du mouvement situationniste. "Vivons heureux en attendant la mort", répond Pierre Desproges.
Ma mère a raison : on ne peut pas sauver le monde, mais la conversation des hommes peut contribuer à son salut.
Si vous voulez exercer l'expression de votre libre-arbitre, rendez-vous à Metz, le samedi 19 septembre, à 15h, café Jeanne d'Arc, pour le prochain café citoyen, sur le thème : "faut-il une utopie pour sortir de la crise ?". Merci à M. Jacques Pailler pour avoir proposé ce beau sujet de réflexion, adopté à la majorité des participants du dernier café citoyen.
Laurent Watrin
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05 août 2009
Le grand soir et les privilégiés
Petite réflexion pour un 220è anniversaire
La nuit du 4 août 1789, l’Assemblée constituante issue des Etats généraux, se réunit pour un débat animé et fondateur. La misère sociale et la révolte sont en train de grossir. Cette nuit-là, le parlement révolutionnaire n'adopte pas l'abolition des privilèges. La formule est inexacte. En revanche, les droits féodaux sont « rachetés ». Autrement dit, la noblesse devient riche et moins puissante ; l’Ancien Régime, fondé sur la propriété héréditaire des terres et du pouvoir, passe à un régime de société bourgeoise. Le libéralisme économique et politique, déjà exprimé dans certains cercles de pensée, une vingtaine d’années plus tôt, devient une possibilité de corriger certaines inégalités. La nuit du 4 août 1789 a surtout fondé un principe important : « l’égalité devant la loi ». Et son corollaire fiscal : « à revenu égal, impôt égal ».
220 ans plus tard, comme le répèterait sans doute Pierre Desproges aujourd’hui, « les Bourgeois sont toujours sur le trône ». Qu’on veuille bien me pardonner cette digression anachronique. Ce qui frappe encore, de nos jours, c’est une certaine difficulté de notre démocratie à mettre en oeuvre l’essence même du libéralisme politique.
Car la France est ce pays étrange où l’égalité devant la loi revient à multiplier les niches fiscales et à favoriser les plus riches, même en temps de crise : le bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy en est la preuve. La France est cette Nation bizarre où la loi - générale en théorie - s'applique régulièrement à des morceaux de territoires ou à des corporations : la récente loi sur le travail du dimanche est un exemple flagrant.
François Bayrou - qui est un homme privilégié à bien des égards, et homme de droite selon certains - a le grand mérite de mettre l’accent clairement sur ces questions. Son dernier livre, « Abus de pouvoir », est sans doute sorti trop tôt. Accusé d’anti-sarkozysme, grand défaut du temps des élections européennes, cet ouvrage écrit par le président du Mouvement Démocrate eût mieux fait d’être publié le 4 août 2009. Sans promettre le Grand Soir, François Bayrou, avec sa vision politique libérale et sociale, apparaît aujourd’hui mieux inspiré que bon nombre d’autres responsables politiques privilégiés.
Une petite voix murmure : "laisse tomber, t'es nul". C'est vrai ! C’est plutôt la mode de ridiculiser ceux qui convoitent le pouvoir en ce moment, surtout quand ils échouent. Et François Bayrou est sous le feu de la critique jusque dans son propre parti. Ce blog ferait mieux d'évoquer les plages et les vacances, il ferait plus d’audience… Mais il est tellement plaisant de livrer ici cette petite réflexion, en mangeant un plat de lentilles, dans cette France originale où certaines idées nobles passent aux oubliettes aussi vite que les hirondelles font leur révolution annuelle.
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22 juillet 2009
Europe : les dépenses et la relance
« Halte aux dépenses publiques ! », dit le président de la Banque centrale européenne. Jean-Claude Trichet martèle que les seize Etats de la zone euro doivent diminuer leurs dépenses publiques. L'avertissement vaut particulièrement pour la France qui bat le record dans cette zone euro, avec la dépense la plus élevée relativement à son PIB (autour de 7,5% pour 2009, et une dette de l’Etat d’environ 77%).
La crise économique et le vieillissement de la population européenne menacent la confiance monétaire à l'intérieur des pays de la zone euro, mais aussi chez leurs partenaires à l'extérieur de la zone. L’addition des plans de relance nationaux, sans coordination, aura sans doute du mal à inverser la tendance.
Si l’Union européenne élaborait un vrai plan d’investissements, autour de grands projets communs à vocation écologue, l’avenir serait peut-être plus clair, moins angoissant. Cette ambition, les élus Modem au parlement européen la porteront autant que possible. Réunis au sein du groupe ADLE (Alliance des Démocrates et Libéraux pour l’Europe), les voix européennes du Modem sont désormais portées par Guy Verhofstadt. L’ancien premier ministre belge, fédéraliste convaincu, est le nouveau président du troisième groupe parlementaire européen. Espérons que sa voix, et cette voie, soient entendues.
> A lire : le memorandum de l'ADLE pour la prochaine présidence de la Commission européenne
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10 juin 2009
Obsession présidentielle
On peut analyser le résultat des élections européennes jusqu’à plus soif. Mais la première leçon, c’est sans doute l’abstention. Quand 6 électeurs sur 10 ne votent pas, on peut - on doit - se demander pourquoi ? La faute à l’Europe « lointaine » ? C’est en partie vrai. Mais aux élections municipales de mars 2008, l’abstention était de près de 39% en moyenne, jusqu’à 60% dans les grandes villes. Deuxième hypothèse : nous sommes dans une démocratie bien paisible et une majorité de citoyens ne voit pas l’intérêt de mettre un bulletin dans l’urne. Difficile d’y croire, en période de crise. Troisième piste : les électeurs rejettent le système. Pas forcément la politique.
Ce sentiment semble largement partagé. Ceux qui ont fait campagne l’ont entendu très souvent. Et ce rejet populaire fait écho à un phénomène devenu primordial en France depuis le quinquennat : l’obsession présidentielle. Une fois tous les 5 ans, désormais, le peuple désigne le chef de l’Etat et, aussitôt dans la foulée, vote pour ses députés. Résultat : l’Assemblée est asservie à la victoire du chef suprême. Et l’élection présidentielle est la seule « utile » pour les partis. Bayrou le sait ; il l’a trop dit. Sarkozy le sait aussi ; il fait tout pour que ça dure. Les têtes du PS se déchirent ; l’obsession, chez eux, tourne au drame collectif. Les autres tentent leur chance.
Dans ce « délire », un OVNI déboule : Europe Ecologie, conjugaison d’horizons associatifs et citoyens, bien dans l’air du temps, échafaudée, en quelques mois, autour d’un chef de file charismatique qui rejette toute ambition présidentielle. Cohn-Bendit ne veut être ni président de la République, ni même président de parti. L’OVNI vert a, en quelque sorte, percuté l’obsession présidentielle, comme une brèche ouverte en psychanalyse.
Vers la fin de la Vè République ?
Il y a encore des électeurs fidèles à des socles classiques (minoritaires). Mais pour ceux qui attendent « autre chose », la cohérence du message est essentielle. C'est une question de stratégie. Sortir de l’obsession est donc nécessaire. Bayrou veut une VIè République. Cela tombe bien. Que le Modem se mette en cohérence avec son projet ! Et si cette République nouvelle abandonnait l’idée de l’élection suprême ? Cela permettrait plus facilement de présenter aux citoyens des projets plutôt que des chefs.
Chez les Verts et au Modem, on trouve des candidats et des militants motivés, des contenus élaborés, réfléchis collégialement, et un projet de société. Le Modem a mobilisé près de 4 mille personnes pour construire son programme européen, avec un message écologique fort mais mal mis en valeur.
Il y a sans doute un nouveau mode de gouvernance à trouver, comme le dit Corinne Lepage. Inutile de jouer les boyscouts au pied d'une pyramide qui s'enfonce. Il vaut mieux miser sur des réseaux pensants, organisés pour le débat et l'affirmation d’alliances électorales, le moment venu. Passer de l'obsession présidentielle à la nécessité de placer les personnes au centre de la politique.
L'idéal serait que les abstentionnistes viennent participer à cette nouvelle façon de faire de la politique. Un rêve ?
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