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22/07/2016

Attentat de Nice : la rumeur et la haine alimentées par les "élites"

J'appelle cela faire du commerce sur le dos des morts. C'est indécent. Indigne. Le cancer de la démocratie. Après l'attentat de Nice, les polémiques ont vite remplacé les hommages et les appels à l'unité nationale.

Les pouvoirs, politiques et médiatiques, sont largement responsables de cet état de fait ; complices de cette montée du "populisme" que pourtant ils fustigent régulièrement. Détestable schizophrénie.

La rumeur et la haine sont ainsi nourries. Pourquoi ? Peut-être parce que la liberté, nos libertés démocratiques ne vont pas sans la responsabilité de ceux qui doivent les mettre en oeuvre. On ne peut pas réfléchir dans l'emballement des émotions et des préjugés, lesquels, par essence, dominent toute forme de raison. Et dès lors que, précisément, cet élan dégorge à longueur d'articles de presse, de reportages audiovisuels, de twitt et d'interactivité sur les réseaux soi-disant "sociaux", il y a quelque chose de pourri au royaume des idées démocratiques.

Pour faire société, nous devons - tous et chacun - respecter quelques principes et valeurs, surtout en période de tempête, surtout quand "la guerre contre le terrorisme" - belle invention pour tirer des grosses ficelles - menace la cohésion républicaine.

En démocratie, les Institutions et le Droit sont le langage de la communauté humaine. Sous le contrôle du législateur qui fait évoluer ce langage.

Le dernier dérapage collectif en date montre que, de ce point de vue, des barrières ont sauté. Un procureur de l'antiterrorisme a pris l'habitude de lâcher imprudemment des infos, pas forcément fiables, avant même les conclusions factuelles de l'enquête (lire ce portrait de François Molins dans Libération, en décembre dernier) ; des élus balancent leurs adversaires du camp d'en face pour assurer leur "buzz" et leur carrière personnels ; et des médias, soumis à la loi implacable de l'audience, assurent le relais de la panique tout en déplorant la montée des incompréhensions, à laquelle ils participent. Ecoeurant commerce de la médiocrité. Irresponsabilité partagée.

Le dernier exemple en date est cet article du Figaro qui relate l'émotion des agents municipaux de Nice lorsque la Justice leur ordonne de détruire des enregistrements de vidéosurveillances ayant précédé l'attentat. On peut comprendre cette émotion personnelle dans le contexte. Mais l'article insiste sur la "sidération" et "la surprise", laissant entendre que les faits et la procédure normale sont plus suspects que le travail de l'enquête. Joli coup ! Merci le Figaro. C'est sûr que les ventes sont dopées. Mais il n'y a pas qu'elles.

Les théories du complot peuvent remercier la formidable "liberté de blâmer" dont le journal ne manquera pas de se targuer, au mépris de la déontologie et de la présentation honnête des faits.

La vérité - la petite vérité, la relative - c'est que des destructions de vidéosurveillance à caractère sensible sont ordonnées régulièrement (et conformément à la Loi), dans la plupart des enquêtes criminelles, lorsque les services judiciaires ont fini d'exploiter les données pour mener l'instruction. C'est le cours normal de la Justice. Cette prévention permet effectivement d'éviter le vol et le recel éventuels de données réservées à l'enquête.

L'affaire niçoise n'est pas une broutille. Car la haine (le mot est-il trop fort ?) entre la collectivité sudiste et le niveau gouvernemental est si palpable que ce type d'informations fusent et enflent aisément la sphère médiatique. A la lecture complète de l'article, on remarque toutefois que le Figaro nous rappelle le cadre légal. Mais sans l'éclairer. Sans recul. Bref, le mal est fait.

Finalement, à qui profite ce délire collectif ?

Aux idéologues, de tous poils, qui peuvent tranquillement gober leur part du monstrueux gâteau, en faisant adhérer la "foule", laquelle "souvent trahit le peuple", pour reprendre la formule de Victor Hugo.

Laurent Watrin

Écrit par Eurocitoyen dans Actualités, Blog, Edito | Lien permanent | Tags : nice, figaro, videosurveillance, enquête, attentat | |  Facebook | | |

12/04/2016

Panama et évasion fiscale : la redécouverte de l’eau froide

Ce blog était vaguement en sommeil ; les voix noctambules, à la recherche d’un chemin révolutionnaire (?), viennent de le réveiller.

Parmi leurs griefs, les plus ou moins sympathiques acteurs fatigués des désormais fameuses « Nuits Debout » évoquent les paradis fiscaux.

Le "scandale du Panama" apparaît comme la goutte d’eau qui fait exploser la cocotte-minute. Est-ce bien raisonnable ? Quoi de neuf dans cette soi-disant « révélation » ? En réalité, on redécouvre l’eau qui coule sous les ponts depuis des lustres. Les riches ont les moyens de planquer leur argent là où certains systèmes légaux le permettent. Les moralistes peuvent s’en plaindre. C'est leur fonds de commerce, si l'on ose dire. Mais la politique se moque bien de la morale.

La réalité, c’est que l’évasion fiscale la plus importante se trouve à l’intérieur de nos Etats : les citoyens attachés à leur niche fiscale sont les premiers conservateurs du système ; et ceux qui payent leurs travaux domestiques ou le baby-sitting des enfants sans déclaration fiscale auront-ils le courage et l’honnêteté d’arrêter de filer en douce pour "changer" le système ? Et les patrons d'entreprise qui contournent la TVA feront-ils amende honorable ?

Autre question : pourquoi croyez-vous que les Etats-membres de l’Union européenne n’ouvrent pas le débat sur l’harmonisation de la fiscalité en Europe ? L'Europe ne peut rien sans l'aval de la Nation dans ce domaine. Et pourquoi pas un impôt européen pour un vrai service public de la lutte anti-fraude partagé dans l'Union ? Parce que le système international d’évasion fiscale arrange bien les Etats, qui ne font rien ou presque, comme le rappelle l'économiste Thomas Piketty et ainsi que le reconnaît le commissaire européen Pierre Moscovici, dans un entretien accordé au blog de Jean Quatremer.

L'affaire Panama, c’est la (bonne) cruche étrangère qui cache la marée bien de chez nous. Plutôt que de redécouvrir l’eau froide et de s’en indigner, les citoyens "révoltés" seraient bien inspirés de soutenir une politique européenne fédéraliste en matière de fiscalité et de redistribution des revenus.

Parlez-en à vos députés, national et européen, ça leur donnera du grain à moudre.

 

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