18.05.2008

De la vraie place du centre

Le Nouveau Centre a tenu ce week-end son congrès fondateur à Nîmes. Le ministre de la Défense, Hervé Morin, a été élu à la tête du parti, avec 87% des voix. Le chef des troupes "néo-centristes" a rappelé que les premiers ralliés du NC, issus de l’UDF, avaient quitté François Bayrou quand celui-ci avait annoncé qu’il ne voterait pas pour Nicolas Sarkozy, au second tour de la présidentielle. Aujourd’hui, le traître du PS Eric Besson pourrait rejoindre le Nouveau Centre.

Avec ses 7 mille adhérents revendiqués et ses 22 députés alliés de l’UMP, le NC revendique « l’héritage de l’ancienne UDF » et un positionnement de « centre solide arrimé à droite » selon les termes de François Sauvadet, président du groupe NC à l’assemblée nationale.

Quelle est la philosophie de cet étrange parti ? « Mieux vaut essayer de faire bouger les choses de l’intérieur » dit Maurice Leroy, lui aussi ancien compagnon de route de Bayrou. Mais qu’a changé réellement le Nouveau Centre annexé par Sarkozy ? Le chef de l'Etat n'a d'ailleurs pas l'intention de voir prospérer ce mouvement... Et demain, si le MoDem ou le PS prennent le pouvoir, le NC voudra-t-il toujours faire bouger la politique de l'intérieur ou continuera-t-il à affirmer son "arrimage" à droite ?

De ce congrès pseudo-centriste, on peut tirer une double conclusion : le Nouveau Centre, ce n’est pas franchement nouveau et cela n'a rien à voir avec le centre.

Laurent Watrin

26.10.2007

Tripatouillage pour parti bidon

Les députés élus sous la bannière « Nouveau Centre » tentent de bricoler la loi sur le financement politique pour pouvoir profiter d’une manne publique. Cela revient à mépriser la loi en vigueur au moment des élections récentes. Il y a peu de chance - théoriquement - que cette grossière manipulation aboutisse, malgré le soutien du président de la commission des lois, d'une partie du gouvernement et d’un élu... communiste.

Le gouvernement vient de reporter la discussion parlementaire après le fiasco d’une première présentation du projet (il y avait trop peu de députés dans l’hémicycle, mercredi 24 octobre).

En tout cas, la vilaine manœuvre du Nouveau Centre prouve que la « gamelle » est la première motivation des traîtres. Modifier une loi à son profit, voilà la grandeur de la politique, selon Hervé Morin et ses amis «centristes» amarrés à l’UMP.

Petit rappel : l’actuel Ministre de la Défense avait mobilisé plusieurs membres de sa famille, son chauffeur, des secrétaires... pour participer aux élections législatives afin d’atteindre les critères de la loi actuelle qui prévoit d’accorder le financement public à un parti dès lors qu’il a obtenu au moins 1% des voix dans 50 circonscriptions. Ce qui n’est pas le cas du formidable bidonnage "Nouveau Centre", tiré du chapeau du magique Morin. Qu’à cela ne tienne, se disent aujourd’hui les députés « NC » : il suffit de tripatouiller la loi passée pour qu’elle serve notre avenir. Le Nouveau Centre propose donc que le financement politique soit donné à toute formation ayant obtenu au moins... 15 députés ! C’est un peu comme si un athlète arrivé 4è du 100 mètres déposait un recours pour qu’on attribue aussi une médaille à celui qui a raté le podium.

Dans le domaine du financement politique, en France, il y a certes une anomalie. Un parti peut avoir des représentants dans des milliers de communes, dans les régions et les départements (c’est le cas des Verts par exemple) et pourtant ne pas être financé. Ce qui fait régner les arrangements entre partis et les copinages entre ceux qui ont de l’argent et ceux qui en ont besoin (version politicienne de l’assistanat si cher à notre pays).

Pour bien comprendre, rappelons que depuis que le financement privé d’un parti est plafonné à quelques milliers d’euros par an et par personne physique (loi de mars 1988), un mouvement politique ne vit que grâce aux subventions de l’Etat accordé après les législatives (80 millions d’euros distribués, au total, pendant 5 ans). Sans la manne issue des impôts citoyens, le Nouveau Centre est donc condamné à demeurer une coquille vide.
Si l’on voulait l’équité, il faudrait que le premier député élu d’un parti ouvre la voie au financement public de sa formation… Cest d’ailleurs ce qu’a proposé le député UMP Gilles Bourdouleix.

En attendant, François Bayrou a annoncé qu’il saisirait le Conseil constitutionnel pour faire barrage à la proposition du Nouveau Centre. Espérons que les traîtres (qu’ils soient du centre ou d’ailleurs) ne se fassent pas « des couilles en or » sur le dos du peuple, avec la complicité du gouvernement. Ce serait un comble pour des gens qui n’en ont guère.

Laurent Watrin

06.02.2007

Peut-on désirer Bayrou ?

On peut penser ce qu’on veut de son projet politique, ou même ne pas le comprendre, mais il y a chez Bayrou une dignité qu’on ne trouve pas chez les autres.

L’homme a des principes, une certaine hauteur de vue et de la culture. Autant de qualités introuvables chez bon nombre de politiques aujourd'hui. Bayrou respecte les mots, même s’il a le langage parfois hésitant. Mais hésiter, c’est aussi chercher le mot juste, quand d’autres ont déjà tout préparé et répété comme des acteurs.

Bayrou ne méprise pas le peuple, il fait appel à l’intelligence plutôt qu’à l’émotion. Il sait écouter et met à l’honneur des valeurs fondatrices d'une société démocratique et républicaine. Dans le bruit médiatique de la campagne, François Bayrou se distingue.

Ce mardi soir, sur Canal +, le candidat centriste a dit qu’il avait parfois le sentiment d’être plus à gauche que Ségolène Royal, quand il entendait la candidate du PS. Face aux questions répétitives des journalistes sur son positionnement au centre, Bayrou défend sa ligne : la gauche et la droite ont fait beaucoup de mal jusqu’à maintenant et il faut en finir avec ce paysage coupé en deux. C’est peut-être un peu naïf. Mais c’est sincère.

Dans une campagne, les apparences sont trompeuses. Bayrou ne serait pas charismatique. C’est le sentiment qu’on peut avoir en le voyant à la télévision ou à la tribune. Mais dans la vraie vie, les gens qui le rencontrent constatent l’inverse. Bayrou ne serait pas assez « rentre dedans ». Ce n’est pas tout à fait ce que disent ses proches. Il est même capable de colère. Comme tout le monde. Mais pourquoi serait-il un boxeur ou un pitt-bull devant les caméras ? Pour amuser la galerie ? Pour jouer au méchant parce que le monde d’aujourd’hui est laid ? Non, pas la peine. Cet homme ne triche pas. François Bayrou, qui revendique des racines régionales même si ça déplait aux sphères parisiennes (qui ont beau jeu de lui dire que ce n’est pas bien de « diviser » la géographie des Français) a décidé de ne pas rentrer dans le « jeu » médiatique. C’est un principe plus que respectable.

Ne soyons pas béats : Bayrou aime le pouvoir, il le veut. Il est sans doute aussi un peu mégalo, même s’il parle peu à la première personne... Evitons le culte de la personnalité qui va comme un gant à d'autres, parce qu'ils n'ont que ça à se mettre !

L’intelligence de François Bayrou, c’est de dire qu’on ne peut pas tout faire et tout promettre mais qu’il y a des grandes orientations à prendre face à la complexité des choses, pour réformer en profondeur ou pour maintenir des caps : l’éducation (voir notamment sa position sur la carte scolaire), la formation, la réforme de l’Etat et l’Europe sont au coeur de ses orientations. Le président de l’UDF a le mérite de porter des convictions, sans décocher une batterie de mesures qui, mises bout à bout, font ce que l'on appelle « un programme de campagne ». Car c'est moins d’un programme électoral que d’un projet clair et simple que nous avons besoin.

Le niveau d'information des électeurs qui votent en conscience est aujourd'hui plus élevé que certains le pensent, et l'on peut espérer que les voix de la raison emportent la décision en mai prochain. On s'apercevra peut-être alors que faire du bruit ne garantit pas d'être entendu ou compris.

Pour toutes ces raisons, on peut avoir envie de voter Bayrou. C'est d'ailleurs pour ces raisons que le président du Parti Fédéraliste, Chavrier Chavrier, a décidé de soutenir le candidat centriste. Parce qu'on peut désirer l’intelligence et une certaine idée de la politique qui rejoindrait une émotion paisible, recentrée, bien plus humaniste qu’une "rupture tranquille" de droite ou un "ordre juste" de gauche.

Laurent Watrin (7 février 2007)

29.01.2007

Propos de campagne indignes !

Que signifie la multiplication des candidatures « antilibérales » à l’élection présidentielle ?

La surabondance des têtes d’affiche « à gauche de la gauche » est peut-être simplement une bonne nouvelle pour le pluralisme. Mais on a tout de même l’impression que Arlette Laguiller, Olivier Besancenot, José Bové et Marie-George Buffet disent à peu près la même chose : "nous voulons un autre monde dont la France serait la tête".

Marie-George Buffet, la candidate du PC, ne cesse de répéter que le débat est nécessaire. Outre le fait qu’on peut douter de la valeur du débat chez les communistes - aujourd’hui comme hier - cette attitude de façade cache des coulisses plutôt rugueuses. PC, LO, LCR et comité de soutien à José Bové sont en train de s’étriper pour se disputer la gloire d’un nationalisme raccorni, qui sent le renfermé, le repli identitaire et l’illusion destructrice.

Je sais que certains me traiteront de fou… Permettez que je vous confie un vieux fond gauchiste (eh oui...) et que je vous conte une anecdote personnelle (une fois n’est pas coutume). Ce dernier dimanche, j’allais chercher le pain dans le vieux centre de Massy (Essonne), en compagnie de mon père. Nous croisons alors deux militants du PC qui distribuaient de la propagande. Jusque là, rien d'anormal.

Nous engageons la conversation, avec l’un deux, la soixantaine, bavard , très bavard - et assez peu à l’écoute… Le débat s’engage doucement mais confusément sur la TVA, les impôts, le pouvoir d’achat, et l’Europe… J’affirme doucement au militant du PC que la France ne fera pas la révolution toute seule dans son coin. Réponse spontanée et criarde : « on s’en fout des voisins et de l’Europe ! ». Je rappelle alors que dans la région où j’habite, la Lorraine, 85 mille personnes sont plutôt heureuses de travailler chez nos voisins : Luxembourg, Allemagne et Belgique. Réplique immédiate du militant de Marie-George Buffet : « l’Allemagne, de toute façon, c’est plein de nazis ». Je fais alors observer à ce monsieur – haut et fort pour que les passants entendent - que ces propos ressemblent à ceux que j’avais déjà entendus chez des militants d’extrême droite. La remarque a choqué ce militant du PC. Tant Mieux !

Voilà, cher lecteur, comment le nationalisme le plus con et la xénophobie la plus crasse sont en train de gagner du terrain. A la gauche de la gauche, comme à la droite de la droite, hélas.. et parfois dans chacun de ces deux camps qui croient encore que la politique est une affaire de clans qui se tapent sur la gueule et qui essaient d’imposer leur point de vue au reste du monde. Je refuse ce clivage là. Je ne veux pas de cette absurdité.

Je suis prêt à arpenter les pavés pour le répéter jusqu’aux prochaines élections. Et je ne veux entendre personne me faire le reproche de sortir de mon « rôle d’observateur ». Observer - au sens étymologique du mot - c’est choisir un point de vue. L’heure n’est plus à la neutralité ; celle-ci est devenue inutile.

Réveille-toi électeur, militant ou simple citoyen perdu dans le magma du spectacle médiatique : regarde à côté de toi, ouvre ton coeur et ton intelligence !

La France est un petit pays. Son avenir, c’est l’Europe !

Le repli chauvin est criminel pour les générations futures !

Laurent Watrin (29 janvier 2007)