16 mars 2009

Interrogation

"En temps de crise, on a besoin de gens fortunés"

Ce propos est signé Jean-François Copé. Le porte-parole du gouvernement français réagit ainsi à l'idée, défendue par une partie de la droite et par l'opposition, de rompre avec le "bouclier fiscal" (plafonnement des impôts à 50%).

Lorsque la crise est à la fois financière, énergétique et écologique, qu'est-ce que la fortune ?

Le président du Sénat, Gérard Larcher, estime que le débat sur une éventuelle remise en cause du bouclier fiscal "doit être ouvert". Pierre Méhaignerie, président UMP de la commission des Affaires sociales de l'Assemblée, a préconisé d'"augmenter le taux de l'impôt sur le revenu pour les personnes qui gagnent plus de 300.000 ou 400.000 euros par an". Sa proposition a été rejetée par une petite majorité de la commission (15 voix contre 12).

L'application du bouclier fiscal Sarkozy correspond à une perte financière 458 millions d'euros pour l'Etat en 2008 (information révélée par Le Figaro et les Echos ce mardi 16 mars).


20 février 2008

Histoires de compensation

Décidément, Nicolas Sarkozy possède un sens des mots hors du commun. Le chef de l’Etat vient d’installer une nouvelle commission, chargée de réfléchir à la mise en place d’une nouvelle forme d’entreprise audiovisuelle publique, débarrassée de ses recettes publicitaires. C’est la suite logique de l’annonce qui a surpris tout le monde, le jour de la première grande conférence de presse présidentielle. Cette commission télé est conduite par Jean-François Copé, qui cumule personnellement pas mal de recettes, avec ses fonctions de député, maire de Meaux, avocat... Il faut bien compenser son pouvoir d’achat. Mais passons…

Revenons au sujet : la télé sans pub. C’est pour l’année prochaine. Il faut faire vite. Nicolas Sarkozy veut deux choses :

1. Une télévision publique populaire débarrassée de la course à l’audience.
2. La disparition du budget tiré de la pub sera compensée à l’euro près.

En ce qui concerne le point n° 1, on ne voit pas bien en quoi l’absence de publicité met fin a priori à la double ambition de réaliser des programmes populaires (donc s’adressant au plus grand nombre) tout en gagnant de l’audience (c'est-à-dire en captant effectivement l’attention du plus grand nombre).

Au chapitre 2, il y a une légère erreur de calcul. France Télévisions, c’est plus de 800 millions d’euros de recettes publicitaires. La pub, c’est 4 heures par jour en moyenne de temps de programme. Si on compense à l’euro près, il manque de quoi fabriquer 4 heures de programmes ! Mais peut-être que la « compensation », dans le jargon sarkozien, ce n’est pas de la comptabilité.

La télé sans pub, chers amis, avec l’inflation, la baisse du pouvoir d’achat, et les caisses vides de l’Etat, c’est un vrai casse-tête. Le nouveau boulot de M. Copé n’est pas évident. Il s’agit surtout de faire en sorte que cette réforme ne se voit pas trop dans le porte-monnaie du contribuable. En tout cas, d'après Sarkozy, pas question d’augmenter la redevance (116 €, la plus faible d’Europe actuellement). Les opérateurs de téléphonie et d’internet, et les vendeurs de matériel audiovisuel sont dans la ligne de mire. Les consommateurs pourraient donc supporter le coût de la fameuse compensation.

Ah ! J’allais oublier. Dans l’histoire de cette compensation révolutionnaire et populaire, il y a un trou de taille : la radio. Car « l’audiovisuel public », c’est aussi Radio France. Sans la pub, ça fait 8% du budget en moins. Et là, pour l’instant, aucune compensation prévue. Jean-François Copé, ce mercredi 20 février, sur France Inter, était bien embêté par la question. « Ce n’est pas parce qu’il n’y a rien maintenant que cela empêche qu’on y réfléchisse » a-t-il répondu benoîtement.

Dans son dernier communiqué maison, le Syndicat national des journalistes (SNJ), constate que la radio est tenue à l’écart des réflexions présidentielles sur les compensations budgétaires et précise que 45 millions d’euros (ce que rapporte la publicité à Radio France), cela représente dix radios locales (soit un quart des antennes régionales actuelles). Il suffira probablement de compenser autrement...

LW