03.07.2008
La présidence française de l'Europe : une coquille vide !
Maintenant qu'Ingrid Betancourt est libre, passons aux choses sérieuses !
Nicolas Sarkozy a le droit de se féliciter d'avoir contribué à cette issue heureuse pour la Franco-Colombienne, mais cela ne doit pas masquer la triste réalité du moment, celle qui concerne l'Europe et la présidence française de l'Union. Réalité française en plein marasme européen.
Le contexte
Le président de la Pologne refuse de signer le Traité de Lisbonne tant que l'Irlande n'aura pas signé le texte. Après le "no" populaire irlandais, c'est un coup d'arrêt supplémentaire et un délirant exercice de parole reprise. Petit rappel : le parlement polonais a adopté le Traité. Le président polonais, Lech Kaczynski, a, quant à lui, signé le Traité avant le début du processus de ratification à travers les 27 Etats membres et aujourd'hui il contredirait sa propre signature. Voilà dans quelle situation se retrouve l'Europe tandis que commence tout juste la présidence française du Conseil de l'Union européenne. Cette présidence est une coquille vide, un machin (comme dirait De Gaulle) sans ambition, un projet sans autre contenu que de l'affichage et de la communication franco-française vide de sens. Avec une panne institutionnelle à régler.
Halte au double langage et au discours insensé
Nicolas Sarkozy veut « changer profondément » l’Europe pour qu’elle « protège les Européens contre les risques que fait peser la mondialisation ». Et notre président d'ajouter que « nos concitoyens se demandent si finalement l’échelon national n’est pas mieux à même de les protéger que l’échelon européen ». C'est justement l'échelon national le problème. Pourquoi continuer à faire du commerce avec la Chine en mettant en avant la politique nationale et la "grandeur" supposée de la France dans la conquête des marchés asiatiques. Cette démarche commerciale vers l'Asie est le moyen le plus sûr de ne pas faire l'Europe (les Chinois en rient bien, et les Américains aussi). Faire de l'Europe une protection, c'est arrêter avant tout le nationalisme commercial et commencer à revoir les échanges à l'intérieur de l'espace européen, en harmonisant les politiques sociales, et certainement pas en les mettant en concurrence.
Nicolas Sarkozy dénonce la politique de la Banque centrale européenne en estimant qu'elle « devrait se poser la question de la croissance » et « pas simplement de l'inflation ». Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir inscrit comme priorité de la présidence française un relèvement du budget de l'Union et la question d'un impôt commun lisible pour l'opinion qui permettrait une politique budgétaire d'investissement au niveau européen ? Encore faudrait-il que nos Etats veuillent bien se mettre d'accord pour une politique industrielle commune (compétence nationale). On ne peut pas demander à la BCE de proposer une politique économique alors qu'on n'a pas de vision économique de l'espace européen mais seulement une vision nationale des questions du pouvoir d'achat et de la marge de manoeuvre de ses propres entreprises en concurrence avec celles des voisins proches !
Où va-t-on ?
Les fonctionnaires français qui travaillent à la présidence de l'Union européenne le savent bien : les missions de cette présidence sont floues et mal préparées. Les priorités affichées reprennent les grandes lignes de l'agenda 2000 (stratégie de Lisbonne) sans projets précis. Où va-t-on ? Pour ainsi dire, nulle part...
Le premier danger de l'Europe, c'est le manque de vision européenne des dirigeants nationaux qui sont censés l'animer. Nicolas Sarkozy peut toujours dire que "la France est de retour en Europe". La question prioritaire serait plutôt : comment faire que l'Europe se protège et pèse dans le monde ?.
Laurent Watrin
02:05 Publié dans Edito | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe, Sarkozy, présidence, Union, Betancourt, sondage
27.06.2008
L'Europe oubliée des télévisions françaises
Les politiques européennes représentent 75% de nos lois françaises. Chaque citoyen français représente une contribution moyenne de 240€ par an, pour financer des programmes européens. C'est du concret. C'est assez complexe, certes, mais est-ce que c'est une raison pour que la télé n'en parle pas, ou si peu ? Comment se fait-il que l’actualité européenne - c’est-à-dire notre actualité à tous, celle qui concerne la vie quotidienne de chacun - ne soit pas plus présente dans les « grands médias » et notamment à la télévision ?
Sur les principaux écrans de France, on voit plus souvent Nicolas Sarkozy (normal ?) ou George W. Bush (eh oui !) que José Manuel Barroso ou Angela Merkel, même lorsque l’actualité du moment est plus européenne que française ou américaine. Par ailleurs, le traitement européen de l’information est souvent envisagé avec un regard très franco-français, ou bien il se contente de quelques réactions sur le sujet évoqué, sans l'expliquer...
Quand on sait que la télévision est le média d’information de référence (et parfois le seul) pour une majorité de citoyens, on comprend que l’Europe soit impopulaire ou, pour le moins, méconnue.
Les petits chiffres de l’Europe dans les JT
L’observatoire des médias de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) vient de publier une étude révélant le gouffre existant entre l’actualité européenne et les principales chaînes de télévision françaises. Cette enquête s’intéresse aux "grands JT" : les journaux télévisés du soir.
L’INA a ausculté les chaînes hertziennes : TF1, France 2, France3, Arte, M6 et Canal+.
Résultat global : l’information franco-française occupe plus de 80% des JT. L’actualité internationale prend 17% du temps d’antenne global et les sujets européens seulement 2,5% !
Arte, bon élève européen
Maigre consolation : entre 2000 et 2007, dans les JT de nos grandes chaînes, on est passé d’environ 27 600 sujets consacrés aux Institutions européennes à plus de 31 600. Sans surprise, c’est Arte qui consacre le plus de sujets à nos Institutions communes dans son édition du soir, mais la part reste faible : 6%. Cela dit, il faut reconnaître que, en dehors de ses journaux d’information du soir, la châine franco-allemande propose de nombreux programmes au contenu européen. Ce qui n’est pas le cas des autres télé nationales...
Quel contenu ?
Dans les « JT » de nos chères lucarnes, le traitement de l’actualité européenne est d’abord consacré à nos voisins les plus proches : le Royaume-Uni arrive en tête dans le temps d’antenne général, devant l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la Belgique.
Les nouveaux entrants de l’Union ne figurent pratiquement jamais dans les menus du 20h. La Pologne a connu un certain succès en 2007, avec 128 sujets toutes télévisions confondues. Mais la place de nos voisins européens dans l’info télévisée du soir reste bien loin derrière celle des Etats-Unis d’Amérique (1 329 sujets contre 884 pour la Grande-Bretagne).
La France dans l’Europe, pas terrible non plus…
La dernière fois que la France a assuré la présidence du Conseil de l’Union Européenne, en l'an 2000, on ne peut pas dire que les rédactions des « grandes » télévisions en ont profité pour s’intéresser à l’Europe. Au total : 737 sujets européens (seulement) dans les 20h des six chaînes considérées, c’est-à-dire un peu plus de... 2,5 % du temps d’antenne global !
C’est en 2005, année du referendum sur le projet de traité constitutionnel, que l’Europe a « crevé le plafond » dans les journaux télé. Enfin, n’exagérons rien : le "taux d’occupation" n’était que de 5 % du total des JT (1 487 sujets).
En 2007, l’info européenne – au sens large – est retombée à 2,2 % (716 sujets). Le président français Nicolas Sarkozy, qui compte quelques amis dans les médias et notamment à la télé, a annoncé, avec lui, le retour de la France dans l’Europe. Le ton de sa présidence de l’Union entraînera-t-il un espace d’information européenne plus important sur nos écrans ? Pas sûr...
Enfin, si l'on regarde de près le contenu des reportages télévisés sur l’Europe, on s'aperçoit que, de manière générale, quand il s’agit de politique, il s'agit d'évoquer, en quelques secondes (ou quelques minutes), des élections chez nos voisins ou des déclarations politiques nationales à l’occasion d’un sommet européen.
A part ça, le sport monte souvent sur le podium : en 2007, c’était le premier thème pour l’info télé consacrée à l’Italie, et le deuxième thème pour les sujets sur la Grande-Bretagne. En 2007, toujours, vos JT ont évoqué le Portugal surtout pour un fait divers, la Grèce pour ses incendies…
Une note positive…
Pour terminer sur une note positive, l’environnement arrive en bonne place dans les infos télé. C'est souvent pour montrer des exemples de progrès écologiques chez nos voisins. Mais dans tout cela, peu de problématique réellement européenne au sens de l’intérêt général commun, et quasiment pas de pédagogie sur la question «comment ça marche et où va l’Europe ?».
La suppression de la publicité dans l'audiovisuel public changera-t-elle quelque chose ? ... Ha ! Pardon, c'est une autre histoire... (?)
Laurent Watrin
01:45 Publié dans Edito | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe, télévisions, audimat, Sarkozy, Merkel, infos, JT
08.06.2008
MoDem : rassurer les Français sur l'Europe
François Bayrou a donné, ce week-end, le ton de la préparation de la campagne des candidats MoDem pour les élections au parlement européen, en 2009. A l'occasion d'un Conseil national, consacré aux questions européennes, le président du Mouvement Démocrate a annoncé des listes autonomes dans toutes les régions.
La magistrate Eva Joly, ancienne juge d'instruction de l'affaire Elf était l'invitée exceptionnelle de ce Conseil national organisé à Paris. La Franco-Norvégienne pourrait être l'une des figures de la campagne européenne du MoDem. Aujourd'hui conseillère spéciale du gouvernement norvégien sur la corruption, Eva Joly est aussi une opposante farouche de la politique et de la méthode Sarkozy. Eva Joly considère François Bayrou comme "un vrai européen" et affirme que "l'avenir passe par l'Europe". François Bayrou a expliqué que la campagne européenne du MoDem aura pour ambition de répondre aux "angoisses des Français" sur l'avenir de l'Union.
Le président Bayrou a par ailleurs décidé que les élections dans les fédérations départementales du MoDem, ainsi que celles des 3.000 membres composant la "conférence nationale" du parti, auraient lieu le 27 septembre. C'est-à-dire quelques jours après l'université d'été, prévue du 12 au 14 septemebre, au Cap Estérel (Var).
Laurent Watrin
20:40 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe, MoDEM, Bayrou, Eva Joly, Sarkozy, PS
18.05.2008
De la vraie place du centre
Le Nouveau Centre a tenu ce week-end son congrès fondateur à Nîmes. Le ministre de la Défense, Hervé Morin, a été élu à la tête du parti, avec 87% des voix. Le chef des troupes "néo-centristes" a rappelé que les premiers ralliés du NC, issus de l’UDF, avaient quitté François Bayrou quand celui-ci avait annoncé qu’il ne voterait pas pour Nicolas Sarkozy, au second tour de la présidentielle. Aujourd’hui, le traître du PS Eric Besson pourrait rejoindre le Nouveau Centre.
Avec ses 7 mille adhérents revendiqués et ses 22 députés alliés de l’UMP, le NC revendique « l’héritage de l’ancienne UDF » et un positionnement de « centre solide arrimé à droite » selon les termes de François Sauvadet, président du groupe NC à l’assemblée nationale.
Quelle est la philosophie de cet étrange parti ? « Mieux vaut essayer de faire bouger les choses de l’intérieur » dit Maurice Leroy, lui aussi ancien compagnon de route de Bayrou. Mais qu’a changé réellement le Nouveau Centre annexé par Sarkozy ? Le chef de l'Etat n'a d'ailleurs pas l'intention de voir prospérer ce mouvement... Et demain, si le MoDem ou le PS prennent le pouvoir, le NC voudra-t-il toujours faire bouger la politique de l'intérieur ou continuera-t-il à affirmer son "arrimage" à droite ?
De ce congrès pseudo-centriste, on peut tirer une double conclusion : le Nouveau Centre, ce n’est pas franchement nouveau et cela n'a rien à voir avec le centre.
Laurent Watrin
19:20 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Centre, Bayrou, Sarkozy, politique, nouveau
17.03.2008
Nuit des Libertés Publiques
Je ne sais pas si vous avez lu le pamphlet de François Léotard, heureux ministre retraité des affaires publiques, reconverti dans la littérature. L'ancien copain de Bayrou affirme que "Ca va mal tourner" . C'est le titre de ce bijou violent et cultivé.
Mais qu'est-ce qui va mal finir, demandez-vous, vous qui n'avez pas lu Léotard ? Réponse : le règne, l'empire, la monstruosité institutionnelle édifiée, à grand renfort de communication flamboyante et de priorités nationalement affirmées, par notre président en exercice.
Certains hommes exercent leur liberté d'esprit et la confronte aux réalités jusqu'au point de reconnaître leurs erreurs. François Léotard, qui a voté Sarkozy au second tour de la présidentielle, est un homme libre. Depuis qu'il a mis son bulletin dans l'urne, "il dort mal".
Comme il n'est pas le seul à trouver difficilement le sommeil, des centaines de personnes ont décidé de participer à la Nuit des Libertés Publiques, jeudi prochain. Elle se tiendra à Nancy, place stanislas, à partir de 20h, en même temps qu'à Marseille et Paris. Une vingtaine de partis et d'associations ont lancé l'appel, au-delà des clivages traditionnels.
Les noctambules libres sont invités à venir avec une bougie (ou mieux, une lanterne anti-pluie, vu la météo prévue en Lorraine). Histoire de faire reculer un peu les ombres du temps présent.
Et pour ceux qui pensent que la liberté doit être défendue également loin de chez nous, notez sur vos tablettes une autre manifestation de dignité : celle que propose l'association Tibet Résistances, vendredi soir, toujours à Nancy. L'artiste-peintre vittelois Sylvain Loisan est en train de réaliser une toile en hommage aux victimes de la sanglante répression chinoise à Lhassa (pour en savoir plus envoyez un mail ICI).
La cité lorraine des Lumières se réveillerait-elle lorsque l'actualité se fait sombre ?
Laurent Watrin
06 87 85 64 04
20:30 Publié dans RENDEZ-VOUS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Nuit, Libertés publiques, Sarkozy, Léotard, Nancy
13.03.2008
Sarkozy vu d'Espagne...
Voici la traduction d'un édito publié récemment dans le quotidien espagnol El Pais
"Les Français ont un problème. Ils croyaient avoir un superprésident, un hyper¬dirigeant capable de les sortir de la dépression et de la décadence, et voilà qu’ils ont écopé d’un président comme ils en ont déjà connu beaucoup d’autres : à savoir malade, limité, qu’il faut dorloter et protéger tout en s’organisant pour que la France tourne et que le gouvernement et les institutions fassent leur devoir.
La situation n’a rien d’inédit : Pompidou et Mitterrand étaient déjà des présidents malades et diminués. Le premier est même mort avant la fin de son mandat. Quant à Chirac, il fut un obstacle paralysant pendant une bonne partie de sa présidence. La maladie dont souffre Sarkozy n’a pas la gravité du cancer de la prostate de Mitterrand, mais elle touche un organe vital s’il en est : l’ego. Celui du président est d’évidence atteint d’une hypertrophie probablement incurable.
Plus on s’approche du 9 mars 2008, date du premier tour des élections municipales, plus la nervosité des candidats du parti présidentiel augmente et plus on redoute les interventions de Sarkozy, susceptibles de faire perdre des voix à l’UMP. Le parti du chef de l’Etat est divisé à cause de tensions qu’il a lui-même créées. Le traitement qu’il a infligé en public aux uns et aux autres, y compris à certains de ses collaborateurs les plus proches, est digne du comportement d’un monarque bilieux et capricieux avec ses laquais.
Même son actuelle impopularité est extravagante : elle ne s’explique pas par un train de réformes puisque ces dernières sont encore largement inappliquées. Elle s’explique uniquement par son comportement public. Le trône qu’occupe Nicolas Sarkozy a été imaginé par de Gaulle pour lui permettre d’être le troisième larron d’un monde bipolaire. Le président français voulait être un fier contrepoids occidental dans l’affrontement entre Washington et Moscou. Or Sarkozy, arrière-petit-fils libéral et proaméricain de De Gaulle (après le petit-fils, Chirac, et le fils, Pompidou), s’est installé sur le trône élyséen porté par son ambition personnelle et sa conception égotique de la présidence : il a par le fait encore accru les pouvoirs de la présidence. Et, une fois parvenu à ses fins, il s’est consacré à lui-même, comme un ado narcissique obnubilé par ses sentiments et ses plaisirs.
Certes, le pouvoir peut en apporter beaucoup, mais la prudence conseille de ne pas trop en faire étalage. Sarkozy le téméraire fait tout le contraire et se vautre dans l’exhibitionnisme.
C’est sur trois points précis qu’est venu se briser le personnage : l’économie, qui n’a pas enregistré la moindre amélioration depuis son arrivée ; son idéologie plus néocons, voire “théocons”, que gaulliste – en témoignent des prises de position sur la laïcité contraires à la culture de la République ; et sa vie privée, étalée dans les médias.
En monarque thaumaturge qui par une simple imposition des mains devait augmenter le pouvoir d’achat, il a échoué au point de prononcer la formule maudite qui rompt les sortilèges : “Qu’est-ce que vous attendez de moi ? Que je vide des caisses qui sont déjà vides ?”
En monarque philosophe, il a manifesté les plus fortes réserves vis-à-vis des traditions républicaines, en exprimant avec désinvolture son affinité intellectuelle avec le pape. Il n’a pleinement triomphé que dans le rôle de sultan, seigneur en son sérail, paré des atours qui passionnent un certain public – et manifestement aussi ses pairs. Le voilà fasciné par son propre pouvoir de séduction, son goût exquis et sa désinvolture. Mais ce triomphe-là a le don de déprimer beaucoup de Français car il rabaisse la République au niveau de la principauté de Monaco. »
22:00 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : El Pais, presse étrangère, vu d'ailleurs, Sarkozy, Europe
20.02.2008
Histoires de compensation
Décidément, Nicolas Sarkozy possède un sens des mots hors du commun. Le chef de l’Etat vient d’installer une nouvelle commission, chargée de réfléchir à la mise en place d’une nouvelle forme d’entreprise audiovisuelle publique, débarrassée de ses recettes publicitaires. C’est la suite logique de l’annonce qui a surpris tout le monde, le jour de la première grande conférence de presse présidentielle. Cette commission télé est conduite par Jean-François Copé, qui cumule personnellement pas mal de recettes, avec ses fonctions de député, maire de Meaux, avocat... Il faut bien compenser son pouvoir d’achat. Mais passons…
Revenons au sujet : la télé sans pub. C’est pour l’année prochaine. Il faut faire vite. Nicolas Sarkozy veut deux choses :
1. Une télévision publique populaire débarrassée de la course à l’audience.
2. La disparition du budget tiré de la pub sera compensée à l’euro près.
En ce qui concerne le point n° 1, on ne voit pas bien en quoi l’absence de publicité met fin a priori à la double ambition de réaliser des programmes populaires (donc s’adressant au plus grand nombre) tout en gagnant de l’audience (c'est-à-dire en captant effectivement l’attention du plus grand nombre).
Au chapitre 2, il y a une légère erreur de calcul. France Télévisions, c’est plus de 800 millions d’euros de recettes publicitaires. La pub, c’est 4 heures par jour en moyenne de temps de programme. Si on compense à l’euro près, il manque de quoi fabriquer 4 heures de programmes ! Mais peut-être que la « compensation », dans le jargon sarkozien, ce n’est pas de la comptabilité.
La télé sans pub, chers amis, avec l’inflation, la baisse du pouvoir d’achat, et les caisses vides de l’Etat, c’est un vrai casse-tête. Le nouveau boulot de M. Copé n’est pas évident. Il s’agit surtout de faire en sorte que cette réforme ne se voit pas trop dans le porte-monnaie du contribuable. En tout cas, d'après Sarkozy, pas question d’augmenter la redevance (116 €, la plus faible d’Europe actuellement). Les opérateurs de téléphonie et d’internet, et les vendeurs de matériel audiovisuel sont dans la ligne de mire. Les consommateurs pourraient donc supporter le coût de la fameuse compensation.
Ah ! J’allais oublier. Dans l’histoire de cette compensation révolutionnaire et populaire, il y a un trou de taille : la radio. Car « l’audiovisuel public », c’est aussi Radio France. Sans la pub, ça fait 8% du budget en moins. Et là, pour l’instant, aucune compensation prévue. Jean-François Copé, ce mercredi 20 février, sur France Inter, était bien embêté par la question. « Ce n’est pas parce qu’il n’y a rien maintenant que cela empêche qu’on y réfléchisse » a-t-il répondu benoîtement.
Dans son dernier communiqué maison, le Syndicat national des journalistes (SNJ), constate que la radio est tenue à l’écart des réflexions présidentielles sur les compensations budgétaires et précise que 45 millions d’euros (ce que rapporte la publicité à Radio France), cela représente dix radios locales (soit un quart des antennes régionales actuelles). Il suffira probablement de compenser autrement...
LW
10:30 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Télé, pub, budget, redevance, Sarkozy, Copé, syndicat
23.01.2008
Défendre la Justice contre l’obsession sécuritaire
Une pétition vient d’être lancée en Lorraine par un collectif de personnels de Justice, éducateurs et psychiatres, pour dénoncer le projet de loi sur « la rétention de sûreté », voté par les députés dans la nuit du 9 au 10 janvier. Le texte prévoit la possibilité d’enfermer, après l’exécution d’une peine, et sans limitation de durée, des personnes considérées comme dangereuse. Cette décision d’enfermer, éventuellement à vie, des détenus sortant de prison serait prise par un collège d’experts, sans nouvelle infraction jugée, sans nouveau procès.
Ce nouveau texte sécuritaire du gouvernement vient confirmer une position pratiquement obsessionnelle du chef de l’Etat. Nicolas Sarkozy pense que certains individus sont prédisposés à devenir des monstres (c'est la part d'inné qui gagne selon), et que la société doit tenir ces individus à l’écart à cause de ce qu’ils sont et non pas pour ce qu’ils ont fait. On ne condamne plus l’acte mais la personne. L’être est jugé avant les faits. Ce projet de loi sur la « rétention de sûreté » soumet la Justice à un diktat insupportable et place l’individu social dans une situation de suspect permanent a priori. Qui peut dire aujourd’hui si sa propre fragilité ou les circonstances de sa vie ne seront pas demain une porte ouverte à sa détention définitive parce que des « experts » auront pu en décider de la sorte, à un moment précis, parce que notre loi aura permis de se débarrasser du problème ?
Des représentants professionnels ont donc décidé de mobiliser l’opinion sur les conséquences d’une vision de la Justice en rupture totale avec l’Histoire de notre démocratie, les Droits de l’Homme et les lois européennes. Les initiateurs de cette pétition rappellent que la Constitution de notre République, dans son article 66, affirme que « nul ne peut être arbitrairement détenu. L’autorité judiciaire, gardienne de la liberté individuelle, assure le respect de ce principe dans les conditions prévues par la loi. »
Le président de la République avait eu l’occasion d’évoquer sa vision sécuritaire et, en quelque sorte, pessimiste de l’Homme, en avril 2007, dans un dialogue très instructif avec le philosophe Michel Onfray. Dialogue retranscrit par le mensuel Philosophie Magazine. C’était avant l’élection présidentielle. Mais pendant la campagne que l'on a vécue, nous n'avons guère eu le temps de réfléchir à ce côté obscur du personnage devenu premier homme de l’Etat. Dans cet entretien avec le philosophe Onfray, Sarkozy déclare qu’il se « méfie de cette attitude qui consiste à rechercher pour tout acte, aussi mauvais soit-il, des explications pour le justifier ». Un peu plus loin, il dit : « j’inclinerais à penser qu’on naît pédophile, et c’est d’ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie ». Et que doit-on comprendre lorsque Nicolas Sarkozy affirme qu’il croit en la transgression ? Sarkozy postule : « l’intérêt de la règle, de la limite, de la norme, c’est justement qu’elles permettent la transgression. Sans règles, pas de transgression ».
Les magistrats, avocats, personnels pénitentiaires, psychiatres et éducateurs qui ont choisi, en Lorraine, de barrer la route au projet de loi sur « la rétention de sûreté » soulignent que « en l’absence de toute définition scientifique et médicale de la notion de dangerosité, l’enfermement ne reposera que sur un pronostic, forcément arbitraire, sous la pression d’une opinion publique, bercée par le mythe du risque zéro ».
Car cette loi soumet en effet la Justice sociale et la civilisation à ce qu'on pourrait appeler la domination de la peur des transgressions. En ce sens, c'est un texte éminemment dangereux.
Pour signer la pétition : www.contrelaretentiondesurete.fr
21:20 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Justice, rétention, sûreté, prison, détenu, Sarkozy, peur
12.12.2007
La communication de Nicolas Sarkozy mériterait parfois qu'on la boucle
Le chef de l’Etat a dit une grosse bêtise, lors de sa visite en Lorraine, ce mardi 11 décembre. Ce n’est pas la première fois. Mais celle-là est de taille. Heureusement il y avait quelques journalistes - informés – dans la salle des fêtes de Vandoeuvre-lès-Nancy.
La communication du super-président Sarkozy enfile parfois des grosses perles. La dernière "production" du chef de l’Etat a failli tomber aux oubliettes. C’était à Vandoeuvre-lès-Nancy. Le président de la République s’est rendu dans la deuxième ville de Meurthe-et-Moselle pour détailler ses mesures nationales concernant le logement. En marge du thème du jour, Nicolas Sarkozy s’est laissé aller – tout seul - à contrer les critiques du moment sur les contrats industriels signés par la France à l’étranger...
Le chef de l’Etat a carrément glissé en martelant, avec la hargne qui le caractérise, sa volonté de maintenir des usines et des ouvriers en France : « j’en parle dans cette région lorraine qui a tant souffert et à qui on a expliqué que la sidérurgie, c’était fini, et on a l’air bien malin, maintenant, alors que le prix de l’acier n’a jamais été aussi élevé… et qu’il faudrait que, dans cette région, il y ait encore de la production d’acier ». Passons sur le style café du commerce - déjà connu - et disons le tout net : le propos de Sarkozy, en l’occurrence, ne vaut pas un clou ! Sur l'acier, son silence aurait été d'or.
Rassurons-donc le locataire de l’Elysée : la production d'acier en Lorraine existe toujours et elle a de l'avenir. On la trouve dynamique dans les usines du groupe Arcelor-Mittal, à Florange (Moselle) notamment. Dans une note de conjoncture de l'été dernier, l’INSEE Lorraine souligne que la production sidérurgique régionale - plusieurs millions de tonnes par an - a progressé de plus de 4% entre 2005 et 2006. Mieux encore, Arcelor-Mittal continue d'investir dans la recherche sur les aciers spéciaux (la Rollex du chef de l’Etat en contient peut-être).
En Lorraine, la sidérurgie pèse aujourd'hui 3.000 emplois directs et indirects. Cette réalité n'aurait pas dû échapper à un candidat élu sur sa priorité à l'emploi. Le pire, c'est que la bourde a failli passer inaperçue. Il faut dire que personne - ni les journalistes, ni les acteurs locaux - n'a eu la possibilité d'interpeller Nicolas Sarkozy, après son discours de Vandoeuvre-lès-Nancy. L'hyper-président n'avait pas le temps de s'attarder : son agenda de super-communicant le pressait de rentrer à Paris pour y retrouver un certain... Kadhafi.
Laurent Watrin
13:15 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Lorraine, acier, sidérurgie, Mittal
10.11.2007
Peut-on croire aux effets du Grenelle de l’environnement ?
(article revu et corrigé)
Nicolas Sarkozy a du mérite. Il réussit à placer autour d’une même table des gens d’une grande diversité. C’est sans doute le rôle du politique. Le Grenelle de l’environnement a été exemplaire en la matière. Patrons, syndicats, élus, associations, experts… se sont retrouvés autour de l’urgence écologue. Les groupes de travail de ce fameux Grenelle ont formulé des propositions et des pistes d’action pour tenter de répondre à la question prioritaire qui fait désormais l’unanimité écologique : comment réduire l’activité humaine qui pollue la vie et réchauffe la planète ?
Nicolas Sarkozy, avec l’aide précieuse de son super-ministre Jean-Louis Borloo, a réussi à satisfaire, ou du moins endormir, presque tout le monde. Nicolas Hulot soi-même - initiateur de cette belle idée pendant la pré-campagne électorale – a exprimé sa satisfaction après les conclusions rendues par les groupes de travail du Grenelle. La communication officielle a été relayée avec enthousiasme et vivacité par les grands médias (télévision en tête).
Pourtant, à y regarder d'un peu plus près, les pistes d’action issues du Grenelle de l'environnement sont à la fois maigres et floues. Passons donc en revue quelques points importants qui figuraient dans les dossiers de presse.
1. Les OGM.
Version entendue par le grand public : la culture commerciale des OGM est suspendue en attendant une future loi. Le discours de Sarkozy est en fait celui-ci : "dans le respect du principe de précaution, je souhaite que la culture commerciale des OGM pesticides soit suspendue. Ceci en attendant les conclusions d'une expertise à conduire par une nouvelle instance créée avant la fin de l'année (...) je m'engage à ce que la France transpose au printemps 2008 la directive sur le sujet. (...) ». Premier commentaire : la directive en question, adoptée par le parlement européen en 2001 (!), a déjà été transposée chez la plupart de nos voisins. Deuxième commentaire : cette directive a d’abord une portée commerciale, inscrite dans les règles du marché communautaire. Cette loi européenne prévoit en effet une procédure d'autorisation de dissémination volontaire et de mise sur le marché des organismes génétiquement modifiés (OGM) plus transparente. Elle a également pour but de limiter l’autorisation de mise sur le marché à une durée de 10 ans renouvelables, en introduisant un contrôle obligatoire après la mise sur le marché des OGM. Bref, s’engager à transposer cette directive en France, c’est bien, mais cela aurait pu être fait avant le Grenelle. Et cela ne résout pas une double question fondamentale : que fait-on des OGM et avec quelle démocratie ? La Suisse a posé cette question. Résultat : les OGM sont interdits en Suisse. La France est-elle capable de poser démocratiquement ce type de question ?
Sarkozy affirme aussi : « le Grenelle de l’environnement pose de nouveaux principes pour encadrer la recherche et la culture des OGM. Je pense au principe de transparence ». Cette phrase ne fait que reprendre le principe de la directive européenne. Enfin, le président de la République insiste sur le fait que « cette suspension de la culture commerciale des OGM pesticides ne signifie pas, là aussi, je veux être clair, que nous devons condamner tous les OGM, et notamment les OGM d'avenir ».
2. Les transports
Le compte-rendu du groupe de travail « mobilité et transports » du Grenelle propose une « écotaxe kilométrique sur les poids lourds pour l'utilisation du réseau routier national non concédé ». Les autoroutes sont donc exclues de l'idée de cette taxe. Pourtant, elles représentent une part majoritaire des trajets de poids lourds.
Autre bémol - de taille - les taxes en général sont un sujet sensible. « L'objectif est de taxer plus les pollutions, notamment les énergies fossiles, et de taxer moins le travail », a rappelé Sarkozy, en insistant qu'il ne voulait pas d'impôts supplémentaires sans compensation. Vu les cadeaux faits aux riches et l’enterrement du débat sur la TVA sociale, l’instauration d’une « taxe carbone » ne semble donc pas être pour demain.
Enfin, sous ce chapitre transports, le Grenelle a évoqué « l’arrêt des constructions d’autoroute », idée reprise par le chef de l'Etat. Mais Nicolas Sarkozy a mis en avant une exception importante : « le principe de l’intérêt local ». Autrement dit, si l’Etat, en concertation avec les collectivités locales, juge qu’il faut construire un axe routier pour développer une région, on le fera. On ne sort pas du schéma traditionnel centralisateur, et on n'avance guère dans le registre écologique. A titre d'exemple, en Lorraine, quand on pose la question au préfet de région, il ne se mouille pas. Bernard Niquet répond que l’Etat doit maintenant préciser si le projet d’A32 est stoppé ou pas… C'est un projet dont les études ont été payées, et pour lequel un tracé a été choisi par les services de l'Etat. Ce qui a suscité l’opposition de nombreux élus locaux en Moselle et en Meurthe-et-Moselle... Et ça va continuer, en attendant la fin du flou. Si fin il y a.
3. Les énergies renouvelables
Sur ce plan, la France est en retard et risque de le rester. Lire à ce propos le récent dossier du mensuel Alternatives Economiques (n° 262 - octobre 2007). Le Royaume-Uni, en tête des pays européens pour ses efforts récents, a vu sa quantité d'énergies renouvelables progresser trois fois plus qu'en France depuis 1990. Et notre pays est le seul qui a diminué sa part d’énergies renouvelables entre 1990 et 2004. La commission européenne a réussi à faire adopter l’objectif de 20% d’énergies renouvelables en Europe d’ici à 2020. Mais c'est un objectif global. La voix de la France a imposé, dans ce compromis européen, que le seuil de 20% ne soit pas appliqué par chaque pays mais en moyenne à travers l’Union, en tenant compte "du point de départ" de chaque pays. Dans la moyenne générale, la France espère pouvoir maintenir son parc stratégique de centrales nucléaires, que Nicolas Sarkozy ne veut pas remettre en question. Ce qui ne l'a pas empêché de proposer, après le Grenelle, le gel de la constructions de nouvelles centrales nucléaires, histoire de calmer les écologistes (ce qui n'a pas trop bien fonctionné d'ailleurs).
4. Déchets et pesticides
Le Grenelle a permis de réaffirmer l'intention de recycler plus et de réduire notamment les emballages. Mais rien n'est concrètement proposé dans ce sens. Les industriels peuvent continuer à inonder le marché de produits venant grossir les stocks d'ordures. Et le consommateur pourrait payer plus cher ses grosses poubelles dans la taxe des ordures ménagères. Ce principe, formulé par le Grenelle, est déjà appliqué dans une communauté de communes d'Alsace, notamment. Cela n'a pas donné de réduction significative des déchets.
Sur les pesticides, le Grenelle affiche aussi l'intention de les réduire. C'est déjà ce que prévoient les directives européennes, qui n'ont pas toutes été transposées... et la France reste le principal utilisateur de produits phytosanitaires (près de 70 kg par habitant et par an selon Eurostat), et le deuxième producteur européen, derrière l'Allemagne.
Conclusion provisoire
En attendant l’application des théories du Grenelle, on peut, grâce à Nicolas Sarkozy, applaudir l’art de proposer un peu tout et son contraire.
Un truc final
Pour finir, je vous propose un truc simple afin d'éviter les produits toxiques à la maison. Remplacez les détergents par du vinaigre d’alcool blanc. Pour nettoyer les sols, la vaisselle, la baignoire... et dissoudre le calcaire en prime, c’est efficace et naturel à 100% (il suffit de s’habituer à l’odeur !)
23:00 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Grenelle, écologie, Sarkozy, Borloo, taxes, pollution