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07/01/2007

Sarkozy en Corse : des mots et quelques gros sous...

Le ministre de l’Intérieur le plus médiatique de tous les temps vient de s’offrir un bol d’air corse, après la dernière série d’attentats dans l’île, au cours de laquelle un poseur de bombe, Ange-Marie Tiberi, 54 ans, a été tué. Cet homme était militant de Corsica Nazione Indipendente, selon les enquêteurs. La violence continue, le gouvernement, lui, poursuit sa ligne de conduite qui passe, une fois encore, par des effets d’annonce.

Et encore une fois, Nicolas Sarkozy a ponctué son déplacement – le 18è dans cette région depuis qu’il est ministre de l'Intérieur - d’une remarque qu’il affectionne particulièrement, depuis quelques années, à propos de la Corse : « je pense que le mouvement nationaliste est aujourd'hui très affaibli ». Ce propos, il l’avait déjà tenu en 2005. Mais cette fois, le chef de l’UMP a tempéré un peu : « c'est parce qu'il est affaibli qu'il est dangereux ». Le ministre s’est malgré tout félicité qu’en 2006 il y ait eu « 150 interpellations de poseurs de bombes ».

La main tendue

Cela semble pourtant maigre au regard de la délinquance en Corse, dont le bilan est impressionnant ces dernières années : 1497 attentats entre 1998 et 2005, avec une augmentation de plus de 72% des actes terroristes entre 2002 et 2005. En 2006, la Corse a connu 232 attentats et actes de dégradations (168 "seulement" en 2005).

Comme d’habitude, l’effet d’annonce le plus "sympathique" après les violences, c’est celui de la main tendue de l’Etat providence (celui-là même que le libéral Sarkozy déteste pourtant) : le ministre confirme ainsi une subvention de 1,02 milliard d’euros (nos impôts) pour financer les travaux d’infrastructures sur l'île. En passant, Nicolas Sarkozy, ministre de l’aménagement du territoire, promet à la jeunesse corse qu’elle pourra rester travailler au pays. Autrement dit, d’un côté, le gouvernement ne fait (presque) rien contre les terroristes, et de l’autre, il achète la paix civile avec l’argent des contribuables. Et si les Limousins se mettaient à poser des bombes en espérant recevoir un coup de pouce de l’Etat ? A la décharge de M. Sarkozy, cette pratique du centralisme, consistant à donner toujours plus à chacun pour calmer les choses en surface, a traversé tous les camps politiques qui se sont succédé au pouvoir en France.

Le président de l’Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, a fait semblant de tacher le tableau, la semaine dernière, en notant timidement « le mélange des genres » pratiqué par Nicolas Sarkozy, dans son double costume actuel : « voyage ministériel, tournée électorale, les déplacements du ministre de l'Intérieur font débat, à l'image de son voyage en Corse de ce jour. »

Le mélande des genres, ne serait-ce pas plutôt de confondre sur le même plan la question essentielle du développement économique d'une région et la nécessaire lutte judiciaire contre les mafias qui continuent de terroriser l’immense majorité des citoyens vivant en Corse ? On notera au passage que le Ministre de l’Intérieur n’a pas proposé de moyens supplémentaires pour la justice ou des garanties pour son indépendance… Mais s’il y a débat, comme le dit Jean-Louis Debré, alors, tout n’est pas perdu !

Laurent Watrin (7 janvier 2007)

Écrit par eurocitoyen dans Actualités | Lien permanent | Tags : Sarkozy en Corse | |  Facebook | | |