20 novembre 2009

Europe : un président accueilli sans enthousiasme

Le chrétien-démocrate belge Herman Van Rompuy est donc le premier président du Conseil européen tel que le prévoit le Traité de Lisbonne. Son mandat dure deux ans et demi. Le nouveau mode d’organisation de l’UE a créé ce poste destiné à doter l’Europe des 27 d’une personnalité diplomatique forte. Ce n’est pas vraiment ainsi qu’est perçu Herman Van Rompuy, premier ministre sortant de la fédération belge, inconnu en Europe et dans le reste du monde.

Pour l’ancien président français Valéry Giscard-D’estaing, ce choix dénote une « ambition limitée pour l’Europe au moment où se déroulent les grands dialogues mondiaux ». Selon VGE,  « les citoyens espéraient davantage ». Avis partagé par le député socialiste de Corrèze, François Hollande. Sur son blog, l’ancien premier secrétaire du PS estime que « la montagne institutionnelle a accouché d’une souris politique ». Pour l’ancien premier ministre Michel Rocard, « avoir désigné un petit nouveau » est une mauvaise idée. Selon le député européen Vert Daniel Cohn-Bendit, c’est un « président de l'Union qui cherche à faire plaisir aux grands ».De son côté, François Bayrou dénonce un choix qui s’est fait en coulisses. Le président du Mouvement démocrate plaide pour l’élection du président européen au suffrage universel direct. Cette nomination est décevante pour tous les militants du fédéralisme en Europe.

Van Rompuy.jpg

La nomination d'Herman Van Rompuy est très critiquée en Turquie. Herman Van Rompuy avait affirmé que les valeurs chrétiennes de l'Union européenne seraient affaiblies en cas d'adhésion de la Turquie, pays musulman. Cette opinion rejoint les positions frileuses du chef de l’Etat français, Nicolas Sarkozy, et de la chancellière allemande, Angela Merkel, qui ont suggéré de proposer à la Turquie un « partenariat privilégié » plutôt qu'une adhésion à part entière. Rappelons que ce partenariat privilégié existe déjà, depuis 1973. Cette méfiance à l’égard de la Turquie sera peut-être contrebalancée par la nomination de la Britannique Catherine Ashton (centre-gauche), comme haut représentant pour la politique étrangère de l'Union, qui est favorable à la candidature turque.

Le président stable du Conseil européen doit assurer la tenue des réunions du Conseil, avec les chefs d’Etat et de gouvernement. Il doit aussi représenter l’Union sur la scène internationale, mais cette mission est partagée avec le président de la Commission européenne et le Haut représentant pour la politique étrangère.

13 septembre 2009

Une voie nouvelle

"Le but principal du Mouvement démocrate sera la naissance et la promotion d'une génération politique nouvelle" (François Bayrou).

Et ce n'est pas seulement une question d'âge.

président 2012.jpg

09 septembre 2009

Le désir et l’identité

Quand on partage une amitié, est-ce pour l’autre, pour soi-même ou pour se projeter dans la relation ? Sans doute un peu des trois à la fois. Mais dans un monde où l’amitié devient valeur plus rare que la compétition, le désir et l’identité sont bousculés.

 

En politique, c’est un peu la même chose. Le désir politique est affaire d’amitié pour les idées (Aristote et sa philia). Si les idées sont floues, ou mal perçues, l’identité reste troublée.

 

Pour éviter le manque de clarté, soyons plus précis.

 

A l’Université de rentrée du Mouvement Démocrate, bon nombre de participants - et pas seulement les dirigeants - ont remis à l’honneur le désir de politique. Autrement dit, la volonté s’est exprimée d’échanger des idées pour rebâtir un vivre-ensemble. Et les belles idées ont besoin d’amitié forte (on n'y arrive rarement tout seul).

 

C’était le message de François Bayrou en 2007. C’est encore le sien aujourd’hui lorsqu’il répond à Martine Aubry que le Modem n’a pas à livrer des gages avant de discuter. « L’offre publique de dialogue » lancée par le président du Modem continue de bouger les lignes. C’est difficile, cela bouscule aussi l’identité des lignes Orange. Notamment chez celles et ceux qui aimeraient qu’on n’abandonne pas l’identité du centre.

 

Avec beaucoup d’émotion, à la tribune, dimanche dernier, Jacqueline Gourault a rappelé quelques épisodes de convictions et d’amitié. En 1998, année difficile déjà, l’actuelle sénatrice Modem de Loir-et-Cher, avait été élue conseillère régionale UDF, avec le RPR. Au moment de voter la présidence de région, la droite négociait ses places avec le Front national. « Sans aucune hésitation », Jacqueline Gourault n’avait pas apporté sa voix dans cette balance. Affaire d’amitié pour des convictions solides. Le socialiste Michel Sapin avait alors décroché la présidence de la région Centre. Et la vice-présidente du Modem se souvient : « pour certains, j’étais déjà passée à gauche, à l’époque ». Autre épisode : en 2002, le PS apporte son soutien à Jacques Chirac face à Jean-Marie Le Pen. Jacqueline Gourault n’a pas le souvenir que les commentaires aient considéré alors que le PS avait viré à droite…

 

Bien sûr, le désir politique c’est aussi des intérêts plus personnels. La stratégie, les jeux de pouvoir, les carrières, les batailles de chefs et les querelles de méthode sont aussi le lot de la (dé)(re)composition politique.

 

Quelques points clés ont été rappelés ce week-end, à La Grande Motte :

- Le Modem est le parti de la décentralisation. C’est un élément important pour les élections régionales qui se préparent.

- Le Modem propose une alternative à l’économie financière, d'une écolonomie sociale de marché (Corinne Lepage fut très applaudie), sans remettre en cause la liberté d'entreprendre (qui ne va pas sans responsabilité). Yann Wehrling parle "d'écologie réaliste".

- Le Modem dénonce les menaces qui pèsent sur la démocratie, à cause d’un clan au pouvoir. A ce propos, François Bayrou insiste sur l’indépendance de la Justice et la priorité à l’Education et à la formation (compétence régionale).

 

« Je ne sais pas si nous savons faire de la politiquement autrement » dit l’ancien Vert, Jean-Luc Benhamias. Le vice-président du Modem complète : « mais nous savons la faire honnêtement et courageusement ».

 

Pour toutes ces raisons, le Modem devrait bâtir des listes autonomes et porter ses propres valeurs en mars prochain.

 

Aristote a raison : ce qui fait la valeur de la société, c’est l’amitié pour les idées. Surtout si elles portent des valeurs généreuses et libres.

28 août 2009

L’appel du pied des Roses aux Oranges

Les socialistes, réunis pour leur Université d'été, à La Rochelle, ont entendu la Première secrétaire du PS lancer un appel à François Bayrou. Martine Aubry en a profité pour dire au président du Mouvement démocrate que « l’anti-sarkozysme ne suffit pas ». Au Modem, Mme Aubry, personne n'en doute, et le mouvement présidé par le député des Pyrénées-Atlantiques a même un programme ! La cheftaine du PS évoque aussi la possibilité de "bâtir ensemble un avenir" en expliquant que son parti est "ouvert" aux démocrates, mais sous conditions. Martine Aubry s'adresse même directement à François Bayrou : "si des démocrates et humanistes souhaitent nous rejoindre, cela doit être fait dans la clarté, nous sommes ouverts, mais c'est à François Bayrou d'apporter la clarté, si c'est sa conviction. La question lui est posée : êtes-vous prêt à nous rejoindre pour un projet économique, social et écologique ?".

Peut-être Martine Aubry a-t-elle raté quelques épisodes précédents : un projet économique écologue, responsable, européen et solidaire, c'est ce ce que préconise le Modem depuis sa création. Relire les lignes - réalistes et applicables - du programme démocrate qui a nourri la campagne européenneset qui fondent les engagements des eurodéputés Modem-ADLE, et de leur porte-parole au parlement de Strasbourg, Guy Verhofstadt.

Avant l'université de la Rochelle, la vice-présidente du MoDem, Marielle de Sarnez, avait accepté l'invitation des amis du socialiste Vincent Peillon, à Marseille, pour évoquer quelques principes communs. Les élections régionales de mars prochain sont en ligne de mire évidemment. Un constat : le PS demeure campé sur des positions très classiques et largement hégémoniques : "nous, en 2012, nous voulons un candidat de gauche", dit Martine Aubry. La numéro un du PS sait pourtant bien que la volonté ne suffit pas. Au Modem, on estime que le clivage traditionnel peut être revu et corrigé. On peut être libéral en politique (pour la liberté du citoyen) et social en économie (pour assurer la libre entreprise), en batissant un état sobre qui ne s'enfonce pas dans le gâchis d'argent public. Et si Martine Aubry et ses amis ont un doute sur le positionnement des démocrates, qu'ils aillent écouter les amis du Nouveau Centre, cette droite à l'ancienne qui a choisi d'appuyer la politique de M. Sarkozy. Sortir des vieux schéma - ajoutons-le au passage - c’est aussi ce que demande le "Grand Animateur Vert", Daniel-Cohn Bendit. Ce dernier goûte assez peu les roucoulements roses exprimés en direction des écolos, après le succès de la marque Europe Ecologie, en juin dernier.

Pour ce qui est des oeillades orangées du PS, le Modem aura l’occasion de répondre précisément à Martine Aubry, lors de son Université de rentrée, à la Grande Motte (4 au 6 septembre). Allez-y faire un tour, histoire de refaire le monde avec des vitamines !

LW

05 août 2009

Le grand soir et les privilégiés

Petite réflexion pour un 220è anniversaire

 

La nuit du 4 août 1789, l’Assemblée constituante issue des Etats généraux, se réunit pour un débat animé et fondateur. La misère sociale et la révolte sont en train de grossir. Cette nuit-là, le parlement révolutionnaire n'adopte pas l'abolition des privilèges. La formule est inexacte. En revanche, les droits féodaux sont « rachetés ». Autrement dit, la noblesse devient riche et moins puissante ; l’Ancien Régime, fondé sur la propriété héréditaire des terres et du pouvoir, passe à un régime de société bourgeoise. Le libéralisme économique et politique, déjà exprimé dans certains cercles de pensée, une vingtaine d’années plus tôt, devient une possibilité de corriger certaines inégalités. La nuit du 4 août 1789 a surtout fondé un principe important : « l’égalité devant la loi ». Et son corollaire fiscal : « à revenu égal, impôt égal ».

 

220 ans plus tard, comme le répèterait sans doute Pierre Desproges aujourd’hui, « les Bourgeois sont toujours sur le trône ». Qu’on veuille bien me pardonner cette digression anachronique. Ce qui frappe encore, de nos jours, c’est une certaine difficulté de notre démocratie à mettre en oeuvre l’essence même du libéralisme politique.

 

Car la France est ce pays étrange où l’égalité devant la loi revient à multiplier les niches fiscales et à favoriser les plus riches, même en temps de crise : le bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy en est la preuve. La France est cette Nation bizarre où la loi - générale en théorie - s'applique régulièrement à des morceaux de territoires ou à des corporations : la récente loi sur le travail du dimanche est un exemple flagrant.

 

François Bayrou - qui est un homme privilégié à bien des égards, et homme de droite selon certains - a le grand mérite de mettre l’accent clairement sur ces questions. Son dernier livre, « Abus de pouvoir », est sans doute sorti trop tôt. Accusé d’anti-sarkozysme, grand défaut du temps des élections européennes, cet ouvrage écrit par le président du Mouvement Démocrate eût mieux fait d’être publié le 4 août 2009. Sans promettre le Grand Soir, François Bayrou, avec sa vision politique libérale et sociale, apparaît aujourd’hui mieux inspiré que bon nombre d’autres responsables politiques privilégiés.

 

Une petite voix murmure : "laisse tomber, t'es nul". C'est vrai ! C’est plutôt la mode de ridiculiser ceux qui convoitent le pouvoir en ce moment, surtout quand ils échouent. Et François Bayrou est sous le feu de la critique jusque dans son propre parti. Ce blog ferait mieux d'évoquer les plages et les vacances, il ferait plus d’audience… Mais il est tellement plaisant de livrer ici cette petite réflexion, en mangeant un plat de lentilles, dans cette France originale où certaines idées nobles passent aux oubliettes aussi vite que les hirondelles font leur révolution annuelle.

 

Laurent Watrin

23 juin 2009

La tactique du gouvernail

Le discours solennel du chef de l’Etat devant le Parlement,

réuni en Congrès à Versailles, navigue en plein consensus

 

Les eaux montent. Le fleuve de la crise grossit et Nicolas Sarkozy choisit de pagayer pour rester au milieu du courant. « Ayons le courage de changer », dit le chef de l’Etat. Mais il tempère le cap de la réforme. Pas question de remettre en cause la suppression des postes de fonctionnaires et la limitation des impôts. En revanche, tout licencié économique doit pouvoir bénéficier d’un an de salaire pour se former. Le dispositif du contrat de transition professionnelle (CTP) devrait donc être étendu selon la volonté présidentielle.

 

« Je ne ferais pas la politique de la rigueur », déclare le président de la République, qui souhaite un emprunt national pour financer les investissements. Le déficit est donc possible - et même bénéfique - à condition de favoriser la production et le travail. Le tout dans une perspective de développement durable. A Versailles, le chef de l’Etat qui voulait aller "chercher la croissance avec les dents" n’a pas montré les crocs. Le mot « croissance » est oublié. Discours « habile mais un peu vide » note le député PS du Doubs Pierre Moscovici.

 

Tout ça pour ça...

 

« Nous ne gaspillerons pas un euro d’argent public », dit Nicolas Sarkozy. La promesse vaut sans doute pour plus tard. Car le Congrès de Versailles a coûté plus de 400.000 euros. "Un petit plaisir un peu cher" pour notre "Roi Soleil", ironise le député PS de Meurthe-et-Moselle Hervé Féron. François Bayrou considère que le chef de l’Etat vient d'exprimer un catalogue de campagne présidentielle. La rupture revisitée...

 

On attend les prochaines mesures du gouvernement remanié. Et l’on espère un débat constructif. Dans une "démocratie apaisée", on s'écoute et on se respecte, et "personne ne détient seul la vérité", affirme Nicolas Sarkozy. Chiche ! Le gouvernail tranquille plutôt que le passage en force des rapides ? Avec un peu de chance, les parlementaires vont pouvoir enfin suivre le rythme des projets de loi futurs.

21 juin 2009

Modem : autonomie ou autarcie ?

Corinne Lepage a le mérite de la clarté et de la recherche d’efficacité. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit. La vice-présidente du Mouvement démocrate n’a pas raison toute seule. Elle le sait. Mais la présidente de CAP 21 propose une démarche intéressante lorsqu’elle souhaite qu'une alliance entre Europe Ecologie et le Modem "puisse être explorée" pour les élections régionales de mars prochain. Une préférence même si « l’exploration » concerne aussi  « d'autres alliances éventuelles », selon l’ancienne ministre de l’environnement. 

L’avantage, c’est qu’elle engage le débat. Dans un communiqué publié ce week-end, Corinne Lepage réaffirme « son attachement au MoDem" et "sa volonté de prendre toute sa part dans la rénovation souhaitée par une grande partie des militants du MoDem". Dès après les résultats des élections européennes (8,5% pour le Modem en moyenne nationale, près de 10% en Lorraine), Corinne Lepage avait réclamé plus de collégialité dans la gouvernance du Mouvement de François Bayrou.

 

Cohérence

 

La collégialité, c’est précisément ce qui a fait le succès de la vague verte. Le Modem, en associant les adhérents à son projet depuis de longs mois, s’était engagé sur cette voie également, mais le message général a été maladroit, incohérent entre le niveau national et le maillage du terrain. Jean-François Kahn l’a expliqué lui aussi, dans une tribune publiée la semaine dernière par Marianne.

 

La cohérence et la discussion de projet, Europe Ecologie a su le faire mieux que le Modem. J’entends la question : « oui, mais de là à faire alliance ?! » Sur le fond, il y a des divergences certes ; mais sur les intentions et le respect de la démocratie, de belles convergences.

 

Le défaut de naïveté (stratégie…) du « jeune Modem » consisterait, me semble-t-il, à croire qu’on peut continuer de bricoler une force, dans son coin, sans discuter avec d’autres de manière ouverte.

 

Le PS, empêtré dans ses querelles de chefs, n’y est pas prêt (ni avec le Modem, ni avec d’autres d’ailleurs). Quant à l’UMP, dirigée par une seule tête qui veut "tuer" Bayrou, que peut-on en attendre ? La donne à droite est-elle différente au niveau régional quand on sait que Nadine Morano figure sur la liste lorraine ?

 

Cette discussion sur une éventuelle plateforme de projet régional, il vaut mieux qu’elle soit ouverte et transparente. Cela nous changera des anciennes discussions d’appareils – repoussoirs des électeurs - qui se font traditionnellement dans le dos des citoyens. Rappelons-nous les élections municipales au Modem : alliances très souvent mal ficelées et incohérence généralisée (et François Bayrou battu à Pau !). Les électeurs n’ont-ils pas eu du mal à comprendre ?

 

Du point de vue de la cohérence, là encore, la démarche de Corinne Lepage peut marquer des points. La vice-présidente du Modem veut relancer le travail pour « un véritable effort programmatique fondé sur un développement solidaire et soutenable, démocratique et humaniste », a-t-elle précisé à l’AFP (Agence France Presse). Cette formule-là, tous les militants du Modem l’ont applaudie pendant la campagne européenne. Aurait-on changé d’avis, d’un seul coup ?

 

Autonomie

 

La région est l’échelon pertinent pour sortir le pays du partage classique entre la gauche et la droite, qui résistent tous deux au changement de système. La région, c’est aussi le niveau intéressant pour affronter le débat sur la régionalisation et la fiscalité locale (thèmes chers au Modem). C’est aussi l’échelon efficace pour coordonner l’Europe et la politique territoriale, un autre sujet clé pour le Modem. « La France et l’Europe, c’est la même chose » disait Bayrou à Schiltigheim, juste avant le 7 juin ! Hé bien, les régions et l’Europe, c’est encore plus  la même chose, si l’on peut dire.

 

Engager une discussion de projet régional avec les Verts, n’est-ce pas ouvrir un champ de réflexion qui permette de trouver des lignes communes pour sortir des schémas classiques ?

Certains crient déjà à la « perte d’autonomie ». Mais le premier ennemi de l’autonomie, c’est l’autarcie. Surtout quand on est un mouvement en construction. Autarcie : attitude rigide qui empêche de progresser avec les autres. C'est ce que les écologistes radicaux ont d’ailleurs appris à leurs dépens par le passé. L’autonomie, les mouvements la garderont, de toute façon. Car l’obsession  présidentielle de Bayrou - qui n’est pas un mal en soi (ce doit être dit clairement, cel aussi) - doit maintenir le cap et la cohérence jusqu’en 2012.

 C’est ce qu’on pourrait appeler une stratégie de projet sans se renier.

 

Au Modem d’imposer ses valeurs et ses idées force, dans un débat de programme. Maintenant, si les Verts ne veulent pas du débat, ce sera chacun pour soi. Mais au moins, on pourra être fier de dire que l’autarcie n’est pas une valeur humaniste pour le Modem.

 

Laurent Watrin

10 juin 2009

Obsession présidentielle

On peut analyser le résultat des élections européennes jusqu’à plus soif. Mais la première leçon, c’est sans doute l’abstention. Quand 6 électeurs sur 10 ne votent pas, on peut - on doit - se demander pourquoi ? La faute à l’Europe « lointaine » ? C’est en partie vrai. Mais aux élections municipales de mars 2008, l’abstention était de près de 39% en moyenne, jusqu’à 60% dans les grandes villes. Deuxième hypothèse : nous sommes dans une démocratie bien paisible et une majorité de citoyens ne voit pas l’intérêt de mettre un bulletin dans l’urne. Difficile d’y croire, en période de crise. Troisième piste : les électeurs rejettent le système. Pas forcément la politique.

 

Ce sentiment semble largement partagé. Ceux qui ont fait campagne l’ont entendu très souvent. Et ce rejet populaire fait écho à un phénomène devenu primordial en France depuis le quinquennat : l’obsession présidentielle. Une fois tous les 5 ans, désormais, le peuple désigne le chef de l’Etat et, aussitôt dans la foulée, vote pour ses députés. Résultat : l’Assemblée est asservie à la victoire du chef suprême. Et l’élection présidentielle est la seule « utile » pour les partis. Bayrou le sait ; il l’a trop dit. Sarkozy le sait aussi ; il fait tout pour que ça dure. Les têtes du PS se déchirent ; l’obsession, chez eux, tourne au drame collectif. Les autres tentent leur chance.

 

Dans ce « délire », un OVNI déboule : Europe Ecologie, conjugaison d’horizons associatifs et citoyens, bien dans l’air du temps, échafaudée, en quelques mois, autour d’un chef de file charismatique qui rejette toute ambition présidentielle. Cohn-Bendit ne veut être ni président de la République, ni même président de parti. L’OVNI vert a, en quelque sorte, percuté l’obsession présidentielle, comme une brèche ouverte en psychanalyse.

 

Vers la fin de la Vè République ?

 

Il y a encore des électeurs fidèles à des socles classiques (minoritaires). Mais pour ceux qui attendent « autre chose », la cohérence du message est essentielle. C'est une question de stratégie. Sortir de l’obsession est donc nécessaire. Bayrou veut une VIè République. Cela tombe bien. Que le Modem se mette en cohérence avec son projet ! Et si cette République nouvelle abandonnait l’idée de l’élection suprême ? Cela permettrait plus facilement de présenter aux citoyens des projets plutôt que des chefs.

 

Chez les Verts et au Modem, on trouve des candidats et des militants motivés, des contenus élaborés, réfléchis collégialement, et un projet de société. Le Modem a mobilisé près de 4 mille personnes pour construire son programme européen, avec un message écologique fort mais mal mis en valeur.

 

Il y a sans doute un nouveau mode de gouvernance à trouver, comme le dit Corinne Lepage. Inutile de jouer les boyscouts au pied d'une pyramide qui s'enfonce. Il vaut mieux miser sur des réseaux pensants, organisés pour le débat et l'affirmation d’alliances électorales, le moment venu. Passer de l'obsession présidentielle à la nécessité de placer les personnes au centre de la politique.

 

L'idéal serait que les abstentionnistes viennent participer à cette nouvelle façon de faire de la politique. Un rêve ?

07 juin 2009

La démocratie et le débat

Les dérives d'un dernier débat télévisé ont peut-être pesé sur le scrutin. Difficile à dire même si les médias en ont beaucoup parlé. François Bayrou a sans doute été maladroit face à Daniel Cohn-Bendit. Maladroit aussi en parlant des manipulations de sondages. On sait bien que les sondages détournent l'attention et influencent l'opinion, dans un sens ou un autre. Il aurait mieux valu proposer par exemple de les interdire en période de campagne électorale. Le président du Modem s'est un peu trop drapé dans la peau de la victime cible de toutes les attaques. François Bayrou a aussi voulu insister sur le lien entre la France et l'Europe. Message inaudible. Le président du Modem le reconnaît.

Dans la circonscription Est, Nathalie Griesbeck, Jean-François Kahn et Yann Wehrling ont réalisé une belle campagne de terrain (les scores à Nancy et Metz, notamment, le démontrent). Ces candidats de grande valeur se sont montrés dignes et compétents. Ils ont été appuyés par des militants actifs sur le thème de l'Europe d'abord.

La médiatisation trop nationale du Modem a peut-être détourné l'intérêt des électeurs pour le projet de société européen des Démocrates. Mes amis et mois, nous l'avons souvent répété : il n'y a pas eu de réel débat projet contre projet. Et au jeu de la communication et du réseau organisé, Cohn-bendit et ses amis sont les meilleurs aujourd'hui, toutes sensibilités confondues. Il faut saluer cette victoire du moment. C'est une leçon pour tous les partis classiques, et aussi pour le Modem, mouvement jeune, en construction, qui n'a pas fini de s'organiser. La formation Europe-Ecologie, très hétérogène, fait bouger les lignes. Les Ecologistes obtiennent 53 députés européens. L'alliance des libéraux et démocrates (où siègent les députés Modem) recueillent 81 sièges. Bien difficile de tirer des conclusions nationales, après ce scrutin européen.

La mauvaise nouvelle, c'est l'abstention (environ 60% en France). Cette campagne a révélé l'urgence de "réformer" nos Institutions, au sens latin du terme (lire le joli chapitre sur la question dans le livre "Abus de pouvoir" signé Bayrou). Réformer au sens de redonner une forme acceptable pour gérer les affaires de la cité. Remettre les choses à leur place, retrouver le sens du débat et de la démocratie parlementaire.

Après ce 7 juin, la démocratie parlementaire européenne prendra peut-être un visage un peu différent. Mais puisque c'est une élection multinationale, il va falloir mesurer de plus près les nouvelles tendances qui entrent au parlement de Strasbourg. Elles ne sont pas forcément réjouissantes. Voir par exemple la nouvelle droite populiste, antieuropéenne et islamophobe au Pays-Bas.

Du Modem aux écologistes sincères, en passant par d'autres humanistes, espérons que l'esprit de Robert Schuman continue de souffler sur l'avenir de l'Union européenne.

Laurent Watrin

31 mai 2009

Une Europe fédérale

Il est grand temps de revenir à l'idée des pères fondateurs de l'Europe : construire une union politique. Face à la crise, c'est une urgence. Autrement dit, il nous faut une Europe fédérale. Les candidats du Modem proposent que ce noyau dur politique se constitue en priorité autour des Etats membres de la zone euro (16 pays depuis l'adhésion de la Slovaquie à l'eurozone, cette année).

Le 17 mai dernier, la Convention Européenne du Modem, organisée à Montpellier, a permis à un grand fédéraliste européen de rappeler les grands projets concrets qui peuvent être réalisés par une union politique forte. Cet homme c'est Guy Verhofstatd, ancien premier ministre belge. Le libéral-démocrate flamand (rien à voir avec l'ultralibéralisme, j'entends déjà certaines voix !), soutenu par mes amis du mouvement Vivant Europe, a écrit un livre limpide intitulé Les Etats-Unis d'Europe (2007, éditions Luc Pire, Bruxelles). Je vous le recommande, évidemment.

A la tribune du Modem, le fédéraliste Guy Verhofstadt a donc prononcé, le 17 mai, un discours clair et volontaire, dans la perspective des élections du 7 juin.

Voici la quasi-totalité de son propos (3 minutes de lecture, pas plus !) :

“Je viens au congrès du parti le plus pro européen de France. Il faut que les pro européens se défendent et se soutiennent mutuellement (...). L’enjeu de ces élections est énorme. Tout travailleur, tout dirigeant d’entreprise le sait, il faut faire un choix maintenant, c’est-à-dire continuer l’approche actuelle assez nationaliste, avec 27 plans de redressement différents… enfin petits plans différents, ou bien avoir une approche commune proeuropéenne qui est la seule méthode pour nous faire sortir de la crise ? Ce choix va être fait pendant les élections européennes. (...) Il y a actuellement des milliers d’entreprises qui font faillite, des millions de gens qui perdent leur emploi, il y a aussi encore des milliards d’euros d’épargne qui se volatilisent et je crois vraiment que ce n’est pas encore fini ; par exemple, dans le secteur bancaire, il reste encore plus de 700 milliards de produits toxiques aujourd’hui dans nos banques européennes. L’histoire nous apprend - il faut examiner un peu l’histoire de la crise japonaise pour le savoir, pays qui, dans les années 1990, est entré en crise - que jamais il n’y aura de reprise économique sans que le problème bancaire n’ait d’abord été réglé au niveau européen. Je dis au niveau européen, car c’est inutile de le faire au niveau national. (...) Comment voulez-vous que le secteur bancaire sorte de la crise avec 27 politiques différentes ? C’est pourquoi il est aussi déconcertant de voir l’absence totale de réaction européenne commune aujourd’hui et il est également déconcertant de voir que Bruxelles garde le silence à ce point. Il n’est pas acceptable que la Commission européenne ne fasse même pas de tentative pour présenter un plan pour le problème bancaire aujourd’hui et qu’elle n’essaie même pas de venir avec un plan de relance européen unique.

Aux États-Unis, il y a un grand plan de relance de 600 Md€ aujourd’hui. Les Chinois ont un seul grand plan de relance et, nous, nous disposons de 27 mini plans sans la moindre cohérence ni la moindre coordination.

(...) Effectivement, il y a toujours cet argument qui est utilisé, l’éternel argument du désaccord au sein du Conseil européen, le fait que les chefs d’État et de gouvernement balaieront, de toute manière, toute proposition d’approche commune.

Mais je vous demande, est-ce là une raison pour ne rien entreprendre ? N’en a-t-il pas toujours été ainsi en Europe ? Je n’ai jamais vu autre chose pendant ces 9 ans où j’étais premier Ministre.

C’était pareil dans le passé, par exemple sous la présidence du président de la Commission Jacques Delors, mais ce n’était pas une raison pour nos prédécesseurs pour rester les bras croisés et ne rien entreprendre.

Que faisaient-ils nos prédécesseurs pendant les crises des années 70 et 80 ? Ils ont déposé un Livre Blanc, une stratégie d’envergure pour sortir de la crise en sachant d’avance qu’on n’allait pas tout obtenir et que, si l’on demandait par exemple 100 pour cent, on n’allait garder que 30 pour cent, mais il n’empêche que ce sont ces 30 pour cent qui ont créé le marché intérieur, qui ont fait introduire l’Euro. Si nos prédécesseurs avaient raisonné comme on le fait aujourd’hui, jamais il n’y aurait eu de marché intérieur, jamais il n’y aurait eu de monnaie unique et l’Euro. Aujourd’hui, c’est cela la réalité.

(...) Je pense que les gens demandent quelque chose d’autre. Ils ne veulent pas d’une Europe molle, d’une Europe qui se croise les bras.

Ils veulent une Europe forte et active et qui offre une réponse à leurs soucis, à leurs questions justifiées, une Europe qui démontre que nous ne sommes pas le musée économique du monde. Nous n’avons donc pas besoin de moins d’Europe maintenant, mais au contraire de plus d’Europe. La solution, aujourd’hui, de cette crise, c’est l’Europe.

À vrai dire, chers amis, ceux qui critiquent aujourd’hui nos plans, ce sont en fait des sceptiques. On connaît les sceptiques. Les sceptiques sont de tous les temps, nous en avons vu défiler des tas ces dernières décennies.

Sceptiques en fait à l’égard de chaque idée pour faire avancer l’Europe, mais contents, comme un enfant, après que le succès soit avéré, par exemple faire coopérer l’Allemagne et la France, une idée de Jean Monnet et Robert Schuman. Irréaliste, disait-on dans les années de début 50. La libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, irréaliste, une monnaie unique en Europe, irréaliste.

Toutes ces idées que l’on taxait d’être irréalistes ont été réalisées.

Ce qui, selon moi, est irréaliste aujourd’hui, ce qui vraiment est une rêverie, c’est de croire que nous pourrons sortir de la crise sans prendre des mesures au niveau européen.

Voilà ce qui est irréaliste aujourd’hui.

Il est grand temps que l’Europe s’éveille avant qu’il ne soit trop tard et avant que la crise ne réduise notre continent à une simple note en bas de page du livre d’histoire.

Voilà alors notre proposition, c’est très clair, c’est que la Commission européenne présente, avant l’été, sa stratégie pour combattre la crise, un plan concret, un plan de relance européen composé de trois volets : d’abord, le nettoyage des produits toxiques dans le secteur bancaire, car, si nous ne sortons pas les produits toxiques des banques au niveau européen, nous n’allons jamais sortir de la crise, jamais retrouver la confiance.

Ensuite, il faut un plan d’investissement européen, de la même ampleur que celui de Barak Obama aux États-Unis avec aussi des investissements dans les secteurs les plus orientés vers l’avenir, car c’est là seulement que se situent les emplois de demain.

Enfin, nous devons trouver l’argent nécessaire. Cela se trouve où ? Sur le marché international des capitaux. Je puis vous assurer que la demande existe. J’étais en Chine et les Chinois n’achètent que des bons du Trésor américain pour le moment car il n’existe pas, aujourd’hui, de bonds au niveau européen. C’est même l’épargne européenne qui passe de l’autre côté de l’Océan atlantique pour financer le redressement américain, pour le moment. (NDR : Le modem propose, dans son programme, d'émettre des euros-bonds)J’étais en Chine pour la traduction d’un livre. Ils m’ont fait comprendre que, ce qu’ils attendent, c’est cela.

Vendredi passé (le 8 mai), c’était pour moi, pour tout le monde ici dans la salle, un fait marquant : les manifestations syndicales avec 40.000 manifestants à Bruxelles, 300.000 dans l’Europe entière. Et ces manifestants parlaient vrai, ils disaient que les 27 plans nationaux n’allaient pas régler la crise, qu’il fallait un seul plan européen, qu’il fallait, en fait, une seule vision européenne et des investissements européens. C’était la première fois que cela se passait. Vraiment, le monde syndical a massivement pris position dans notre sens.

Que manque-t-il aujourd’hui ? C’est suffisamment, je crois, de pression sur les institutions européennes pour les obliger de passer à l’action. C’est aux élections européennes de donner maintenant le coup de pouce.

Ces élections vont donner la possibilité pour la première fois de créer au Parlement européen une majorité avec une mission claire, c’est-à-dire couler nos propositions et nos idées dans des actions.

Je terminerai avec cela. Je ne connais pas très bien la politique française, mais je vois quelque chose, je vois quand même que l’UMP et le PS ne parlent que d’une chose : du MoDem et de François Bayrou pour le moment ! Des articles paraissent, des tribunes libres.

Je sais quelque chose. En politique, les autres partis ne parlent de vous que lorsqu’ils ont peur ! (...)

J’espère que le Mouvement Démocrate va emporter ces élections aussi importantes parce que François Bayrou sait ce qu’il y a lieu de faire maintenant, parce que François Bayrou veut faire entrer la France et l’Europe dans une nouvelle ère, une nouvelle ère de prospérité, de solidarité, de progrès et de liberté pour les citoyens européens."

Guy Verhofstatd est candidat, soutenu par les députés démocrates, comme prochain président de la Commission européenne. Rêvons d'Europe et faisons-là, le 7 juin !

Toutes les notes