30 juin 2009
Le ratio 9
Citoyen contribuable, connaissez-vous la ligne la plus intéressante, en ce moment, dans le budget de votre commune ?
Regardez donc du côté du compte administratif. C'est le dernier acte budgétaire de l'exécutif de l'année passée, autrement dit ce qui a été effectivement réalisé en dépenses et en recettes, pour 2008. L'été, la saison du compte administratif, est riche de ses jolis ratios. Pas la peine de les calculer, c'est fait, c'est marqué dans le document, et c'est public, comme le veut la loi. Heureusement que la loi existe ! Bon, il faudrait aussi que les médias fassent leur boulot pour le rappeler de temps en temps. Mais, ça, c'est une autre histoire.
Or, donc, à la page des ratios, il y a notamment le ratio n°9. C'est celui qui présente la marge d'autofinancement d'une collectivité locale. Quand il est supérieur à 100 (c'est le cas de Nancy), cela veut dire qu'il n'y a plus de marge de manoeuvre financière. Et quand ça dure depuis quelques années (c'est le cas de Nancy), ça devient légèrement inquiétant. Zéro marge de manoeuvre = difficulté à investir dans des projets. Sauf si la commune renfloue ses caisses.
Pour cela, deux solutions : l'emprunt ou l'augmentation d'impôts. La ville peut choisir de faire les deux ensemble. Généralement, c'est ce qui se passe... A Nancy, la majorité UMP promet de ne pas augmenter les impôts. On verra. Petite précision : la commune peut décider de ne pas augmenter ses taux d'imposition locale tandis que l'impôt augmentera sous l'effet d'un autre ratio, voté par le parlement au moment de l'indexation de la loi de finance (en clair, si une commune veut stabiliser son imposition locale, il faut qu'elle baisse ses taux à proportion de l'indice voté par les parlementaires). Cette subtilité des finances publiques françaises permet aux élus locaux de se défausser sur l'Etat en disant "c'est pas nous" ! C'est un peu comme Bruxelles, dans ces cas-là... Bon, enfin, pour les prochains impôts de la commune, on verra dans quelques mois.
Revenons au présent municipal. La ville de Nancy accuse aussi un gros endettement : 112 Millions d'euros, si j'ai bien lu. Et si l'on entend ce que dit la majorité, le désendettement est sur la bonne pente. Ce qui veut dire qu'on n'a pas l'intention d'emprunter lourd dans l'avenir proche. Le conseil municipal de Nancy a voté le compte administratif, ce lundi 29 juin. C'est la moindre des choses, sinon la suite des budgets est impossible. L'opposition a - symboliquement - voté contre le compte administratif. Ce qui n'a pas de sens ! Elle aurait mieux fait de s'opposer à certains projets - qu'elle a votés - si elle ne voulait pas cautionner la dérive des finances locales. La politique politicienne estivale, en période de crise, ce n'est pas très raisonnable.
En résumé, la situation nancéienne paraît donc un peu délicate.
Cela dit, aujourd'hui, les grands projets de ville se décident et se financent surtout au niveau de la communauté urbaine (le futur éco-quartier autour de la gare par exemple). Et là, il y a un peu plus de marge. Ouf ! Et puis, à ce niveau-là, on peut embrouiller plus facilement le contribuable citoyen qui ne sait plus trop si c'est l'Etat, la commune ou l'agglomération qui justifie la baisse ou la hausse des impôts. Si vous ajoutez à tout ça, le département et la région (enjeu des prochaines élections), c'est le "grand bazar", comme dirait Cohn-Bendit...
Au fond, ce qui est rassurant, c'est qu'il y a toujours de l'argent à prendre dans la poche du citoyen pour envisager de renflouer les caisses qui financent les services publics. Avec un bon emprunt national là-dessus, on devrait être sauvé.
Re-Ouf !
(Cet édito n'a pas vocation à critiquer des majorités ou des oppositions en place mais simplement à pointer du doigt le fait qu'on est tous dans le même bâteau républicain avec les mêmes rames pour tout le monde)
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20 février 2008
Histoires de compensation
Décidément, Nicolas Sarkozy possède un sens des mots hors du commun. Le chef de l’Etat vient d’installer une nouvelle commission, chargée de réfléchir à la mise en place d’une nouvelle forme d’entreprise audiovisuelle publique, débarrassée de ses recettes publicitaires. C’est la suite logique de l’annonce qui a surpris tout le monde, le jour de la première grande conférence de presse présidentielle. Cette commission télé est conduite par Jean-François Copé, qui cumule personnellement pas mal de recettes, avec ses fonctions de député, maire de Meaux, avocat... Il faut bien compenser son pouvoir d’achat. Mais passons…
Revenons au sujet : la télé sans pub. C’est pour l’année prochaine. Il faut faire vite. Nicolas Sarkozy veut deux choses :
1. Une télévision publique populaire débarrassée de la course à l’audience.
2. La disparition du budget tiré de la pub sera compensée à l’euro près.
En ce qui concerne le point n° 1, on ne voit pas bien en quoi l’absence de publicité met fin a priori à la double ambition de réaliser des programmes populaires (donc s’adressant au plus grand nombre) tout en gagnant de l’audience (c'est-à-dire en captant effectivement l’attention du plus grand nombre).
Au chapitre 2, il y a une légère erreur de calcul. France Télévisions, c’est plus de 800 millions d’euros de recettes publicitaires. La pub, c’est 4 heures par jour en moyenne de temps de programme. Si on compense à l’euro près, il manque de quoi fabriquer 4 heures de programmes ! Mais peut-être que la « compensation », dans le jargon sarkozien, ce n’est pas de la comptabilité.
La télé sans pub, chers amis, avec l’inflation, la baisse du pouvoir d’achat, et les caisses vides de l’Etat, c’est un vrai casse-tête. Le nouveau boulot de M. Copé n’est pas évident. Il s’agit surtout de faire en sorte que cette réforme ne se voit pas trop dans le porte-monnaie du contribuable. En tout cas, d'après Sarkozy, pas question d’augmenter la redevance (116 €, la plus faible d’Europe actuellement). Les opérateurs de téléphonie et d’internet, et les vendeurs de matériel audiovisuel sont dans la ligne de mire. Les consommateurs pourraient donc supporter le coût de la fameuse compensation.
Ah ! J’allais oublier. Dans l’histoire de cette compensation révolutionnaire et populaire, il y a un trou de taille : la radio. Car « l’audiovisuel public », c’est aussi Radio France. Sans la pub, ça fait 8% du budget en moins. Et là, pour l’instant, aucune compensation prévue. Jean-François Copé, ce mercredi 20 février, sur France Inter, était bien embêté par la question. « Ce n’est pas parce qu’il n’y a rien maintenant que cela empêche qu’on y réfléchisse » a-t-il répondu benoîtement.
Dans son dernier communiqué maison, le Syndicat national des journalistes (SNJ), constate que la radio est tenue à l’écart des réflexions présidentielles sur les compensations budgétaires et précise que 45 millions d’euros (ce que rapporte la publicité à Radio France), cela représente dix radios locales (soit un quart des antennes régionales actuelles). Il suffira probablement de compenser autrement...
LW
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