11 novembre 2009

Le développement du… râble

 

Dans le lapin, le râble, c’est le bout de l’animal. Bien mijoté, c’est pas mauvais.

La mutation de notre système économique nous mijote aussi des trucs savoureux.

Un exemple à Epinal (Vosges).

 

Fumeurs et amateurs de chewing-gum, ne jetez plus vos déchets par terre ! C'est le message de la ville d'Epinal. La cité des images fait la promotion d'un "cendrier de poche", commercialisé par une entreprise de la région. Le gadget s'appelle "be-ox", jeu de mot franglais qui combine la bio et la box (traduction : boîte). La mairie d’Epinal vient d’acheter 3.000 de ces "be-ox" (1,10 € pièce) pour en distribuer gratuitement à ses « partenaires » : lycées, commerçants, restaurateurs et débitants de tabac du centre-ville. Objectif : inciter les habitants au civisme, au nom du développement durable.

 

 

Car l'entreprise Olsen Concept vend ce cendrier de poche moderne en mettant en avant sa matière… recyclable et dégradable ! Cerise sur le mégot, la filière économique estampillée écolo pense à tout : la "be-ox" peut être vendue avec, sur son râble, un message publicitaire personnalisé. Commentaire amusé d’un restaurateur pas forcément convaincu : « si je m’y mets, le jour où un client balance la boîte avec des clopes dedans, on sait d’où ça vient ! ».

 

Evidemment, le but de l’opération est pédagogique. Il s’agit de faire en sorte que le tout se retrouve à la poubelle plutôt que sur la voie publique. Mais une question, mon lapin : un cours d’éducation civique, ce ne serait pas plus durable, des fois ?

 

Laurent Watrin

 

CaféCitoyen211109.pdf

 

08 novembre 2009

Climat : ambition britannique freinée

L’ambition britannique sur le climat se heurte aux freins internationaux. Les pays du G20, réunis ce samedi 7 novembre en Ecosse, sont apparus divisés sur la question du financement de la lutte contre les conséquences de l’activité humaine sur le réchauffement climatique. La Grande-Bretagne, soutenue par la France, estime nécessaire une taxe sur la finance mondiale pour réguler les finances mondiales et lancer la voie d’investissements massifs dans des projets d’économie durable. Les participants à ce G20, consacré à la finance internationale, ont manifestement boudé cette proposition.

Le secrétaire américain au Trésor, Tim Geithner, a souligné que l’idée d’une taxe sur la finance ne figurait pas à l'ordre du jour. De son côté, le directeur du FMI (Fonds Monétaire International), Dominique Strauss-Kahn, estime que cette hypothèse est impossible à mettre en oeuvre. Le sujet ne fait donc pas partie de la déclaration finale du sommet écossais, nouvelle étape préparatoire à la réunion mondiale de Copenhague, prévue en décembre prochain. Les ministres réunis lors de ce G20 se sont contentés d'un accord de principe sur la nécessité d'une ambition pour parvenir à lutter contre le réchauffement climatique. Aucun engagement chiffré n’a été avancé, malgré les arguments britanniques. Selon le ministre britannique des Finances, Alistair Darling, "si nous ne parvenons pas à nous entendre sur le financement de la lutte contre le changement climatique, ce sera beaucoup, beaucoup plus difficile d'obtenir un accord à Copenhague".

En décembre, à Copenhague, la communauté internationale est censée trouver un nouvel accord mondial pour remplacer le protocole de Kyoto sur la lutte contre le réchauffement climatique. Ce protocole prendra fin en 2012. Un mois avant le grand rendez-vous de Copenhague, les négociations piétinent.

Le sujet sera au cœur du débat lancé par le réseau des cafés citoyens, réunis au sein de la fédération Nouvelle Arcadie. Vous aussi, vous pouvez participer au débat, sur le thème :

« faut-il rendre les Hommes responsables de leurs actes envers les générations futures ? »

Au-delà des questions écologiques, le développement durable représente aussi un chantier social et démocratique.

Pour en savoir plus : http://www.cafes-citoyens.fr.

(Agoravox est partenaire de ce débat pluraliste).

Semaine CC.doc

24 août 2009

La solitude des animateurs de quartier

 40° au soleil, sur le terrain de foot en sable du stade de quartier Louis Schweitzer. Quoi de neuf, docteur ? Quatre copains tapent le ballon. Dans un coin du stade, à l’ombre, un duo féminin-masculin, duo d'animateurs un peu désabusé : « on s’attendait à voir une quarantaine de gamins, et là… on se sent un peu seuls », raconte la jeune femme.

 

Programme prévu : initiation au badminton. Son collègue se lance quand même à la rencontre du groupe d’ados : « ça vous intéresse ? ». Les jeunes acceptent, timidement. La cigarette au bec, l’animateur installe donc le matériel, sur le sable chaud. C’est presque comme à la plage…

 

La mer est loin. On est à Laxou, ville de l’agglomération de Nancy, dans le quartier Champ-le-Bœuf. « Je n’ai jamais vu le quartier aussi vide que cet été », constate l’animateur. « C’est peut-être à cause du ramadan ».

 

La commune de Laxou fait partie des 150 villes de France qui participent à l’opération nationale « Le sport, ça me dit ». Ce slogan-jeu-de-mot invite les communes à proposer des initiations sportives pour les jeunes, histoire de les faire bouger un peu, car c’est bon pour la santé.

 

 

A Laxou, manifestement, ce qui intéresse les jeunes, cette semaine, c’est surtout un classique : « le tournoi de beach soccer, mercredi soir. On fait la même équipe tous les ans ! ».

 

A Saint-Max, commune proche, également partenaire de l’événement « le sport, ça me dit », la ville a choisi de lancer les animations à partir du 26 septembre, tous les… samedis. Espérons que l’option sera plus « payante » que chez les voisins de Laxou, où l’un des animateurs finit par livrer son opinion (bien sûr, c’est off) : « c’est le genre d’animations qui fonctionnent bien dans une ville touristique, par exemple au bord de la mer, mais pas ici ». Y’aurait-il un manque de dialogue entre les élus et ceux qui travaillent sur le terrain ?

 

Petite précision : cette opération nationale d’initiation au sport est financée, en partie, par une célèbre marque de soda qui fait grossir les enfants du fast-food. L'Agence Havas-Sports réalise la comm' de l'événement : la même agence prépare un salon international des "acteurs du sport", en février, à Barcelone. Ce sera l'occasion de relancer notamment le marketing sportif, un peu en panne par ces temps de crise.

 

A Laxou, les banderoles sponsorisées de l’événement local ont disparu. Mystère de la pub. Probablement...

 

Laurent Watrin

04 juillet 2009

Devoir de vacances

Le langage trahit-il la pensée ?

C'était l'un des sujets du bac. Tant pis pour les règles académiques, tentons tout de suite une conclusion : non seulement le langage trahit la pensée mais... c'est sa vocation !

L'idée pensée est trahie, transformée, transfigurée par le fait d'être communiquée. Communiquée, au sens étymologique : mise en partage. Partage : traduction par l'Autre - individu ou groupe, intentionné ou pas - donc trahison pour soi et potentialité nouvelle pour et avec les autres.

Et à quoi peut bien servir ce langage traître de la pensée ?

En principe et en humanité : à produire du débat et du sens. Pour soi, pour l'autre, pour vivre ensemble. Avec le partage, il y a un nouveau sens possible, qui n'est ni tout à fait le mien, ni tout à fait le tien, mais encore autre chose. Certains appellent cela le progrès. Disons, pour être neutre : l'évolution.

Résumons : le langage est donc trahison de la pensée pour faire société. Dès lors, cette trahison peut être stimulante (âge d'or de la pensée), acceptable (consensuelle) ou scandaleuse (terrorisme de pensée unique). La trahison de la pensée se fait espoir ou insulte.

Lorsque la confiance existe, le vivre ensemble est possible. Confiance en soi, confiance en l'autre, confiance dans un modèle de partage (nos Institutions). Hélas ! Il semblerait que nous vivions - de manière éclatante et froide depuis la crise financière (finance = langage d'échange) - dans un monde où le langage ne trahit plus grand chose.

Car il y a crise de confiance.

Et la confiance perdue n'accepte aucune trahison. Que nous reste-t-il ? La pensée du vide : la publicité. Celle-ci a des visages différents. Elle est commerciale (seins nus par ici) ou idéologique (burqa par là). En tout cas, elle est négation de l'Homme qui parle et qui pense.

Dans ce monde - totalitaire par essence - le langage n'est qu'un flux, un slogan, un logo, une image, bref une force de frappe au profit d'un Emetteur en direction d'un Récepteur : le Consommateur. Il gobe et se tait (en temps de paix), tout comme le soldat encaisse les coups (en temps de guerre).

Moralité : citoyen, redeviens un traître, exprime-toi ! C'est urgent. Sinon, ça va faire mal.

Du moins je le pense, et je vous autorise à trahir ma pensée.

Laurent Watrin

(Pour les royalties, voyez mon agent de change...)

30 octobre 2008

Débat nourri au café citoyen de Nancy

Une trentaine de personnes ont échangé leurs points de vue, ce jeudi 30 octobre, à l'occasion de la reprise du café citoyen de Nancy, organisé au Melkim'Pot, bar convivial qui nous accueillera désormais chaque dernier jeudi du mois.

Pour ce premier rendez-vous de la saison, le débat portait sur l'identité et la citoyenneté en Europe. Les participants ont exprimé majoritairement leur attachement aux valeurs de l'Union européenne tout en soulignant la difficulté de définir clairement ce que peut être la notre identité commune dans un espace politique de droits et de devoirs en évolution. Certains participants ont évoqué la nécessité d'un cadre social européen plus solide pour donner corps à la citoyenneté européenne. La possibilité d'un impôt européen et les fondements d'une Europe sociale ont notamment été abordés.

Pour ceux qui ont manqué le débat, voici une petite synthèse qui a servi de point de départ à ces échanges du café citoyen :

L'Union européenne repose sur des principes : liberté et démocratie, respect des droits de l'homme et libertés fondamentales. Son identité est d’abord politique (Etat de droit si l’on s’en tient aux textes qui organisent l’Europe). L’UE doit respecter les droits fondamentaux, garantis par la Convention européenne des droits de l’homme. La citoyenneté européenne est exprimée formellement par le Traité de Maastricht (1992). Le Traité Constitutionnel Européen (TCE rejeté en France, au Pays-Bas et en Irlande) affirme que l'Union doit promouvoir la diversité de ses cultures, tout en "mettant en évidence l'héritage culturel commun".

Une identité sans frontières

Tout Etat peut prétendre adhérer à l’UE, s’il respecte la démocratie et l’économie de marché. Les frontières de l’UE restent indéfinies. Certains pensent que l’identité européenne ne peut pas reposer sur les seules Institutions communes. Des désaccords profonds sont apparus dans la discussion sur TCE. D’où le conflit d’idées sur l’héritage religieux et les tensions sur les questions de la Turquie et l'immigration.

Identité locale d’abord ?

Des études révèlent que les citoyens européens s'identifient avant tout à leur pays ou à leur région. Selon un Eurobaromètre sur le sujet en 2004, 47% des citoyens européens se sentaient à la fois citoyens de leurs pays et Européens. 41% se disaient exclusivement "nationaux" et 68% étaient fiers d'être européens. En général, les citoyens sont davantage attachés à leur pays (92%), à leur région (88%) ou à leur ville (87%) qu'à l'Europe. C’est peut-être une des raisons du faible taux de participation aux élections des députés européens.

Europe « nationale » ou Europe « constitutionnelle » ?

Les communautaristes estiment qu'une entité politique doit s’ancrer dans une histoire et une culture communes. Pour leurs opposants, cette vision conduit à des politiques d’exclusion, notamment à l’égard des immigrés d’origine extra-européenne. Le professeur Samuel P. Huntington y voit même un risque de "choc des civilisations".
Les républicains et certains libéraux défendent avant tout une culture politique commune, c’est-à-dire une identité qui repose sur la citoyenneté et sur des principes universels liés à notre organisation sociale et politique, ce que le philosophe allemand Jürgen Habermas appelle "patriotisme constitutionnel". Inconvénient : cette vision distingue artificiellement public et privé, subjectif et universel, personne et citoyenneté. La synthèse est-elle possible ?
Les penseurs constructivistes le croient. Selon eux, une identité européenne naîtrait des échanges intenses au niveau civique, politique et culturel. Cette idée motive en fait la construction du projet européen. Encore faut-il que l’Europe donne les moyens à ses habitants d’être en relation permanente les uns aux autres. Ce qui passe probablement par une éducation à la citoyenneté dans le respect de la diversité. C’est a priori le sens des politiques communes de l’Europe.

Prochain café citoyen de Nancy, le jeudi 27 novembre, sur le thème "protectionnisme contre libéralisme ?"

Laurent Watrin