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05/03/2007

Pour un pacte fédéral industriel

La crise d’Airbus intervient après 37 ans de règne (presque) paisible du consortium européen. En 1970, la communauté européenne s’est en effet dotée de l’industrie aéronautique la plus performente au monde, dans un contexte de croissance pour un secteur en devenir. Aujourd’hui, le marché a changé. Et la politique européenne aussi. Le constructeur européen doit supprimer des postes pour rester compétitif face à l'américain Boeing qui, lui-même, a connu déjà des périodes de restructuration.

Le plus alarmant, c’est peut-être l'inadéquation générale des réactions à la crise d’Airbus.

D’abord, il y a les réflexes nationalistes : les syndicats français dénoncent en priorité le mauvais coup porté à la France, qui « paie le plus lourd tribut : 4300 suppressions », comme on a pu le lire dans la presse ces derniers jours. Comme si l’Allemagne (3700 postes supprimés), la Grande-Bretagne (1600) et l’Espagne (400) avaient à se couvrir de gloire... ou de honte. Il est pourtant évident que c’est toute l’Europe qui y perd !

Ensuite, il y a les réponses des politiques en campagne : la nullité de Sarkozy (zéro proposition), le ridicule de Royal (financement du capital par les régions) ou le flou de Bayrou ("gérer Airbus autrement") ne donnent guère de lisibilité à une nécessaire action. Ces trois candidats semblent tous d’accord pour affirmer qu’il faut « revoir » le capital de l’entreprise franco-allemande. Et si on « renationalisait » Airbus comme dirait l’extrême gauche ? Bref, on vole plutôt bas pour sauver l'avionneur…

L’un des problèmes d’Airbus, c’est la double nationalité du groupe et le manque d’Europe dans sa gestion et ses perspectives. Aux Etats-Unis d'Amérique, si Boeing s’en sort - malgré des plans sociaux passés - c’est en priorité parce qu’il dispose d'un marché qui s’appuie sur des commandes publiques de l’Etat fédéral. Certes, la mondialisation vient perturber la donne. Mais sans un Etat fédéral capable de peser sur les logiques industrielles, comment faire ?

La crise d’Airbus, c’est une fois encore la démonstration que l’Europe qui fonctionne encore aujourd'hui par des coopérations nationales n'est plus adaptée. Elle engendre une concurrence néfaste entre pays (même avec un groupe commun).

Pourtant, l'économie européenne devrait pouvoir entrer dans l’ère de l’innovation par la constitution de grands groupes stratégiques au sein d’une Union fédérale. Tant que les Etats sauveront d’abord leurs intérêts propres, comme en ce moment, ce sera la foire d'empoigne et la pagaille. Et la mondialisation aura le dernier mot.

L’Europe a besoin d’un pacte fédéral industriel, qui reposerait sur des groupes comme Airbus. Et le pacte écologique européen permettrait de lancer un modèle d’innovation alternatif (si urgent). François Bayrou, qui a proposé ce type d’orientation dans un récent discours à Metz, aurait pu le rappeler lors de son passage à Toulouse, avant la manifestation des salariés d’Airbus.

Laurent Watrin

Écrit par eurocitoyen dans Actualités | Lien permanent | Tags : Airbus, pacte, industrie, avionneur, fédéral, Europe | |  Facebook | | |