21 mai 2009
Le choix et l'inconnu
Si vous êtes électeur en France, vous allez voter le 7 juin pour renouveler le parlement européen. Je vous souhaite d'y aller avec enthousiasme. Mais ce n'est pas évident. Petit tour d'horizon sur les enjeux de ce srutin à un seul tour.
Le parlement européen est l'institution démocratique la plus importante pour décider de notre avenir commun, en France et dans l'Union européenne. On peut avoir envie de sortir de l'Europe. C'est un choix ouvert en démocratie. Le nationalisme contre l'Europe, c'est ce que proposent certains candidats...
Mais si nous considérons que l'Union vaut mieux que le repli sur soi, et si nous mesurons les bienfaits de l'Europe et les possibilités qu'elle offre, alors posons-nous les bonnes questions.
1. Quel sera le futur fonctionnement de l'Union ?
C'est l'inconnue majeure, même après les élections du 7 juin. A l'heure qu'il est, le Traité de Lisbonne, qui permettrait de renforcer les pouvoirs des députés européens, n'est pas encore ratifié. Les Irlandais doivent voter de nouveau en octobre. Le président de la République tchèque attend ce résultat irlandais (!) pour ratifier le texte dans son pays. Et la justice constitutionnelle de l'Allemagne doit dire, dans quelques semaines, si le Traité est conforme aux lois fondamentales de la République fédérale allemande. La difficulté, c'est que ce Traité de Lisbonne doit recevoir l'unanimité des 27 Etats membres de l'Union pour être mis en oeuvre. Et si ce n'est pas le cas ? Il faudra des députés européens assez courageux et libres pour évoquer cette aberration, et tenter d'initier et d'accompagner quelque chose de neuf pour faire fonctionner l'Europe efficacement et démocratiquement, avec les peuples qui le souhaitent. C'est l'état d'esprit des candidats du Modem, car "une autre société est possible", même si ce n'est pas pour tout de suite (la démocratie, ça prend du temps).
2. Quel est le pouvoir des députés européens ?
Traité de Lisbonne ou pas, les eurodéputés n'auront toujours pas, après le 7 juin, l'initiative des lois européennes. Mais la plupart des lois élaborées au niveau de l'Union passent par eux. Avec le Traité de Lisbonne, presque plus rien ne se déciderait sans les parlementaires européens. Il faut aussi savoir que le parlement européen ne maîtrise pas ce qui relève de la politique nationale (social, organisation de la santé, éducation...). Méfions-nous des candidats du 7 juin qui disent qu'ils combattront à Strasbourg la politique de Sarkozy... Cela n'a rien à voir. Ca, c'est pour 2012 ! En revanche, les députés européens ont le pouvoir de refuser la Commission européenne. Les candidats du Modem veulent une commission capable de proposer des vrais projets d'intérêt général pour les citoyens européens. Petit rappel : la Commission Barroso, très libérale et qui a recentré la politique européenne sur la "cuisine" entre les dirigeants d'Etats, en laissant de côté le parlement européen, a été appuyée par les deux grandes formations politiques actuelles au parlement européen : le PPE (droite) et le PSE (gauche).
3. A quoi bon voter le 7 juin ?
Après le 7 juin, les eurodéputés français seront 72, sur un parlement de 736 sièges. On peut se dire que c'est peu. C'est vrai. Mais la façon de faire les lois en Europe permet à des députés courageux et travailleurs de faire basculer des majorités. Les partis classiques et les critères des Etats-Nations ont relativement peu de poids sur les grands projets votés par le parlement de l'Union européenne (on l'a vu pour le fameux "Paquet Telecom", ensemble de directives sur les télécommunication et l'internet). Conclusion : il vaut mieux voter pour des candidats qui connaissent le fonctionnement de l'Europe et qui proposent des engagements et des visions politiques réalisables, notamment pour faire face à la crise.
De l'info pédagogique ICI... et pour les électeurs de l'Est qui voudraient s'informer sur les choix des candidats du Mouvement Démocrate, rendez-vous le jeudi 4 mai à Shiltigheim (près de Strasbourg), Salle des fêtes, à 18h30. François Bayrou sera présent pour clore cette dernière grande réunion de campagne européenne.
Dans tous les cas, le 7 juin, allez voter !
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23 mars 2009
Combattre les adversaires de l'Europe
Sur le site de l'observatoire de l'Europe, on trouve un entretien éclairant avec le président tchèque, Vaclav Klaus, celui-là même qui a déclenché la colère des députés européens en prenant la parole devant l'assemblée, le 19 février dernier. Ce libéral conservateur a beaucoup d'amis politiques, de tous bords, à travers l'Union. Des amis de gauche et de droite qui considèrent l'Europe comme une machine à casser le moral des Nations. Que dit Vaclav Klaus, donc, dans cet entretien à l'Observatoire de l'Europe ? Que le Traité de Lisbonne emmène l'Europe vers "un État supranational" et que "c'est très précisément ce à quoi il s'oppose". Le représentant de l'Etat membre qui assure aujourd'hui la présidence de l'Union, et qui a été associé aux discussions sur le futur de l'Union, ajoute : "ce qui est clair, c’est que, d’une façon générale, nous ne sommes pas favorables à une centralisation européenne ou à de grands projets qui concerneraient l’ensemble du continent." C'est à se demander pourquoi la République Tchèque a voulu adhérer à l'Union européenne. Peut-petre parce qu'il y avait quelques sous à la clé... Vaclav Klaus, décidément personnage passionnant, a aussi écrit un livre. Un livre contre l'écologie, priorité de l'Europe depuis l'agenda 2000. L'ouvrage devrait sortir en français dans quelques mois. On a hâte de lire ça.
Citoyen, toi qui lis ces lignes, n'oublie pas qu'en juin, il y aura des candidats, en France ou ailleurs, qui pensent comme le président tchèque, même s'ils n'ont pas la même couleur politique que lui. A l'heure où l'Europe garantit nos libertés et permet aux régions de financer des projets durables, il est utile de combattre certaines positions rétrogrades et dangereusement nationalistes. Le 7 juin, en France, ceux qui luttent pour le bien de l'Europe et des citoyens de l'Union seront là aussi !
Laurent Watrin
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11 mars 2009
Europe fédérale
Depuis le début de la construction européenne, les fédéralistes pensent que l'Union doit aboutir à une unité politique telle que des projets européens puissent servir les citoyens d'Europe quels que soient leur nationalité et leur territoire de vie.
Du point de vue du fonctionnement des Institutions politiques, cela s'appelle le principe de subsidiarité. La subsidiarité, c'est le fait de donner volontairement un pouvoir au niveau supérieur quand on ne peut pas, soi-même, régler un problème. Le fédéralisme n'est pas un abandon de souveraineté, comme le crient trop souvent les anti-Européens. C'est au contraire le renforcement de nos souverainetés.
On le voit aujourd'hui clairement avec la crise, certaines urgences imposent un niveau fédéral de décision et de mise en oeuvre en Europe. L'écologie, l'investissement dans la recherche et la compétitivité, les grandes infrastructures de transport... nécessitent une mise en commun forte.
Ce n'est pas en s'enfermant dans certains débats idéologiques bornés qu'on sert l'intérêt général des peuples européens. Le thème des services publics, est un exemple frappant. "Nos" services publics ne sont absolument pas en danger à cause de l'Europe puisque - selon le principe de subsidiarité - ces services publics relèvent du niveau national et local. Autrement dit, c'est le gouvernement français qu'il faut mettre en cause, et non pas l'Europe.
La vraie question posée aux candidats qui veulent sieger au parlement européen, après les élections du 7 juin prochain, est celle-ci : voulez-vous une Europe politique plus forte dans une perspective fédéraliste ou bien voulez-vous une explosion de l'Europe de nature à resserrer la politique sur le champ national ? Le vrai clivage, aujourd'hui, ce n'est plus droite / gauche, c'est fédéralisme / nationalisme.
Peu de partis politiques sont clairs sur le projet européen qu'ils défendent. Si nous croyons à la construction européenne, ne nous trompons pas.
Laurent Watrin
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21 janvier 2009
Mauvaise nouvelle, urgence européenne
Comment freiner la crise ? La réponse sera européenne ou ne sera pas. D'après les prévisions de la Commission européenne, la zone euro devrait connaître une récession économique. C’est la première fois qu’un organe officiel européen affiche clairement l’ampleur de l'inquiétude collective. Barack Obama, avant même son entrée officielle en fonction, avait précédé les dirigeants européens dans l'annonce des conséquences du désastre venu des Etats-Unis.
Les conséquences probables de cette crise en 2009 pour l'Europe sont une forte hausse du chômage et des déficits publics dans tous les pays d'Europe. Le Produit intérieur brut (PIB) devrait reculer de 1,9% dans la zone euro, selon les économistes de Bruxelles. Ils envisagent ensuite une petite reprise économique, en 2010 (autour de 0,4%).
Selon le commissaire européen aux finances, Joaquim Almunia, "les mesures de stabilisation du marché financier, l'assouplissement des politiques monétaires et les plans de relance économique nous permettront d'enrayer la détérioration de l'économie cette année et de créer les conditions d'une reprise progressive au cours du second semestre de l'année". Et le commissaire précise : "la mise en oeuvre efficace de ces
mesures doit constituer notre priorité".
Le chômage dans la zone euro atteindrait 10,2% en 2010 (plus fort taux depuis la création de l’espace monétaire unifié). Dans certains pays, l'envolée pourrait être spectaculaire, toujours selon la Commission. En Espagne, le chômage devrait passer à 18,7% de la population active, contre 8% fin 2006. En France, il devrait monter jusqu'à 10,6%.
Sous l'effet de cette dégradation, et des dépenses liées aux plans de relance, Bruxelles prévoit une croissance des déficits publics, qui atteindraient 4,4% du PIB l'an prochain, en moyenne.
Plusieurs dirigeants européens estiment que les objectifs du Pacte européen de stabilité et de croissance doivent être respectés malgré les
plans de relance. C’est notamment le point de vue du gouvernement allemand, partagé par celui des Pays-Bas.
Quels que soient les cadrages bugdégaitres finalement retenus, les Européens convaincus peuvent difficilement se contenter d’une simple
coordination des plans nationaux. D'autant qu'elle semble difficile. Pour les partisans d’une Europe politique, un gouvernement économique fédéral devient nécessaire urgemment. C'est aussi une question démocratique. Les candidats de juin prochain poseront-ils cet enjeu clairement ?
En tout cas, si l’Europe ne se construit pas plus solidairement, elle risque d’en payer le prix fort. Et les nationalismes ne régleront rien.
Laurent Watrin
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25 octobre 2008
L'Europe sera-t-elle inspirée ?
La question de l'Etat fédéral européen est appelée au coeur de ce "carrefour" dans lequel nous sommes. Que voulons- nous pour notre espace commun ? Comment défendre nos valeurs ? Un Etat fédéral, peut-être, mais pour quoi faire ? Quel modèle de société réinventer ? Quelles inspirations nouvelles ?
Le clivage politique devient global. Il n'est même plus social contre libéral. Il n'est peut-être pas non plus jacobin centralisateur contre fédéraliste régionalisteur, mais plutôt valeur de la personne humaine contre absurdité d'un système qui nous précipite dans un mur, à grande vitesse et à l'échelle mondiale.
La situation apparaît pré-insurrectionnelle, comme l'avait d'ailleurs exprimé François Bayrou pendant la campagne présidentielle. Prenons garde aux relents d'une dictature de l'esprit, qui commencent toujours à se faire sentir en période de crise aigüe. La propagande risque de faire son oeuvre pour "acclimater" le peuple (joli mot si dévoyé) à l'idée de ne pas se plaindre et de ne pas imaginer autre chose...
Question écoLoNomique : comment dépasser le système financier délirant et rompre avec la mesure classique de l'économie réelle, fondée sur des valeurs ajoutées pas forcément utiles (un mort sur la route rapporte plus qu'un lit d'hôpital !).
Les citoyens peuvent, et doivent, agir avant de se faire berner. Difficile ? Pas tant que ça. Exprimons un peu de bon sens. Quelques propositions : défendons collectivement et incarnons individuellement les valeurs modernes de l'Europe que sont la paix et l'écologie (au sens économique des ressources pour tous). Si nous modifions notre vision de la valeur utile (ajoutée) des choses et des projets humains, alors on a peut-être une chance de proposer du neuf pour l'intérêt général et les générations futures, dans le respect des identités et dans la liberté des personnes. Le micro-crédit, l'économie sociale, les projets d'agriculture de proximité ont jeté quelques bases dans ce sens.
Le nouveau modèle est aussi un enjeu démocratique - au sens politiquement libéral. Aucun banquier, aucun tenant du système actuel, aucun Etat, aucun rapport de force nationaliste ne devrait décider sans demander l'avis du peuple. Et le seul bulletin dans l'urne ne suffira pas.
Il faut sans doute concevoir la mise en relation du système économique (productif) avec le choix des citoyens (la demande active réelle). Sortir de la consommation suscitée par la publicité et l'anxiété du besoin perpétuel et infondé. Il faut aussi donner de l'air à la participation locale du citoyen.
Quelques pistes : référendum d'initiative, multiplication du débat régional, réflexion sur le revenu d'existence universel, développement de l'économie de proximité, du micro-crédit personnel ou crédit souscriptif (= l'offre et la demande s'accordent dès le départ), et instauration de mesures négatives de la production (exemple : les productions les plus polluantes feraient baisser le PIB alors qu'elles l'augmentent aujourd'hui comme toute autre entreprise).
En attendant - sans vouloir endosser le rôle de Cassandre - constatons que l'économie classique est dans une sombre panade. Les PME les plus fragiles (celles qui embauchent et délocalisent très peu, ne l'oublions pas !) ne savent pas comment payer leurs factures. Les garanties nationales bancaires ne suffiront pas à régler la dette des dites banques. Et les grandes entreprises anticipent une crise longue en commençant à sacrifier "les troupes" (chômage technique annoncé chez Renault).
Le sacrifice n'est jamais bon pour la démocratie.
Alors, réveillons-nous ! On peut rêver, il est même temps : l'alternance est "jouable", mais pas en Bourse.
Laurent Watrin
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22 octobre 2008
L'Islande en crise pense à l'Europe
La crise financière provoque le débat en Islande sur une éventuelle adhésion du pays à l’Union Européenne. Les syndicats islandais y sont favorables. L’adoption de l’euro fait partie du débat. Selon un sondage national, 70% des Islandais interrogés souhaitent un référendum sur la question, et 49% des sondés souhaiteraient rejoindre l'Europe. Le Commissaire à l’élargissement, Olli Rehn, estime que les négociations d’adhésion pourraient s’ouvrir rapidement, l’Islande étant un pays démocratique européen et membre de l’Espace Economique Européen.
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02 octobre 2008
Crise bancaire et Europe fédérale
La crise financière mondiale, conséquence des faillites américaines, remet en question le modèle institutionnel de l’Europe. L’Union européenne n’est pas adaptée pour lancer un plan de sauvetage du système bancaire, comme le font les Etats-Unis d’Amérique. Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet l’a expliqué, ce jeudi 2 octobre. Le « grand argentier » de l'Europe est dans son rôle en soulignant que l’Europe n’a "pas de budget fédéral".
Ce propos renvoie à la question du modèle européen et de sa capacité à trouver des réaction en cas de crises aiguës. Seule une Fédération européenne pourrait avoir la légitimité et le poids suffisant pour réguler la finance mondiale.
La crise actuelle renvoie notamment à la question - sensible - d’un possible impôt européen, en remplacement de l'actuelle contribution des Etats au budget de l'UE. Que voulons-nous ? Une Europe du libre échange articulée sur la concurrence entre les Etats membres et les entreprises du Continent ? Ou bien une Europe qui s’intéressent aux grands équilibres pour l’intérêt général. Cela ne veut pas dire que l’Europe politique doit s’occuper de tout, mais qu’elle puisse trouver une juste réponse aux grandes menaces futures. C'est en fait la question d'un Etat de droit européen mieux armé qui est posée.
En attendant, les choix se font au cas par cas, pays par pays. Comme en Irlande, où le parlement a voté, ce jeudi, le principe d'une garantie nationale illimitée pour les grandes banques du pays qui seraient en difficulté. Le débat sur le sujet a été tendu au pays du boom économique et du « non » au traité européen. Les citoyens de l’Union seraient bien inspirés de porter le débat au niveau… fédéral.
Samedi 4 octobre, le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, a appelé les pays européens à agir ensemble face à la crise financière. Propos tenu après son entretien avec Nicolas Sarkozy, à Paris.
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18 juillet 2008
La Belgique en fête malgré la crise...
Le roi des Belges Albert II a refusé, jeudi 17 juillet, la démission du Premier ministre Yves Leterme. Le souverain belge, garant de la Constitution du pays, demande au gouvernement de « promouvoir au maximum les chances » d’un dialogue entre les deux grandes communautés linguistiques du pays pour régler la crise des Institutions qui paralyse la Belgique depuis un an. Le roi des Belges a nommé trois médiateurs chargés de définir, dans les deux semaines à venir, des garanties sur la bonne tenue des discussions entre néerlandophones et francophones.
La crise bute sur deux points essentiels. C'est, d'une part, l'organisation des élections dans la région de Bruxelles-Hal-Vilvorde : Les dernières listes de candidates ayant été constituées sur la base des frontières linguistiques, ce qui est inconstitutionnel. D'autre part, la répartition des compétences entre l'Etat fédéral et les entités fédérés divisent les partis et les communautés.
Entre un modèle confédéral et un fédéralisme rénové, le dialogue s'annonce délicat.
Lundi, 21 juillet, la fête nationale des Belges aura une tonalité particulière. Le drapeau belge est-il en sursis ?
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22 février 2008
Kosovo - Serbie : carrefour brûlant de l'Europe
Des manifestants serbes ont incendié, jeudi soir (21 février), l'ambassade des Etats-Unis à Belgrade. Un corps carbonisé a été découvert dans le bâtiment. Les forces de l'ordre ont dû contenir des violences dans plusieurs quartiers de la capitale serbe, toute la soirée, après un rassemblement contre l'indépendance du Kosovo, auquel 150 000 personnes ont participé. Bilan : 90 blessés à Belgrade, dont une trentaine de policiers.
Les Etats-Unis ont officiellement protesté et demandé aux autorités serbes de renforcer la sécurité de leur ambassade. D'autres ambassades occidentales, dont les pays ont reconnu l'indépendance du Kosovo, ont également été visées. La diplomatie américaine a été la première à reconnaître le nouvel Etat kosovar. Les dirigeants serbes ont reproché aux Etats-Unis de jouer le premier rôle dans l'indépendance du Kosovo.
L'Europe dans une position délicate
La Serbie et le Kosovo ne font pas partie de l'Union mais ces deux pays mettent l'Europe à l'épreuve, et contribuent à interroger la stabilité du Continent et la formation de sa politique commune. Ce vendredi 22 février, le représentant de la diplomatie de l'Union, Javier Solana, a indiqué que les négociations sur un accord d'association entre la Serbie et l'Europe ne reprendraient pas dans un climat de violence. C'est la parole minimale que l'on pouvait attendre de la part de l'Union.
Dans ce dossier, la politique commune européenne s'est mise dans une posture délicate depuis la déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo. L'UE a choisi de ménager ses divergences internes en n'organisant ni majorité, ni position collégiale. L'Union européenne en tant que telle n'a donc pas reconnu l'indépendance du Kosovo. Elle a préféré laisser à chaque Etat membre le soin de se prononcer unilatéralement. Fallait-il procéder ainsi, au risque d'entretenir le flou et les tensions locales entre Serbes et Kosovars ? Les Européens ont-ils tellement peur de réveiller les démons de l'Histoire qu'ils préfèrent la tiédeur des non-décisions ? On sait aussi que plusieurs pays de l'UE qui connaissent des problèmes avec leurs propres minorités indépendantistes (l'Espagne et la Grèce notamment) ne veulent pas entendre parler de reconnaissance d'un nouvel Etat sur le Continent. Celle-ci pourrait en effet créer un précédent.
Une porte ouverte aux tourbillons fous
Les valeurs de l'Europe, et son Histoire, plaident pourtant en faveur d'une attitude commune claire et ferme dans ce type de crise. Peut-être fallait-il reconnaître le Kosovo en bloc, ou au contraire condamner cette déclaration unilatérale d'indépendance ? Peut-être fallait-il affirmer que la négociation avec l'UE devrait passer par le préalable de la reconnaissance mutuelle des Etats serbe et kosovar ? En ne donnant aucun signal pour forger une réelle politique commune, respectueuse des identités des peuples et des cultures, l'Europe fait-elle le jeu du pire ? Au lieu de répondre à ces questions, l'absence d'Europe laisse la porte ouverte aux tourbillons les plus fous. La classe politique européenne, dans son ensemble gestionnaire plutôt que visionnaire, est la grande coupable de ce flou persistant. Le Traité de Lisbonne, qui n'est pas encore entré en vigueur, ne garantit pas de sortir de ce marasme.
Une fois encore, on a le sentiment que les passions nationalistes prennent le pas sur l'ambition de fédérer une Europe qui en a pourtant besoin. Et une fois de plus, les Balkans sont le centre du drame européen.
Laurent Watrin
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