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06/04/2010

Mélénchon a raison

(version revue et augmentée, 15h40, mardi 6 avril 2010)

Je sens que je vais encore me faire des amis. Tant pis.

D'abord une précision : Jean-Luc Mélenchon, d'un point de vue politique, est pour moi un adversaire de débat. Mais quand un adversaire sur le plan des idées affirme ce que l'on pense être une vérité sur le fond, il faut avoir l'honnêteté de reconnaître cette vérité.

Le philosophe Mélenchon, initiateur du Front de Gauche, vient de rappeler que les médias de masse, et les journalistes qui les servent, prennent souvent "les gens" pour des cons. Et les mêmes s'étonnent (ou font semblant de s'étonner) que la politique n'intéressent plus les "gens".

De quoi est-il question ?

Entre les deux tours des élections régionales, Jean-Luc Mélenchon s'en est pris à un jeune journaliste en herbe. La vidéo sort maintenant, notamment sur le site Rue89. Coup médiatique de plus ? Peut-être. Mais, dans tous les cas, fort intéressant. 

Sur la forme, Mélenchon n'aurait sans doute pas dû s'énerver et stigmatiser un jeune journaliste stagiaire. Mais la forme éclaire le fond. Et sur le fond, Mélenchon a raison : les journalistes, et les médias de masse, ont de plus en plus tendance à préfèrer le voyeurisme à l'intelligence, le sensationnel à la raison, l'émotion à l'empathie, le slogan à l'explication, l'exposé du fait divers à la compréhension du fait de société, la petite phrase au sens des mots, la marque à l'idée. Défendre l'intelligence et la longueur de temps pour traiter un sujet d'actualité, aujourd'hui, quand on est journaliste dans un "grand média" (qui doit vendre du papier, comme dit Mélenchon), est devenu quasi-impossible.

Pourquoi ? Parce que le métier de journaliste, hautement artisanal, demande du temps, des moyens matériels et humains. Tout le contraire de ce qu'apportent aux professionnels les grands médias qui ont pignon sur rue. Rue89, site internet à vocation rénovatrice (ou alors, j'ai mal compris), a probablement tort de défendre a priori le stagiaire Félix Briaud contre le responsable politique Jean-Luc Mélenchon. Le jeune homme qui exerce son métier n'est pas en cause personnellement ; il est otage d'un système qui le dépasse. Certes, Mélenchon n'a pas raison de le traiter de "petite cervelle". Il est plus question de courage que de cervelle en l'occurence.

Oui, il faut dénoncer la pauvreté d'esprit qui gangrène la sphère médiatique et laisse les citoyens dans une humeur de plus en plus détestable. Oui, il faut dénoncer l'intérêt commercial qui gouverne de plus en plus cette profession. Et oui, il faut mettre en cause, aussi, les problèmes de formation liés au métier lui-même.

Si la majorité de nos concitoyens avait la vie belle, ce ne serait pas si grave. Un regard ironique suffirait. Les dilettantes auraient leur moment de gloire. Si la médiatisation n'était que divertissement, aucun problème ! Mais notre société démocratique (ce mot a-t-il encore un sens ?) est plutôt mal en point, ces derniers temps, et les médias d'information, qui sont historiquement au coeur de cette société, sont également dans la panade. Mais, cela dit, je peux me tromper.

Laurent Watrin

Écrit par eurocitoyen dans Edito | Lien permanent | Tags : mélenchon, politique, citoyenneté, médias, modem, journalistes, presse, gauche, droite, centre | |  Facebook | | |