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03/09/2012

Le risque d'instruire

C’est la rentrée scolaire. Le nouveau gouvernement considère l’Education nationale comme une priorité. Ce discours, de gauche à droite, abreuve notre démocratie depuis des décennies.

La question des moyens – le budget au service du fonctionnement – influence la conduite du Ministère de l’Education nationale et masque souvent le but : la mission de l’école.

L’école est d’abord un lieu étrange pour l’enfant. L’établissement scolaire ouvre le cercle étroit de la famille, la jeunesse s’y trouve confrontée à la diversité. L’enseignant offre à l’élève une vision neuve.

Derrière ce cadre général apparaît la finalité de l’école : l’accès au savoir pour tous.

En démocratie – régime politique né de la conversation - le rôle de l’école consiste à instruire. C'est-à-dire préparer, donner des outils à l’esprit ; et d’abord les bases du langage et de l’écriture.

Née du tumulte de la Révolution française, la notion d’école républicaine, affranchie des dogmes, est exposée de manière particulièrement pertinente chez Condorcet (1743-1794), salué par le travail de Bernard Jolibert.

Les professeurs de la République sont censés former des citoyens libres et responsables, capables de faire des choix, maîtres de leur vie, doués de réflexion et, au fond, aptes à discuter avec tous les pouvoirs – politique, économique, syndical, religieux, scientifique.

Instruire n’est pas seulement éduquer  ("élever, former et conduire", selon l’étymologie latine).

A l’école, instruire présuppose exigence et rigueur, compétence et vocations des « instructeurs », et ouverture sur le monde sans parti pris ni asservissement aux modes du monde. Les nouvelles technologies changent la donne, dira-t-on. Mais certainement pas la mission de l’école. Internet est un autre lieu étrange qui devient lui-même un objet d’instruction.

Instruire est une mission qui requiert un certain conservatisme : pas question de transformer l’école en simple espace de « vivre ensemble » où l’on apprendrait uniquement à se « comporter correctement » pour garantir la paix sociale. On ne formerait alors que des consommateurs du système en place. L’Histoire montre hélas que « l’ordre de la cité » peut passer par le "simple" endoctrinement des masses. En France, après la défaite de 1870, on faisait défiler les écoliers avec des fusils de bois pour galvaniser l’esprit de revanche sur le vainqueur allemand, préoccupation des dirigeants de l'époque...

Instruire en démocratie doit représenter à la fois un sanctuaire institutionnel et un risque pour l’ordre établi. Ce risque, l'Etat doit le prendre pour mettre en œuvre la liberté de ses citoyens.

Imaginer des sorties de crises passe aussi par ce risque. C'est peut-être le meilleur chemin pour « refonder la République par l’école » selon la formule de rentrée du ministre Vincent Peillon, bon connaisseur de Condorcet…

Laurent Watrin