06 mai 2009

La droite européenne freine une avancée sociale

Un projet sur le congé maternité repoussé après le 7 juin 

Le Parlement européen vient de renoncer (mercredi 6 mai) à un projet ambitieux concernant la durée du congé maternité dans l’Union européenne. Le texte proposait un minimum de 20 semaines de congé maternité et un congé paternité de deux semaines, dans toute l'Union. L'Allemagne, qui applique le minimum européen actuel (14 semaines de congé maternité) était contre ce projet, critiqué par plusieurs autres Etats membres. En première lecture, au parlement de Strasbourg, le texte est renvoyé en commission, à la demande des eurodéputés conservateurs (le groupe PPE où siège les élus de l'UMP).

La procédure législative repart donc à zéro. C'est le futur parlement, sorti des urnes après les élections du 7 juin, qui l'examinera de nouveau.

02 mai 2009

Liberté chérie : vive l'Europe

Le projet de loi français baptisé « hadopi » est révélateur. Avec ce texte, la ministre de la culture, Christine Albanel, propose d’instaurer une autorité admnistrative pour sanctionner les délinquants de l’internet. Il s’agit de protéger la création intellectuelle et les œuvres artistiques en évitant les téléchargements illicites. Bien sûr, il faut respecter les auteurs et leur permettre de vivre sans se faire pirater.

Les infractions sont déjà sanctionnées aujourd’hui par la loi française. La peine peut atteindre 3 ans de prison et une forte amende pour les pirates les plus costauds. Mais le projet « hadopi » introduit une logique différente : après deux rappels, un comité – désigné par le gouvernement – couperait la connexion internet du délinquant.

La ministre s’en moque

La France est ici en rupture avec les principes de la démocratie. Le parlement européen vient de le rappeler de façon éclatante. Par 573 voix, contre 74, les eurodéputés ont adopté un amendement qui rappelle la nécessité de passer par une autorité judiciaire, avec possibilité de recours pour la personne poursuivie.

Christine Albanel écarte l’argument d’un revers de main. La ministe affirme que « le conseil de l’Union européenne (ses collègues ministres de l’Europe) approuve majoritairement le projet de la France ». Ce qui signifie, cher concitoyen, que notre gouvernement français préfère l’Europe des Etats, contre l’Europe des citoyens et des représentants du peuple. Le parlement européen est-il, encore une fois, le paillasson des arrangements entre dirigeants des Etats ?

Position française honteuse

Quelle est cette démocratie qui tente d’imposer des autorités administratives en lieu et place de la justice ? Quelle est cette démocratie qui piétine à chaque fois qu’elle le peut les principes fondateurs de la liberté qu’elle a pourtant portés en Europe ? Pourquoi cette démocratie méprise-t-elle les parlementaires européens, ces femmes et ces hommes qui préparent - avec une grande liberté d'esprit et de conscience pour la majorité d'entre eux - 75% des lois transposées ensuite dans notre droit national ?

Le faux débat sur « Hadopi » est à rapprocher de la tendance générale de Nicolas Sarkozy : la recentralisation du pouvoir. Ce que François Bayrou nomme, avec raison, un « abus de pouvoir », titre du dernier ouvrage du député des Pyrénées-Atlantiques.

Le débat sur le projet de loi « hadopi » (repoussé une première fois faute de majorité UMP...) reprend ce lundi à l’assemblée nationale. Si le texte est adopté, la France se met hors jeu de l’Europe. Dernière question : cette loi est-elle techniquement applicable ? Des spécialistes de l’internet ont déjà répondu.

Laurent Watrin

---- Rendez-vous -----

Vive les congés et la liberté de parole ! J'aurais le plaisir de retrouver ceux qui le souhaitent, à Malzéville (près de Nancy), lundi 4 mai, à 20h30, salle des Fêtes, pour un échange sur le thème "Libertés et démocratie, l'importance de l'Europe", en compagnie de Fabienne Nicolas, juge d'instruction, déléguée du Syndicat de la Magistrature.

11 mars 2009

Europe fédérale


Depuis le début de la construction européenne, les fédéralistes pensent que l'Union doit aboutir à une unité politique telle que des projets européens puissent servir les citoyens d'Europe quels que soient leur nationalité et leur territoire de vie.

Du point de vue du fonctionnement des Institutions politiques, cela s'appelle le principe de subsidiarité. La subsidiarité, c'est le fait de donner volontairement un pouvoir au niveau supérieur quand on ne peut pas, soi-même, régler un problème. Le fédéralisme n'est pas un abandon de souveraineté, comme le crient trop souvent les anti-Européens. C'est au contraire le renforcement de nos souverainetés.

On le voit aujourd'hui clairement avec la crise, certaines urgences imposent un niveau fédéral de décision et de mise en oeuvre en Europe. L'écologie, l'investissement dans la recherche et la compétitivité, les grandes infrastructures de transport... nécessitent une mise en commun forte.

Ce n'est pas en s'enfermant dans certains débats idéologiques bornés qu'on sert l'intérêt général des peuples européens. Le thème des services publics, est un exemple frappant. "Nos" services publics ne sont absolument pas en danger à cause de l'Europe puisque - selon le principe de subsidiarité - ces services publics relèvent du niveau national et local. Autrement dit, c'est le gouvernement français qu'il faut mettre en cause, et non pas l'Europe.

La vraie question posée aux candidats qui veulent sieger au parlement européen, après les élections du 7 juin prochain, est celle-ci : voulez-vous une Europe politique plus forte dans une perspective fédéraliste ou bien voulez-vous une explosion de l'Europe de nature à resserrer la politique sur le champ national ? Le vrai clivage, aujourd'hui, ce n'est plus droite / gauche, c'est fédéralisme / nationalisme.

Peu de partis politiques sont clairs sur le projet européen qu'ils défendent. Si nous croyons à la construction européenne, ne nous trompons pas.

Laurent Watrin

02 mars 2009

L'Europe des citoyens contre le mépris


Pas facile d’être député européen sous la présidence d’un eurosceptique notoire.

Le discours prononcé devant le parlement européen (le 19 février) par Vaclav Klaus, le président tchèque, qui mène le Conseil européen jusqu’à fin juin, est « un réel affront pour les parlementaires » comme l’écrit la députée Modem Nathalie Griesbeck, sur son site internet. L'élue lorraine a d’ailleurs quitté l’assemblée, comme ses collègues.

En effet, il y a de quoi être en colère devant certains propos extrémistes et contradictoires. Le dirigeant ultra-libéral tchèque dénonce à la fois un "déficit démocratique" et refuse de signer le Traité de Lisbonne. Le texte prévoit pourtant le renforcement du rôle du Parlement. Vaclav Klaus compare aussi l’Union à une entreprise totalitaire. Et il accuse l'intégration européenne d'accélérer la crise économique et financière… *

La vérité, c'est que sans l'Europe (même imparfaite) et sans monnaie unique (même si les prix ont parfois grimpé), les pays européens seraient encore plus frappés par la crise. Si chacun dans son coin devait encore gérer sa monnaie nationale dans un marché ouvert à tous vents, ce serait le règne de l'ultra-concurrence, à coup de dévaluations successives, catastrophiques pour les politiques sociales.

Ok, l’Europe n’est pas parfaite. Oui, elle manque de coordination réelle. Mais on ne peut pas l’accuser, sincèrement, de favoriser la crise actuelle. L’arrogance d’un président anti-européen n'arrêtera pas l’espoir. En juin prochain, les citoyens auront l’occasion d'exprimer le projet commun qu'ils souhaitent.

23 septembre 2008

Une télé eurocitoyenne

C'est une bonne nouvelle pour les citoyens de l'Union européenne. Le parlement européen lance sa télévision sur le web. 4 séries de programmes traduits en 20 langues, des retransmissions des débats en session plénière et des discussions en commissions ; la voix et l'image de l'Europe citoyenne a donc trouvé sa vitrine. Organe officiel ? On peut le voir ainsi. Mais c'est une bonne nouvelle pour le débat européen et ça n'empêche pas l'esprit critique.

Un coup d'oeil à la télé européenne, c'est ICI

18 juin 2007

Principe de réalité contre principe de précaution

Les 27 ministres de l’agriculture de l’Union européenne ont conclu un accord, mardi 12 juin, pour un nouveau règlement sur les productions biologiques. Une concession est faite aux OGM. A partir de 2009, des dérogations seront possibles pour utiliser des pesticides de synthèse et des intrants issus d’OGM, pour les cas où des équivalents non transgéniques n’existeraient pas.

Le Conseil européen a aussi décidé d’appliquer un seuil de tolérance pour la contamination accidentelle des produits bio par des OGM. Ce seuil est fixé à 0,9% d’un produit, comme pour l’agriculture conventionnelle.

Les parlementaires de l’Union avaient largement refusé toute trace d’OGM dans l’agriculture bio (611 voix contre, 61 voix pour). Mais cette vision idéale de l’agriculture biologique - soutenue par les voix démocratiques de l'Europe - ne résiste pas à l’épreuve des faits. Comme chacun sait, les oganismes génétiquement modifiés «voyagent» partout. Il est impossible de garantir un produit agricole 100% sans traces génétiquement modifiées. D’où la décision pragmatique du conseil européen. On peut la contester mais elle est "raisonnable".

En réalité, l’Europe fait ce qu'elle peut pour lutter contre les OGM en agriculture. La Roumanie, qui avait misé sur le soja génétiquement modifié pour doper une économie toujours très agricole, a été obligée de revoir sa politique depuis son intégration dans l’UE. Le gouvernement roumain, avec l’aide de l’Europe, accorde aujourd’hui des compensations financières (250 € / ha) aux producteurs de soja pour qu’ils abandonnent les cultures OGM et se reconvertissent. Environ 200 000 ha de cultures sont concernées en Roumanie. Mais la « pollution » OGM entraînée par ces parcelles est réelle.

Les OGM agricoles posent un problème d’environnement mondial. Face à ce problème, l’Europe ne peut pas se permettre la désunion. Mais la réalité, c’est que la firme américaine Monsanto, qui a notamment vendu aux Roumains des semences de soja OGM, a obligé l’Europe à accepter une pollution de fait.

Sans un gouvernement européen fort, sans une politique économique européenne capable de peser face aux Etats-Unis d'Amérique, comment imaginer des garde-fous contre des politiques commerciales agressives à l'égard d'une agriculture préservée ? Un traité européen simplifié, tel que le souhaite le président français Nicolas Sarkozy, sera-t-il suffisant pour prendre les bonnes décisions dans ce domaine ?

En attendant, là où Monsanto a testé ses semences et ses pesticides, les agriculteurs Bio « contaminés » sont condamnés à disparaître.