20 septembre 2009

Encore un coup du centralisme...

Certaines réformes se font presque sans bruit mais elles racontent le "plan" en vigueur au sommet de l'Etat français en ce moment. C'est un plan de recentralisation, dans de nombreux domaines. Le pouvoir en place lance un message récurrent : les collectivités locales n'ont qu'à bien se tenir.

La politique de la ville bousculée

Il y a dix ans, le gouvernement français reconnaissait la profession d'urbaniste, avec la création de l'Office Professionnel de Qualification des Urbanistes. Parallèlement, une loi renforçait la coopération intercommunale pour la solidarité urbaine et la cohésion sociale. La politique de la ville avait souffert pendant longtemps d'une centralisation extrême. Les actes successifs de la décentralisation avaient permis d'éclairer les dossiers selon les besoins locaux, avec la compétence d'urbanistes formés - pour beaucoup - à l'Université. Ils sont environ 1500 aujourd'hui : professionnels de l'analyse, artisans de l'avenir des villes, acteurs du renouvellement urbain, conducteurs de projets territoriaux, tous au service de la proximité et des élus locaux.

La loi sur l'environnement, dite "Grenelle 2", envisage de revoir la cohérence territoriale de l'urbanisme. Théoriquement, à l'heure des politiques régionales de l'Europe (qui financent une bonne part des projets de cohésion territoriale et de développement durable), les urbanistes devraient être confortés dans leur mission au sein des collectivités territoriales. 

Discret décret

Mais le "plan" en route, en ce moment, dans notre pays vient contredire ce mouvement utile. Un décret du gouvernement (n°2007-196 du 13 février 2007) empêche les urbanistes diplômés de l'université d'accéder au concours d'ingénieur territorial en urbanisme. Motif : les urbanistes formés à l'université ne seraient pas suffisamment qualifiés techniquement ! 

Il y a quelques semaines, 1600 diplômés en urbanisme et aménagement du territoire ont donc reçu un courrier du centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) leur expliquant que leur cursus universitaire ne leur permettait pas de se présenter au concours.

Réaffirmer la politique de décentralisation

Manifestement, il s'agit d'une atteinte, à peine déguisée, au principe de libre administration des collectivités territoriales, socle de la décentralisation. Des élus Modem sont les premiers mobilisés pour défendre l'urbanisme comme compétence au service de la décentralisation.

L'urbanisme n'est pas une politique d'Etat, c'est une politique publique locale. Voilà le sens d'une pétition qui commence à circuler et qui demande à ce que, dès 2010, les urbanistes formés par l'université puissent de nouveau voir leurs diplômes reconnus et se présenter au concours d'ingénieur de la fonction publique territoriale.

Pour en savoir plus et soutenir cette pétition, rendez-vous sur http://www.acces-urbanistes-fpt.fr

Laurent Watrin

18 septembre 2009

L'utopie s'invite au café citoyen

cafe190909.pdf

Faut-il une utopie pour sortir de la crise ?

Thème du café citoyen de Metz, ce samedi 19 septembre, à 15h, au café Jehanne d'Arc, place Jeanne d'Arc.

Venez pour échanger des idées ou tout simplement pour écouter

 

21 août 2009

Allocation de rentrée scolaire : et après ?

 REFONDER LE SYSTEME SOCIAL GRACE A UN REVENU D'EXISTENCE    
 
Tandis que l'allocation de rentrée scolaire vient d'être versée, des comités citoyens et des économistes relancent l'idée d'un Revenu d'Existence inconditionnel qui pourrait remplacer une partie des prestations, pour une plus grande justice sociale.   
 
L’allocation de rentrée scolaire (ARS) est attribuée cette année à près de 2 millions 900 mille foyers français. Cette aide de l'Etat - versée aux foyers dont le dernier revenu déclaré ne dépasse pas 55% du SMIC - s'échelonne entre 280 et 306 euros par enfant scolarisé, en fonction de l'âge des enfants. L'ARS représente un coût global pour la collectivité de 1,5 milliard d'Euros.  L'Etat français verse près de 150 allocations, selon des critères complexes. Leur gestion et leur contrôle coûtent sont très coûteux. Ce système d'allocations, justifié en son temps, apparaît aujourd'hui dépassé.
 
Les ressources de l'État sont en diminution tandis que les revenus d'activité stagnent, voire diminuent depuis 30 ans. Le pouvoir d'achat des plus pauvres n'est guère amélioré par les prestations sociales. Par ailleurs, il semble illusoire d'attendre, à moyen terme, le retour de la croissance pour entraîner des créations d’emplois et une augmentation souhaitable des ressources fiscales.
Comment sortir de la course à l’endettement des ménages, des entreprises et de l'Etat ?
Comment rendre les citoyens plus libres et plus responsables à la fois ? 
 
L’Association pour l’Instauration d’un Revenu d’Existence (A.I.R.E.) propose un choix qui tente de répondre à ces deux questions, en réconciliant le revenu d’activité et la redistribution : il s'agit de verser un Revenu d’Existence, sans condition particulière, à tout citoyen, tout au long de sa vie. Ce revenu individuel serait cumulable avec les autres revenus de la personne. Le Revenu d'Existence a été calculé par Yoland Bresson, dès 1983, et confirmé par plusieurs économistse et experts. L'idée d'un tel revenu citoyen commence à entrer dans la réflexions de nombreux militants d'associations et de partis politiques divers. 
  
Le principe est simple : fusionner la plupart des allocations en une seule, versée à tous les citoyens, actifs ou non. Un tel système, qui porte en lui-même une révolution psychologique, tend à réduire considérablement les frais de la collectivité liés aux système de redistribution actuel. Le principe du revenu citoyen introduit aussi la possibilité d'une réforme de la fiscalité en profondeur. Ce qui n'a jamais pu être fait jusqu'à présent.
 
Rien n'est évident dans une proposition neuve mais le débat mérite d'être ouvert, à l'heure de la crise financière et du désarroi de millions de familles, pour lesquels les mécanismes de solidarité manquent souvent de pertinence. L'entrée en vigueur du RSA n'est peut-être un pas de plus vers un autre système.
 
La prochaine étape pourrait être le Revenu d’Existence. Indexé sur  la richesse nationale, ce revenu n’est pas une allocation mais une rente citoyenne qui permet de replacer l'Homme au centre des préoccupations politiques. Il ouvre le champ à d'autres horizons politiques, et à d'autres choix de société, en dehors des clivages classiques, sur l'égalité des chances, les parcours professionnels, les relations entre les salariés et les entreprises, la place des associations et du lien social.
  
Le gouvernement a été approché par l'A.I.R.E il y a quelques mois. Les services du premier ministre ont commandé une étude de faisabilité sur le revenu d'existence. A ce jour, aucun rapport n'est publié.

10 août 2009

Sauver le monde ?

« On ne peut pas sauver le monde ». Voilà ce que dit ma mère, lorsqu’elle trouve que je parle un peu trop de politique. Elle a sans doute raison. Car On ne peut pas grand-chose. D’abord « On est un con ou un salaud», comme disait une ancienne institutrice, qui avait lu Jean-Paul Sartre. Le On c'est l’abandon de l’originalité de l’homme, le déni de sa singularité, la négation de sa liberté de regarder et de penser le monde.

 

 

Le salut du monde n’est-il pas le fruit d’une vision humaine ? Bien sûr, la plupart du temps, nous sommes nombreux à faire ce qu’on peut. Volonté limitée, désirs insatisfaits. Pour Arthur Schopenhauer, la majorité des hommes ne connaît pas « les joies de la pure intelligence » et « le plaisir de la connaissance désintéressée les dépasse : ils sont réduits au simple vouloir (…) action et réaction, voilà leur élément unique ».

 

 

Dans son Utopia (mot inventé) publiée en 1516, le chancellier anglais Thomas More lance un appel pour sauver l’humanité. La vision de More décrit les habitants de cette Utopie, territoire si bien gouverné, comme des hommes et des femmes « aiguisés par les lettres », ayant une aptitude au progrès. En pleine Renaissance, Thomas More fonde la société sur les principes de la connaissance et des institutions communes aux hommes d'un même pays.

 

 

Les hommes de bonne volonté, pour reprendre un titre de Jules Romains, n’ont-ils pas pour ambition de sauver le monde ? c’est-à-dire, de changer les règles du jeu pour que l’homme soit plus libre ? Comment refuser l’audace d’un honnête homme à « sauver le monde » ? Sans oublier la prudence, avec humour, si possible, grâce à Michel Audiard, par exemple : « les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ».

 

 

La société libérale et la démocratie sont censées limiter la progression de la bêtise, par le dialogue et le compromis. Dans ce régime du vivre-ensemble, les ambitions – individuelles ou collectives - confrontent pacifiquement leur manière de sauver le monde. A mon niveau, ma conscience de ce qui existe et de ce pour quoi j’agis peuvent participer, humblement, au salut du monde. Cela suppose un certain confort matériel pour pouvoir penser à autre chose qu'à survivre, et un certain niveau d'éducation afin de favoriser l'expression du libre-arbitre. Car si je n'ai plus rien, je n'aurais probablement que la volonté (au sens de Schopenhauer) de casser le monde. 

 

L’Histoire nous enseigne que les intentions de sauver le monde peuvent se révéler destructrices. Le XXè siècle a connu des totalitarismes qui prétendaient refaire le monde. Ce fut au prix de la mort de millions d’hommes, car le on d’une globalité déshumanisée était devenu plus important que la personne humaine et ses utopies de mieux vivre ensemble. Albert Einstein pensait que le monde serait «de plus en plus dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal mais à cause de ceux qui regardent sans rien dire ». Albert Einstein aurait pu être ma mère... Si un jour je tombe dans la rue et que personne ne vient à mon secours, c’est peut-être que la société des hommes que j’ai rêvée n’existe pas. Dans ce cas, pour quoi - ou avec qui - vivre ? « Il n’y a pas d’amour dans un monde malheureux », écrit Raoul Vaneigem, leader du mouvement situationniste. "Vivons heureux en attendant la mort", répond Pierre Desproges.  

 

Ma mère a raison : on ne peut pas sauver le monde, mais la conversation des hommes peut contribuer à son salut. 

 

Si vous voulez exercer l'expression de votre libre-arbitre, rendez-vous à Metz, le samedi 19 septembre, à 15h, café Jeanne d'Arc, pour le prochain café citoyen, sur le thème : "faut-il une utopie pour sortir de la crise ?". Merci à M. Jacques Pailler pour avoir proposé ce beau sujet de réflexion, adopté à la majorité des participants du dernier café citoyen.

 

Laurent Watrin

09 juillet 2009

Café Citoyen : le parlement du peuple

Le café citoyen est bien plus qu'un "café du commerce".
Depuis une dizaine d'années, l'association Nouvelle Arcadie, qui s'organise petit à petit en fédération, favorise le développement de ces espaces de débat sur des sujets de société. Réhabiliter la politique, au sens noble du terme, voilà l'ambition de ces cafés citoyens qui se déroulent dans des lieux publics. Le premier d'entre eux a été créé à Caen. L'association locale organise des débats chaque mois. A Metz, Nancy, Arlon (Wallonie), des citoyens européens ont suivi le mouvement. A Metz, le café Jeann d'Arc joue le jeu à fond. Les patrons du lieu participent même au débat ! On compte aujourd'hui une bonne dizaine de cafés citoyens, régulièrement actifs, en France. D'autres cafés citoyens se réunissent de manière irrégulière. D'autres encore sont en projet. 
 
Respect de la parole
 
La méthode et les principes retenus permettent d'assurer la qualité des échanges : tout citoyen peut s'y exprimer librement et faire évoluer les idées - les siennes et celles des autres. Dans cet espace commun, l'écoute est une valeur reine, il n'y a pas a priori de paroles "d'expert". Un spécialiste qui se trouve dans l'assistance peut éclairer le débat de façon spécifique. Mais il n'est pas au centre du sujet, ni la référence incontournable. L'humilité est une autre valeur fondamentale.
 
Préparation et organisation
 
Le café citoyen se prépare. Les participants choisissent les sujets discutés. Ils votent, à la majorité, le débat proposé pour le rendez-vous suivant. La personne ayant lancé l'idée du sujet retenu est censée préparer une introduction à la discussion. La tenue du débat est assuré par un animateur du café citoyen. Celui-ci prépare le sujet, lui aussi, la plupart du temps ; il distribue la parole et veille à ce qu'on ne coupe pas l'interlocuteur qui parle. L'animateur recadre aussi les débats, autant que possible, grâce à des faits, des éclairages d'actualité, des relances et des questions. Au café citoyen, on peut aussi venir simplement pour entendre les autres. La compréhension mutuelle, le pluralisme et l'absence de prosélytisme sont des règles d'or. Le café citoyen donne lieu à des synthèses et parfois même des propositions nouvelles pour le débat démocratique. "Ici j'apprends des choses et je fais évoluer ma réflexion ; pour moi qui n'ai pas fait de grandes études, c'est une bouffée d'oxygène" raconte un participant désormais fidèle du café citoyen de Metz. La méthode commence à faire ses preuves. Le café citoyen est bien plus un parlement du peuple qu'une conversation de bistrot.
 
Prochain débat à Metz : samedi 18 juillet sur le thème : "quelle place pour la religion dans notre société laïque ?"
Rendez-vous au café Jehanne d'Arc, place Jeanne d'Arc à 15h, samedi 18/07.

04 juillet 2009

Devoir de vacances

Le langage trahit-il la pensée ?

C'était l'un des sujets du bac. Tant pis pour les règles académiques, tentons tout de suite une conclusion : non seulement le langage trahit la pensée mais... c'est sa vocation !

L'idée pensée est trahie, transformée, transfigurée par le fait d'être communiquée. Communiquée, au sens étymologique : mise en partage. Partage : traduction par l'Autre - individu ou groupe, intentionné ou pas - donc trahison pour soi et potentialité nouvelle pour et avec les autres.

Et à quoi peut bien servir ce langage traître de la pensée ?

En principe et en humanité : à produire du débat et du sens. Pour soi, pour l'autre, pour vivre ensemble. Avec le partage, il y a un nouveau sens possible, qui n'est ni tout à fait le mien, ni tout à fait le tien, mais encore autre chose. Certains appellent cela le progrès. Disons, pour être neutre : l'évolution.

Résumons : le langage est donc trahison de la pensée pour faire société. Dès lors, cette trahison peut être stimulante (âge d'or de la pensée), acceptable (consensuelle) ou scandaleuse (terrorisme de pensée unique). La trahison de la pensée se fait espoir ou insulte.

Lorsque la confiance existe, le vivre ensemble est possible. Confiance en soi, confiance en l'autre, confiance dans un modèle de partage (nos Institutions). Hélas ! Il semblerait que nous vivions - de manière éclatante et froide depuis la crise financière (finance = langage d'échange) - dans un monde où le langage ne trahit plus grand chose.

Car il y a crise de confiance.

Et la confiance perdue n'accepte aucune trahison. Que nous reste-t-il ? La pensée du vide : la publicité. Celle-ci a des visages différents. Elle est commerciale (seins nus par ici) ou idéologique (burqa par là). En tout cas, elle est négation de l'Homme qui parle et qui pense.

Dans ce monde - totalitaire par essence - le langage n'est qu'un flux, un slogan, un logo, une image, bref une force de frappe au profit d'un Emetteur en direction d'un Récepteur : le Consommateur. Il gobe et se tait (en temps de paix), tout comme le soldat encaisse les coups (en temps de guerre).

Moralité : citoyen, redeviens un traître, exprime-toi ! C'est urgent. Sinon, ça va faire mal.

Du moins je le pense, et je vous autorise à trahir ma pensée.

Laurent Watrin

(Pour les royalties, voyez mon agent de change...)

27 juin 2009

Les "Ni-Ni", les "Na !" et les autres

Le sénateur Jean Arthuis lance un nouveau parti. Un de plus. Ca s'appelle "Alliance centriste". Le congrès fondateur du mouvement vient de se tenir à Paris. L'ancien ministre de l'économie, qui n'a voulu rejoindre ni le Nouveau Centre (partenaire de l'UMP) ni le Modem (allié de personne) serait-il en train de vouloir refonder l'ancienne UDF ?

L'article premier des statuts de cette "Alliance" précise que le mouvement a vocation "à promouvoir l'unification des formations centristes". Ses valeurs sont "humanistes, sociales, libérales et européennes". Et Alliance Centriste met aussi en avant le "développement durable et l'économie sociale de marché".

C'est comme au Modem, en somme !

Le nouveau président de ce nouveau micro-parti (200 participants au Congrès fondateur) déclare : "la crise doit être un électrochoc pour rompre avec nos utopies, notre religion de l'hyper consommation". C'est marrant : on a déjà entendu ça, dès 2007, chez François Bayrou et Corinne Lepage. Et, depuis, bien d'autres affirment, peu ou prou, la même chose régulièrement.

Mais, la grande nouveauté c'est que grâce à Jean Arthuis - ô citoyen ! Toi qui recherche le grand frisson politique ! - tu vas pouvoir choisir un positionnement vraiment révolutionnaire : le Ni-Ni-Na !

Car l'Alliance centriste c'est une façon juste et saine d'exclure tout ce qui n'est pas centrisme doctement estampillé, tout en incluant tout ce qui pourrait l'être sans en avoir l'air, à condition que ceux qui pensent à gauche penchent à droite et vice-versa !

Oui, non, peut-être ? Vous ne comprenez rien ? Normal, la politique, c'est très compliquée, trop compliquée pour vous. Laissez tomber.

Le jour où l'on aura enfin relégué aux oubliettes les vieux schémas, on pourra parler rééllement d'alliances. Alliances autour de projets, élaborés par des citoyens conscients, organisés pour bâtir des possibilités de "vivre-ensemble", sans forcément suivre un chef. Pas des alliances autour de personnalités qui lancent des partis uniquement pour exister.

Bref, vivement la VIè République, parlementaire ! En attendant, Nicolas Sarkozy et ses amis peuvent continuer à s'amuser.

18 mai 2008

De la vraie place du centre

Le Nouveau Centre a tenu ce week-end son congrès fondateur à Nîmes. Le ministre de la Défense, Hervé Morin, a été élu à la tête du parti, avec 87% des voix. Le chef des troupes "néo-centristes" a rappelé que les premiers ralliés du NC, issus de l’UDF, avaient quitté François Bayrou quand celui-ci avait annoncé qu’il ne voterait pas pour Nicolas Sarkozy, au second tour de la présidentielle. Aujourd’hui, le traître du PS Eric Besson pourrait rejoindre le Nouveau Centre.

Avec ses 7 mille adhérents revendiqués et ses 22 députés alliés de l’UMP, le NC revendique « l’héritage de l’ancienne UDF » et un positionnement de « centre solide arrimé à droite » selon les termes de François Sauvadet, président du groupe NC à l’assemblée nationale.

Quelle est la philosophie de cet étrange parti ? « Mieux vaut essayer de faire bouger les choses de l’intérieur » dit Maurice Leroy, lui aussi ancien compagnon de route de Bayrou. Mais qu’a changé réellement le Nouveau Centre annexé par Sarkozy ? Le chef de l'Etat n'a d'ailleurs pas l'intention de voir prospérer ce mouvement... Et demain, si le MoDem ou le PS prennent le pouvoir, le NC voudra-t-il toujours faire bouger la politique de l'intérieur ou continuera-t-il à affirmer son "arrimage" à droite ?

De ce congrès pseudo-centriste, on peut tirer une double conclusion : le Nouveau Centre, ce n’est pas franchement nouveau et cela n'a rien à voir avec le centre.

Laurent Watrin

04 février 2008

Rions un peu... avec la France

Je suis de retour d'Afrique, où ma réflexion politique a pris un peu de hauteur, jusqu'au sommet du Kilimanjaro (5 895 m). Je reviens en forme, merci. Mais rassurez-vous, je ne vais pas vous conter mes vacances, à la manière de Carla et Nicolas dans l'excellent magazine "pipeul" illustré Paris-Match.

Non, ce petit édito est juste là pour souligner que la France, ce grand pays où les hommes d'action sont appréciés de l'intérieur, est en fait un petit pays, assez ridicule vu de l'extérieur, ou du moins passablement oublié. En passant successivement par Amsterdam, Nairobi (Kenya) et Arusha (Tanzanie), dans le sens aller-retour, en l'espace d'une semaine, j'ai pu constater que les colonnes des grands journaux étrangers, ces derniers jours écoulés, n'ont évoqué la France (quand la France est évoquée, soit rarement) que pour exposer les frasques de notre président. L'action politique ou diplomatique de Sarkozy ou de son gouvernement ? A la trappe !

Ainsi, vendredi dernier, le quotidien national tanzanien The Guardian, journal libre de référence dans ce pays pluraliste, inscrivait à la une l'attaque de Sarkozy contre la compagnie irlandaise Ryan Air au sujet d'une photo du couple présidentiel utilisée pour une pub. L'article du Guardian tenait sur un quart de page, à la rubrique... Sports et Loisirs. Autre exemple : ce récent dimanche, le grand quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung s'amusait (normal, c'était dimanche) à sa Une avec le mariage de notre cher chef de l'Etat. Le titre : "Der Kleiner Nick hat geheiratet". Traduction : "le petit Nico s'est marié".

Voilà comment la presse étrangère remplit parfois des pages peu glorieuses, comme les journaux de chez nous. Mais au moins, elle n'est guère complaisante. En tout cas, une chose est sûre, en Afrique ou chez nos voisins européens, on ne trouve pas beaucoup de trace de l'activité politique de la France sur la scène internationale. Ce qui relativise un peu nos discours nationalement entendus... et relayés par "nos" médias.

A bientôt !

Laurent Watrin

26 octobre 2007

Tripatouillage pour parti bidon

Les députés élus sous la bannière « Nouveau Centre » tentent de bricoler la loi sur le financement politique pour pouvoir profiter d’une manne publique. Cela revient à mépriser la loi en vigueur au moment des élections récentes. Il y a peu de chance - théoriquement - que cette grossière manipulation aboutisse, malgré le soutien du président de la commission des lois, d'une partie du gouvernement et d’un élu... communiste.

Le gouvernement vient de reporter la discussion parlementaire après le fiasco d’une première présentation du projet (il y avait trop peu de députés dans l’hémicycle, mercredi 24 octobre).

En tout cas, la vilaine manœuvre du Nouveau Centre prouve que la « gamelle » est la première motivation des traîtres. Modifier une loi à son profit, voilà la grandeur de la politique, selon Hervé Morin et ses amis «centristes» amarrés à l’UMP.

Petit rappel : l’actuel Ministre de la Défense avait mobilisé plusieurs membres de sa famille, son chauffeur, des secrétaires... pour participer aux élections législatives afin d’atteindre les critères de la loi actuelle qui prévoit d’accorder le financement public à un parti dès lors qu’il a obtenu au moins 1% des voix dans 50 circonscriptions. Ce qui n’est pas le cas du formidable bidonnage "Nouveau Centre", tiré du chapeau du magique Morin. Qu’à cela ne tienne, se disent aujourd’hui les députés « NC » : il suffit de tripatouiller la loi passée pour qu’elle serve notre avenir. Le Nouveau Centre propose donc que le financement politique soit donné à toute formation ayant obtenu au moins... 15 députés ! C’est un peu comme si un athlète arrivé 4è du 100 mètres déposait un recours pour qu’on attribue aussi une médaille à celui qui a raté le podium.

Dans le domaine du financement politique, en France, il y a certes une anomalie. Un parti peut avoir des représentants dans des milliers de communes, dans les régions et les départements (c’est le cas des Verts par exemple) et pourtant ne pas être financé. Ce qui fait régner les arrangements entre partis et les copinages entre ceux qui ont de l’argent et ceux qui en ont besoin (version politicienne de l’assistanat si cher à notre pays).

Pour bien comprendre, rappelons que depuis que le financement privé d’un parti est plafonné à quelques milliers d’euros par an et par personne physique (loi de mars 1988), un mouvement politique ne vit que grâce aux subventions de l’Etat accordé après les législatives (80 millions d’euros distribués, au total, pendant 5 ans). Sans la manne issue des impôts citoyens, le Nouveau Centre est donc condamné à demeurer une coquille vide.
Si l’on voulait l’équité, il faudrait que le premier député élu d’un parti ouvre la voie au financement public de sa formation… Cest d’ailleurs ce qu’a proposé le député UMP Gilles Bourdouleix.

En attendant, François Bayrou a annoncé qu’il saisirait le Conseil constitutionnel pour faire barrage à la proposition du Nouveau Centre. Espérons que les traîtres (qu’ils soient du centre ou d’ailleurs) ne se fassent pas « des couilles en or » sur le dos du peuple, avec la complicité du gouvernement. Ce serait un comble pour des gens qui n’en ont guère.

Laurent Watrin