17 octobre 2009

Les Verts et le système binaire

Les Verts de Poitou-Charentes ne feront pas liste commune au premier tour pour les élections régionales. Les écologistes de cette région ont choisi, démocratiquement, l’autonomie pour faire campagne pour le scrutin de mars prochain.

 

L’assemblée régionale des Verts de Poitou-Charentes, réunie à Niort, ce samedi 17 octobre, s’est prononcée à 92,9%, suivant l’idée impulsée par le conseil national des Verts, adoptée le 27 septembre.

 

La présidente PS de la région Poitou-Charentes, Ségolène Royal, s’est donc heurtée au même refus déjà essuyé par d’autres leaders socialistes en région (Aquitaine, PACA notamment). Et le mouvement devrait suivre ailleurs : le PS n’aura pas le soutien des Verts au premier tour.

 

Les Verts (et leur démocratie complexe), associé à la mouvance Europe-Ecologie, sont en train de reproduire la dynamique des élections européennes : une base partisane verte et des associations ouvertes pour une alternative...

 

... mais, ancrée plutôt à gauche ! 

 

Car le CNIR, le parlement national des Verts, a voté, à l’unanimité, le 27 septembre, une motion sur le "rassemblement de la gauche et des écologistes" au deuxième tour des régionales. Une motion, minoritaire, avait même proposé de barrer la route à toute alliance avec le MoDem. Ce texte a été retiré au dernier moment.

Chez les amis de François Bayrou, où le centrisme est devenu un mot-valise, on se cherche toujours. Les choses ne sont pas clarifiées, estiment une partie des Verts, et bon nombre de Socialistes qui aimeraient s'appuyer sur une frange démocrate. La clarification est également réclamée à l’intérieur du MoDem : les hypothèses avancées, par exemple, par Corinne Lepage, pour travailler avec Europe Ecologie, n’ont pas encore été suivies d’effet.

En attendant le Congrès national du ModeM, début décembre, l’hésitation est visbile : l’autonomie du Mouvement Démocrate au premier tour n’est pas gagnée dans toutes les régions. Faute de ligne nationale claire. Et le second tour risque de reproduire ce que les démocrates ont vécu lors des élections municipales : un coup à droite, un coup à gauche.

Cet épisode a fait perdre beaucoup de voix au MoDem. Aujourd’hui, les meilleurs sondages donnent les listes amies de François Bayrou, Marielle de Sarnez, Corinne Lepage et autre Jean-Luc Benhamias, à un niveau de 7 ou 8%. A l'inverse, la dynamique écologiste est créditée de 15 à 20%. 

Faut-il se déterminer avant le second tour, sur la ou les alliances possibles, partout en France ? Ou bien faut-il déterminer des alliances de projets, quelles que soient les étiquettes des parties prenantes à ces alliances ? Malheureusement, il semble que les électeurs ne soient pas en mesure de comprendre l'intérêt de sortir du système binaire, tel que le propose le MoDem. Et à ce jeu-là, les Verts sont - pour l'instant - gagnant.

Laurent Watrin

21 juin 2009

Modem : autonomie ou autarcie ?

Corinne Lepage a le mérite de la clarté et de la recherche d’efficacité. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit. La vice-présidente du Mouvement démocrate n’a pas raison toute seule. Elle le sait. Mais la présidente de CAP 21 propose une démarche intéressante lorsqu’elle souhaite qu'une alliance entre Europe Ecologie et le Modem "puisse être explorée" pour les élections régionales de mars prochain. Une préférence même si « l’exploration » concerne aussi  « d'autres alliances éventuelles », selon l’ancienne ministre de l’environnement. 

L’avantage, c’est qu’elle engage le débat. Dans un communiqué publié ce week-end, Corinne Lepage réaffirme « son attachement au MoDem" et "sa volonté de prendre toute sa part dans la rénovation souhaitée par une grande partie des militants du MoDem". Dès après les résultats des élections européennes (8,5% pour le Modem en moyenne nationale, près de 10% en Lorraine), Corinne Lepage avait réclamé plus de collégialité dans la gouvernance du Mouvement de François Bayrou.

 

Cohérence

 

La collégialité, c’est précisément ce qui a fait le succès de la vague verte. Le Modem, en associant les adhérents à son projet depuis de longs mois, s’était engagé sur cette voie également, mais le message général a été maladroit, incohérent entre le niveau national et le maillage du terrain. Jean-François Kahn l’a expliqué lui aussi, dans une tribune publiée la semaine dernière par Marianne.

 

La cohérence et la discussion de projet, Europe Ecologie a su le faire mieux que le Modem. J’entends la question : « oui, mais de là à faire alliance ?! » Sur le fond, il y a des divergences certes ; mais sur les intentions et le respect de la démocratie, de belles convergences.

 

Le défaut de naïveté (stratégie…) du « jeune Modem » consisterait, me semble-t-il, à croire qu’on peut continuer de bricoler une force, dans son coin, sans discuter avec d’autres de manière ouverte.

 

Le PS, empêtré dans ses querelles de chefs, n’y est pas prêt (ni avec le Modem, ni avec d’autres d’ailleurs). Quant à l’UMP, dirigée par une seule tête qui veut "tuer" Bayrou, que peut-on en attendre ? La donne à droite est-elle différente au niveau régional quand on sait que Nadine Morano figure sur la liste lorraine ?

 

Cette discussion sur une éventuelle plateforme de projet régional, il vaut mieux qu’elle soit ouverte et transparente. Cela nous changera des anciennes discussions d’appareils – repoussoirs des électeurs - qui se font traditionnellement dans le dos des citoyens. Rappelons-nous les élections municipales au Modem : alliances très souvent mal ficelées et incohérence généralisée (et François Bayrou battu à Pau !). Les électeurs n’ont-ils pas eu du mal à comprendre ?

 

Du point de vue de la cohérence, là encore, la démarche de Corinne Lepage peut marquer des points. La vice-présidente du Modem veut relancer le travail pour « un véritable effort programmatique fondé sur un développement solidaire et soutenable, démocratique et humaniste », a-t-elle précisé à l’AFP (Agence France Presse). Cette formule-là, tous les militants du Modem l’ont applaudie pendant la campagne européenne. Aurait-on changé d’avis, d’un seul coup ?

 

Autonomie

 

La région est l’échelon pertinent pour sortir le pays du partage classique entre la gauche et la droite, qui résistent tous deux au changement de système. La région, c’est aussi le niveau intéressant pour affronter le débat sur la régionalisation et la fiscalité locale (thèmes chers au Modem). C’est aussi l’échelon efficace pour coordonner l’Europe et la politique territoriale, un autre sujet clé pour le Modem. « La France et l’Europe, c’est la même chose » disait Bayrou à Schiltigheim, juste avant le 7 juin ! Hé bien, les régions et l’Europe, c’est encore plus  la même chose, si l’on peut dire.

 

Engager une discussion de projet régional avec les Verts, n’est-ce pas ouvrir un champ de réflexion qui permette de trouver des lignes communes pour sortir des schémas classiques ?

Certains crient déjà à la « perte d’autonomie ». Mais le premier ennemi de l’autonomie, c’est l’autarcie. Surtout quand on est un mouvement en construction. Autarcie : attitude rigide qui empêche de progresser avec les autres. C'est ce que les écologistes radicaux ont d’ailleurs appris à leurs dépens par le passé. L’autonomie, les mouvements la garderont, de toute façon. Car l’obsession  présidentielle de Bayrou - qui n’est pas un mal en soi (ce doit être dit clairement, cel aussi) - doit maintenir le cap et la cohérence jusqu’en 2012.

 C’est ce qu’on pourrait appeler une stratégie de projet sans se renier.

 

Au Modem d’imposer ses valeurs et ses idées force, dans un débat de programme. Maintenant, si les Verts ne veulent pas du débat, ce sera chacun pour soi. Mais au moins, on pourra être fier de dire que l’autarcie n’est pas une valeur humaniste pour le Modem.

 

Laurent Watrin