25 juillet 2008
Télé publique : vive le modèle allemand
Chez nos voisins allemands, les chaînes de la télévision publique (ARD et ZDF) diffusent seulement 20 minutes de publicité par jour. La pub est interdite après 20 heures. Le budget de l’audiovisuel public en Allemagne comprend moins de 10% de recettes publicitaires. Les télés publiques allemandes sont financées à plus de 85% par la redevance, qui se monte à 194 € (116 € en France métropolitaine, 74 € dans les DOM-TOM, 200 € au Royaume-Uni).
Il est intéressant de souligner la méthode qui fixe la redevance de la télé allemande. C’est une commission parfaitement indépendante qui évalue, tous les quatre ans, les besoins financiers et les investissements de la télévision. Cette commission propose une augmentation de la redevance qui doit être ensuite validée par les gouvernements et les parlements des Länder (Etats régions). Les élus ont récemment freiné la hausse de la taxe mais la décision politique sur cette taxe est largement concertée.
L’indépendance de l’audiovisuel allemand est par ailleurs soutenue par la manière de désigner les dirigeants des chaînes de télé. Chacune d'elles est dotée d’un organe de contrôle et d'orientation des programmes, sans lien avec le pouvoir politique. Ce Conseil de la diffusion est composé de représentants de la société civile. Le président de la ZDF est élu par les 67 membres de cet organe. Il faut que le candidat obtienne une majorité d’au moins 60%.
En Allemagne, le pouvoir central (l’Etat fédéral) n’intervient jamais dans les orientations de l’audiovisuel public.
En France, Nicolas Sarkozy vient d'inventer tout le contraire. Est-ce bien raisonnable ?
LW
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20 février 2008
Histoires de compensation
Décidément, Nicolas Sarkozy possède un sens des mots hors du commun. Le chef de l’Etat vient d’installer une nouvelle commission, chargée de réfléchir à la mise en place d’une nouvelle forme d’entreprise audiovisuelle publique, débarrassée de ses recettes publicitaires. C’est la suite logique de l’annonce qui a surpris tout le monde, le jour de la première grande conférence de presse présidentielle. Cette commission télé est conduite par Jean-François Copé, qui cumule personnellement pas mal de recettes, avec ses fonctions de député, maire de Meaux, avocat... Il faut bien compenser son pouvoir d’achat. Mais passons…
Revenons au sujet : la télé sans pub. C’est pour l’année prochaine. Il faut faire vite. Nicolas Sarkozy veut deux choses :
1. Une télévision publique populaire débarrassée de la course à l’audience.
2. La disparition du budget tiré de la pub sera compensée à l’euro près.
En ce qui concerne le point n° 1, on ne voit pas bien en quoi l’absence de publicité met fin a priori à la double ambition de réaliser des programmes populaires (donc s’adressant au plus grand nombre) tout en gagnant de l’audience (c'est-à-dire en captant effectivement l’attention du plus grand nombre).
Au chapitre 2, il y a une légère erreur de calcul. France Télévisions, c’est plus de 800 millions d’euros de recettes publicitaires. La pub, c’est 4 heures par jour en moyenne de temps de programme. Si on compense à l’euro près, il manque de quoi fabriquer 4 heures de programmes ! Mais peut-être que la « compensation », dans le jargon sarkozien, ce n’est pas de la comptabilité.
La télé sans pub, chers amis, avec l’inflation, la baisse du pouvoir d’achat, et les caisses vides de l’Etat, c’est un vrai casse-tête. Le nouveau boulot de M. Copé n’est pas évident. Il s’agit surtout de faire en sorte que cette réforme ne se voit pas trop dans le porte-monnaie du contribuable. En tout cas, d'après Sarkozy, pas question d’augmenter la redevance (116 €, la plus faible d’Europe actuellement). Les opérateurs de téléphonie et d’internet, et les vendeurs de matériel audiovisuel sont dans la ligne de mire. Les consommateurs pourraient donc supporter le coût de la fameuse compensation.
Ah ! J’allais oublier. Dans l’histoire de cette compensation révolutionnaire et populaire, il y a un trou de taille : la radio. Car « l’audiovisuel public », c’est aussi Radio France. Sans la pub, ça fait 8% du budget en moins. Et là, pour l’instant, aucune compensation prévue. Jean-François Copé, ce mercredi 20 février, sur France Inter, était bien embêté par la question. « Ce n’est pas parce qu’il n’y a rien maintenant que cela empêche qu’on y réfléchisse » a-t-il répondu benoîtement.
Dans son dernier communiqué maison, le Syndicat national des journalistes (SNJ), constate que la radio est tenue à l’écart des réflexions présidentielles sur les compensations budgétaires et précise que 45 millions d’euros (ce que rapporte la publicité à Radio France), cela représente dix radios locales (soit un quart des antennes régionales actuelles). Il suffira probablement de compenser autrement...
LW
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