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07/12/2014

La Suède, la crise européenne et le revenu de base

Le « Cent-Quatre », à Paris, devait accueillir, ce mercredi 3 décembre 2014, le couple régnant d’une monarchie constitutionnelle d’Europe : la Suède. Visite symbolique dans un haut-lieu de la production artistique et culturelle, carrefour d’idées, espace de brassage populaire à vocation internationale.

Dans cette super MJC améliorée, le régime coopératif permet beaucoup de libertés. En Suède, le grand frère du Cent-Quatre existe depuis 1984 : Fryshuset, au sud de Stockholm, accueille des jeunes en quête d’identité au cœur du fameux « modèle suédois ».

Après une cure d’austérité qui a permis, dans les années 90, de rétablir les finances publiques, la Suède connaît aujourd’hui une crise qui remet en cause l’Etat-Providence.

Malgré une croissance économique entre 2% et 3%, et des déficits contenus, les doutes et les frustrations grandissent.

Avec un taux de chômage dépassant 8%, près d’un quart des jeunes de moins de 25 ans sans emploi, un système éducatif mal noté, des tensions liées à une immigration nouvelle – 80.000 demandes d’asile cette année – la Suède n’échappe pas à la montée de l’extrême droite observée ailleurs en Europe.

Les populistes suédois prospèrent sur le malaise social et instrumentalisent l’actualité, comme en mai 2013, après les violences urbaines à Stockholm.

L’extrême droite suédoise vient de provoquer la chute du tout récent nouveau gouvernement social-démocrate. Le budget de la majorité ayant été rejeté, c’est le cadre budgétaire préparé par l’opposition droite-extrême droite qui s’impose. Le premier ministre, Stefan Löfven, a déjà annoncé des élections législatives anticipées, en mars prochain.

Comme les autres pays de l’Union européenne, la Suède souffre avant tout d’une redistribution devenue défaillante et d’un manque de reconnaissance pour le travail en tant que valeur humaine.

Le temps est venu pour un autre modèle économique

En Suède, les écarts de revenu entre riches et pauvres battent des records. Et le dogme de la croissance est une illusion : il n’y a plus assez d’emploi pour tous.

Les opinions publiques, et en particulier les jeunes, ne sont pas stupides. Elles sentent bien que les élites politiques ne parviennent pas à changer de modèle. A ce propos, on lira ce coup de gueule publié par la Tribune.

Les citoyens européens sont sans doute prêts à entendre autre chose que des discours réactionnaires, de gauche ou de droite. Et le populisme ne peut pas tenir lieu de planche de salut. Il ne peut pas non plus être le chiffon rouge permanent, agité par les partis traditionnels pour permettre à ceux-ci de conserver le pouvoir et ne rien changer.

Redistribution et reconnaissance

La notion de redistribution est au cœur du questionnement moderne. Redistribution au sens large : des pouvoirs, de l’argent, des modes de décision.

La reconnaissance du travail, des capacités et des besoins de chacun est au fondement de cette question clé.

Dans ce mouvement pour repenser redistribution et reconnaissance, les pouvoirs dominants, assis sur leurs « acquis sociaux », qu’ils soient élites politiques, syndicales, financières ou médiatiques, doivent contribuer à lâcher du lest.

Les pouvoirs traditionnels sont poussés à se remettre en cause en profondeur pour laisser la place à l’invention dans une société complexe et ouverte sur le monde.

Le revenu d’existence comme outil de changement

Le revenu d’existence, considéré comme un outil pour reconnaître le travail et libérer les énergies, devient plus que jamais une clé possible pour appuyer un mouvement de fond.

Un revenu de base sans condition, pour tout citoyen régulièrement établi, permet d'envisager de changer notre modèle de redistribution, d'inventer un autre rapport à l’entreprise, de repenser réellement les politiques de l’emploi, et de refondre la fiscalité.

Le revenu d’existence, ou revenu de base, est un principe actif. Il n’est pas une panacée, pas une fin en soi. C’est un levier pour réinventer le rôle de l’Etat, sans nostalgie, en laissant tomber les vieux discours sur l’insertion et l’intégration. 

La révolution technologique et les libertés de circulation – des biens, des personnes, des capitaux - nous offrent en partage la possibilité de développer l’autonomie et la responsabilité des citoyens.

Au Cent-quatre à Paris, comme au Fryshuset à Stockholm (qui tourne avec 5% de fonds publics seulement), on invente l’avenir autrement, on pense le mélange des genres, on oeuvre pour la liberté du travail, et la coopération est une règle de vie. Cela ne plaît pas à tout le monde. Mais cela fonctionne.

Imaginer un revenu d’existence pour favoriser ce type d’expériences, et bien d'autres nouvelles aventures humaines, voilà peut-être une chance de rendre un peu de lumière au débat européen. 

A visiter : le site du Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB). 

 

Écrit par eurocitoyen dans Actualités, Edito | Lien permanent | Tags : suède, revenu de base, revenu d'existence | |  Facebook | | |