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29/11/2011

Retrouver une "émotion digne"

L'émotion digne. C'est ce que plaide Hervé Brusini, rédacteur en chef du web à France Télévision, pour réinventer une profession devenue froide à ses yeux.

C'est un journaliste nostalgique qui s'est exprimé devant une centaine de personnes, à l’IRTS de Lorraine, lundi 28 novembre 2011, à Nancy, dans le cadre du cycle média-journalisme. Hervé Brusini sait pourtant que « la nostalgie est une amie dont il faut se défier »

L’homme de télévision salue « l’art du mot des années 50 » et ses prédécesseurs en art audiovisuel : Desgraupes, Dumayet, Honorat… qui faisaient la télé avec la combativité populaire et le talent malicieux d’avant la « liberté des ondes ».

Hervé Brusini soigne aujourd’hui son goût du temps passé en ressourçant le métier qu’il aime aux commandes de la rédaction web de France 2. Fin de carrière amère, diront les mauvaises langues. Ouverture sincère, répond l’ancien rédacteur en chef du 20 heures de « La 2 ».

Hervé Brusini vient d’écrire « Copie Conforme ». Thèse originale où le journaliste tente de comprendre pourquoi le conformisme a gagné toutes les antennes, en dépit de l’explosion des sources d’information et des supports médiatiques.

Avant lui, d’autres ont tenté d’expliquer « la mort de l’information » (Albert Du Roy). Hervé Brusini, lui, garde le « sourire », qu’il considère comme un fondement de la démocratie. L’ancien élève de Sciences-Po, qui donne aujourd’hui des cours à l’IEP, sourit avec plaisir lorsqu’il rappelle son amitié avec Michel Foucault qui lui soufflait des idées de reportages et des regards sur l’actualité. Nostalgique mais optimiste, donc, l’ami Brusini, un brin sentencieux et un tantinet cabotin quand on lui laisse le micro.

Alors pourquoi les médias disent-ils tous la même chose ? 

Hervé Brusini balaie successivement les explications répandues : le formatage des jeunes journalistes, la concurrence source d’uniformité, les technologies accélérant l’exécution des reportages, le modèle économique de la presse et ses impératifs de vente… Tout cela n’explique pas, selon lui, que l’événement devienne systématiquement « un fait de société problématisé » sur toutes les chaînes.

Alors, quoi ? Hervé Brusini pense que « l’émotion s’en est allée » au profit d’une expertise de l’information et d’une présence obligatoire de la représentation des chaînes « sur le terrain ». Le journaliste qui revient en boucle sur la télé pour raconter ce qu’il n’a pas eu le temps de recevoir. Temps réel sans réalité. Présence sans récit. Les exemples foisonnent. Vous les trouverez vous-mêmes.

Selon Brusini, les chiffres et les experts ont aussi pris le pas sur l’émotion des hommes. Et finalement, pense-t-il, l’internet nous montre que les vrais reporteurs de l’Histoire sont ceux qui rendent compte du printemps arabe. Parce qu’il n’y a pas « d’expert » dans cet événement. Pas faux. Mais le web est-il le nouveau salut du journalisme ?

« Rebellez-vous », dit Brusini, à l’intention des jeunes professionnels perdus dans la présentation froide de l'actualité qui nous dit, à propos de n'importe quel événement :"voilà tout ce qu'on pouvait dire sur le sujet ce soir". Se rebeller donc, contre une certaine forme de récit moderne. Encore faut-il en avoir les capacités, morales, physiques, matérielles. Une émotion digne est-elle encore possible ?

Écrit par eurocitoyen dans Actualités, Blog, Edito | Lien permanent | Tags : télévision, journalisme, irts lorraine, brusini, france 2 | |  Facebook | | |