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23/10/2010

Un peu de silence dans l'eau glacée

Internet est-il une machine infernale ? Sommes-nous ses enfants terribles ?

Entendez-vous ces petites voix intérieures, celles des "accros" du web, s'indigner devant ces étranges questions ?

A coup sûr, votre serviteur risque l'excommunication électronique...

Car, évidemment, il n'est pas politiquement correct de remettre en cause le "lien social" moderne, les possibilités ouvertes et permanentes qu'offre notre chère toile globalisée, ses milliards de courriels, infos, pubs, intox, et autres choses écrites, sonores et/ou visuelles.

Pourtant, ainsi que le décrypte l'urbaniste et essayiste Paul Virilio, dans son dernier ouvrage "le grand accélérateur", nous pouvons, chaque jour, constater qu'il y a du pourri au royaume technologique.

La surveillance organisée de tous par tous devient totale et instantanée.

Une manif contre les retraites et ce sont des milliers de messages et de vidéos qui accusent les uns de mépriser les autres et inversement. Et après ? Une annonce politicienne et ce sont des centaines de milliers de réactions qui fusent au vu et au su de tous, a priori. Une vidéo choc et c'est le buzz pendant quelques jours, avant de passer à autre chose... La télé nous avait appris le zapping. Maintenant il y a le buzzing. Pire ? Pareil ?

Notre univers virtuel nous fige la pensée, nous glace la raison, nous anesthésie les sens, et nous voilà prisonnier de l'instant, incapable de nous émerveiller dans la longueur de temps.

A force d'accélération, nous perdons - globalement - le goût de la pause, du tempo, du rythme, de la réflexion qui se forge, de la parole qui s'écoute, et au fond de la vie qui s'écoule.

Nous risquons l'infarctus à chaque clic, la paralysie au moindre saut de page, l'AVC à chaque visite de blog.

Vivre est-il devenu si insupportable ?

Evidemment, ça fait "vieux con", ce genre de propos. J'admets. J'assume.

Bien sûr, internet c'est aussi l'accès aux idées, aux échanges réels, à l'amitié vraie, à la culture ouverte, à la connaissance, et donc à l'autre ! Evidemment, il faut reconnaître que l'outil comporte un grand intérêt autant qu'une part de merveilleux.

Mais nous pourrions nous imposer plus souvent un certain silence, une abstinence, une retenue, avant de nous laisser débiter des paquets de mégatonnes de flux. Ah, les flux...

Peut-être est-il devenu impossible de rééquilibrer la raison et la passion qui animent nos vies.

Ouais, c'est pompeux, tout ça. Je sens bien que les geeks et les lecteurs fatigués ont décroché. J'avoue ma mauvaise humeur.

Et tant pis pour ceux qui ont choisi d'aller au bout de ce billet jauni.

En 1969, Françoise Sagan racontait une histoire de passion tragique, dépressive, accélérée.

"Un peu de soleil dans l'eau froide" est un roman fugace dont le titre, joliment évocateur, est emprunté au poète Paul Eluard.

Quel rapport ?!

Notre silence est devenu si souhaitable et si impossible à la fois que le risque tragique grandit de le voir sombrer dans les eaux glacées du web... Un peu comme cette amour, trop fort dans un monde trop fou, entre les personnages de Sagan, écrivain pressé et lucide à la fois (pardon, mesdames, je rechigne à féminiser la fonction de l'écrivain, cela n'a rien à voir avec du sexisme et Sagan s'en moquerait sûrement). 

"Inconnue, elle était ma forme préférée,

Celle qui m'enlevait le souci d'être un homme,

Et je la vois et je la perds et je subis

Ma douleur, comme un peu de soleil dans l'eau froide"

- Paul Eluard -

Écrit par eurocitoyen dans Blog | Lien permanent | Tags : silence, internet, réseau social, web, facebook, twitter, eluard, sagan, soleil | |  Facebook | | |